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Le marché reste prudent face au profil de croissance d’Eurofins / Les relais les plus stratégiques tardent à redémarrer

Le spécialiste des services de bio-analyse Eurofins Scientific affiche une dynamique contrastée au troisième trimestre. Le pôle Life continue de tirer la croissance, mais la division Biopharma, essentielle à la revalorisation du groupe, marque le pas. Un décalage que le marché sanctionne, malgré la confirmation des objectifs pour 2025.
Les laboratoires Eurofins réalisent chaque année des millions d’analyses pour les secteurs pharmaceutique, agroalimentaire et environnemental  (Photo by BART MAAT / ANP MAG / ANP via AFP)
Les laboratoires Eurofins réalisent chaque année des millions d’analyses pour les secteurs pharmaceutique, agroalimentaire et environnemental (Photo by BART MAAT / ANP MAG / ANP via AFP)

La publication des chiffres d’activité du troisième trimestre tourne au test de résistance pour Eurofins Scientific. Le cours du spécialiste des services de bio-analyse cédait 5,6 % à 60,3 euros mardi après-midi, après une baisse pouvant atteindre 10 % en début de séance, dans un marché inquiet de la lenteur du redressement de la division Biopharma malgré des résultats globalement en ligne avec les attentes.

Sur les neuf premiers mois de 2025, le réseau de laboratoires a généré un chiffre d’affaires de 5,42 milliards d’euros, en progression de 5,3 % en publié et de 4 % en organique, malgré un effet de change défavorable de 1,5 %. Sur le seul troisième trimestre, les revenus ont atteint 1,80 milliard d’euros, en hausse de 4,6 %, dont 4,1 % de croissance organique. "La dynamique reste correcte dans la plupart des divisions, mais la faiblesse persistante de Biopharma continue de peser sur le profil de croissance et pourrait susciter une réaction négative du marché", souligne le cabinet Oddo BHF.

 

Biopharma, le maillon faible

 

L’activité Biopharma, qui représente 29 % du chiffre d’affaires, concentre les prestations de tests, d’analyses réglementaires et de services de recherche contractuels utilisés par les grands laboratoires pharmaceutiques et biotechs. Ce segment stratégique est perçu comme le vecteur de croissance structurelle du groupe, censé prendre le relais des activités plus matures regroupées au sein du pôle Life - lequel couvre les tests alimentaires, agricoles et environnementaux (Food & Feed Testing, Agro Testing, Environment Testing). Après la parenthèse post-Covid et le reflux d’investissements dans la recherche préclinique et la génomique, les investisseurs en attendaient un net redémarrage en 2025.

Le ralentissement observé depuis le début de l’année, avec une croissance organique limitée à 0,4 % au troisième trimestre, nourrit donc la déception. La division pèse sur le profil global de marge, en raison notamment d’un sous-emploi capacitaire dans plusieurs laboratoires de recherche. La combinaison d’une demande moins dynamique, de coûts d’investissement élevés et de contrats à prix verrouillés limite pour l’heure sa contribution à la performance opérationnelle, alors même que Biopharma reste central dans la valorisation du groupe à moyen terme et offre, lorsqu’il tourne à plein régime, des marges structurellement supérieures à celles des tests alimentaires.

 

Life porte la croissance

 

C’est donc l’activité Life (41 % du total) qui demeure le principal moteur de l’activité et de la rentabilité, avec une progression organique de ses ventes de 7,2 %, soutenue par la vigueur des tests environnementaux, agricoles et agroalimentaires, tandis que les tests de produits de consommation et technologiques avancent de 3,3 %.

Gilles Martin, le fondateur et directeur général, met toutefois en avant "une performance solide malgré la faiblesse persistante de certains marchés", insistant sur la discipline opérationnelle et la maîtrise des coûts. Eurofins confirme d’ailleurs son objectif d’expansion de marge sur l’exercice, tout en absorbant les effets de la hausse de l’euro et la dilution temporaire liée au rachat des activités de diagnostic de Synlab en Espagne.

 

Des objectifs confirmés sous contrainte de change

 

La direction a également maintenu l’ensemble de ses prévisions pour 2025 : une croissance organique comprise entre +5 % et +7 %, une amélioration de la marge d’EBITDA ajusté et un free cash-flow en progression. La principale incertitude externe porte désormais sur l’effet de change : le renforcement de l’euro face au dollar pourrait rogner la croissance publiée, Eurofins réalisant près d’un tiers de son chiffre d’affaires en Amérique du Nord. Oddo BHF estime ainsi que, sur la base du taux de change dollar/euro de fin septembre, "l’effet de change représenterait un vent contraire d’environ 3 % sur le chiffre d’affaires et de 20 points de base sur la marge d’EBITDA".

Au-delà des chiffres, la réaction du marché témoigne d'une certaine fatigue des investisseurs.Malgré un désendettement continu, la reprise par le groupe d’actifs immobiliers auparavant détenus par des entités liées, et la confirmation d’un levier maintenu dans la fourchette cible, Eurofins peine à convaincre. Le redressement de Biopharma, annoncé comme progressif à partir des prochains trimestres, apparaît désormais comme le véritable catalyseur attendu.

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