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Dirigeants, gouvernance / La Poste / Marie-Ange Debon

Dirigeants, gouvernance
La Poste / Marie-Ange Debon

Marie-Ange Debon joue franc jeu devant les parlementaires / Partenariat avec Temu, rémunération des dirigeants, PLF 2026, la future patronne du groupe La Poste n’élude aucune question

Auditionnée par les parlementaires en vue de sa nomination à la tête de La Poste, Marie-Ange Debon n’a éludé aucun sujet ce mardi soir : partenariat controversé avec Temu, coupes budgétaires de l’État, rentabilité menacée du groupe, tout en expliquant sa future feuille de route centrée notamment sur une revue stratégique du portefeuille d’actifs de l’entreprise à l’international et en défendant des choix nécessaires de rémunération des dirigeants pour attirer et garder les talents dans un secteur ultra-concurrentiel.
Marie-Ange Debon (Photo by Laurent Le Crabe / Hans Lucas via AFP)
Marie-Ange Debon (Photo by Laurent Le Crabe / Hans Lucas via AFP)

Quelques semaines après que le président de la République a proposé sa nomination à la tête du groupe La Poste, pour succéder ainsi à Philippe Wahl qui joue les prolongations depuis des mois, Marie-Ange Debon passait enfin son grand oral devant les parlementaires ce mardi soir. Si ces derniers ne se sont pas opposés à sa nomination – celle-ci n’ayant pas reçu un avis défavorable aux trois cinquièmes des suffrages exprimés -, la dirigeante de Keolis a pourtant fait preuve d’une particulière franchise devant les membres de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, en répondant à toutes leurs questions, y compris les plus délicates.

 

Pas de discrimination pour Temu

 

Concernant d’abord l’annonce polémique d’un partenariat entre La Poste et Temu, si Marie-Ange Debon a expliqué comprendre "l’émotion qu’un tel partenariat pouvait susciter compte tenu de la qualité des produits vendus et de la concurrence qu’ils représentaient pour les entreprises françaises ", elle a tenu néanmoins à apporter quelques précisions sur le contrat liant le groupe et l’entreprise chinoise. "Temu était déjà un client. Il avait un accord d’un an, passé à trois ans et confirmant les conditions générales de vente de La Poste. Nous ne cherchons pas à faire la promotion d’un client en particulier. Mais la Poste n’est pas en mesure de faire un refus de vente ou une discrimination. Il existe en outre un phénomène de réinternalisation des réseaux logistiques sur le dernier kilomètre des plateformes et nous constatons depuis le début de l’année une baisse du volume des colis chinois car ce sont d’autres services que La Poste qui les livrent. Notre groupe n’est en outre qu’un maillon dans la problématique de ce type de colis, c’est un sujet qui doit aussi être vu du point de vue douanier, européen, et à la direction générale de la concurrence ", a-t-elle expliqué.

 

Des baisses de compensation qui pèsent sur la survie du groupe

 

Sur le projet de loi de finances pour 2026, actuellement en discussion en Commission des finances de l’Assemblée nationale et prévoyant une nouvelle amputation de la compensation des missions de service public de La Poste par l’Etat de plus de 100 millions d’euros - en baisse continue depuis trois ans -, Marie-Ange Debon a reconnu que ces décisions "étaient difficilement absorbables sur le budget du groupe et pesaient sur la profitabilité et la survie de La Poste à court et moyen terme ". "C’est un montant très significatif qui nuit au développement de l’entreprise. Son futur est en jeu ", n’a-t-elle eu de cesse de répéter, faisant des discussions avec les pouvoirs publics l’une des priorités stratégiques de sa feuille de route, qu’elle veut comme un "pacte de confiance ".

 

Le courrier ne peut plus être la seule colonne vertébrale du groupe

 

Dans ce contexte, Marie-Ange Debon a par ailleurs annoncé qu’elle comptait poursuivre la stratégie d’optimisation des coûts mise en place par son prédécesseur. A ce sujet, la future présidente du conseil d’administration – sa nomination officielle doit paraître dans les prochains jours au Journal Officiel – vise les achats, les prestations externalisées, les coûts de structure, et les dépenses des systèmes d’information, évoquant également la chasse aux doublons en interne, pour faire place aux synergies voulues par la Caisse des Dépôts en termes de financement de l’économie et de numérique, un angle stratégique important du directeur général de "La Caisse ", Olivier Sichel. "Nous recherchons la rentabilité pour pouvoir investir dans nos plateformes, pour nous adapter, améliorer la qualité de nos services et de la productivité qui nous permettra d’être plus efficaces dans l’exercice de nos métiers ", a-t-elle indiqué, assurant être très attachée à la présence territoriale du groupe en France. "Les fermetures de bureaux ne sont que le constat d’une baisse de la fréquentation des clients et du courrier. Le courrier ne peut pas plus être la seule colonne vertébrale de la maison ".

 

Revue stratégique des actifs à l’international

 

Pour pouvoir investir, Marie-Ange Debon compte sur l’international, qui représentait en 2023 44 % du chiffre d’affaires du groupe (34,1 milliards d’euros). Pour mémoire, La Poste est présente en Europe, en Asie, au moyen Orient, mais aussi au Brésil. "L’international aide à financer La Poste et ses missions. C’est un atout, un amplificateur pour l’ensemble du groupe. Ce n’est pas un handicap. Mais il est important d’être sûrs des pays où l’on investit, et savoir s’il faut sortir de certains et entrer ou grandir dans d’autres. Il nous faudra être sélectifs en se concentrant sur les pays sur lesquels nous avons une vraie valeur ajoutée. En 2024, l’entreprise avait déjà cédé certains actifs, nous devrons continuer sur le redressement n’est pas possible dans un horizon de 3 ans ", a-t-elle averti, annonçant une revue stratégique des actifs du groupe à l’international.

 

Des rémunérations décidées par les membres du conseil d’administration

 

Enfin, interrogé par un député La France Insoumise notamment sur le salaire du patron de la Banque Postale, Stéphane Dedeyan, "à 850 000 euros, soit le double de ce que la loi prévoit dans les entreprises publiques", Marie-Ange Debon n’a pas esquivé la question et a justifié ce salaire. "La Poste respecte la loi. L’opération Mandarine (constitution du grand pôle financier public) qui a conduit à porter la CNP au sein de la Banque Postale et de La Poste ne soumettait plus les filiales du groupe au décret de 2012 sur les rémunérations des entreprises publiques. Par ailleurs, le conseil d’administration de la Banque Postale est constitué de personnes qualifiées, de représentants des salariés, des actionnaires et de l’Etat qui ont à se prononcer sur les rémunérations. J’ajoute enfin qu’en tant que chef d’entreprise, j’ai la responsabilité d’attirer et de garder les talents. La Banque Postale et CNP Assurances évoluent dans des marchés extrêmement concurrentiels et difficiles. Les personnes à leur tête actuellement sont de grands talents qui apportent beaucoup à la maison. Mon objectif est de les garder ", a-t-elle assumé.

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