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Deeptech européenne : le FEI consacre Jolt Capital au rang d’acteur stratégique / 260 millions d’euros pour Jolt V, apportés par son nouvel investisseur de référence

De « chasseur de fantômes » à référence européenne de la deeptech : en quinze ans, Jolt Capital a inversé les perceptions. L’investissement de 260 millions d’euros du FEI dans son nouveau fonds de growth equity vient parachever cette reconnaissance, et donner à l’équipe de Jean Schmitt les moyens de viser le milliard d’euros pour accélérer le passage à l’échelle des technologies de rupture.
Jean Schmitt, vendredi à Paris lors de la présentation de l’entrée du FEI dans Jolt Capital V
Jean Schmitt, vendredi à Paris lors de la présentation de l’entrée du FEI dans Jolt Capital V

"Le développement à grande échelle des deeptech en Europe est possible, non seulement en termes de rendements financiers exceptionnels, mais aussi d’impact environnemental positif.". Jean Schmitt, président et managing partner de Jolt Capital, n’a pas manqué de souligner la portée stratégique de l’entrée annoncée vendredi du Fonds Européen d’Investissement (FEI) dans Jolt Capital V, le véhicule de growth equity dédié aux sociétés deeptech européennes.

Derrière ce message adressé au secteur, c’est aussi un changement de dimension qui s’opère pour Jolt Capital V. L’investissement du FEI, à hauteur de 260 millions d’euros via l’ETCI, vient conférer au cinquième véhicule de Jolt une légitimité nouvelle : celle d’un gestionnaire désormais reconnu comme l’un des relais majeurs de l’ambition européenne dans les technologies de rupture. Avec une taille cible d’un milliard d’euros, le fonds franchit un cap décisif vers son ambition : s’imposer comme l’un des plus importants véhicules européens dédiés aux technologies de rupture.

 

Le soutien du FEI, symbole d’une reconnaissance européenne

 

Fondé en 2011, Jolt Capital s’est construit à contre-courant, en pariant sur la capacité du Vieux Continent à engendrer ses propres champions technologiques. "Quand nous avons démarré, nous étions considérés comme des contrarians, des chasseurs de fantômes, en quête de marchés qui n’existaient pas", s’est remémoré vendredi devant la presse Jean Schmitt. Quinze ans plus tard, la démonstration est faite : 25 participations, dix sorties déjà réalisées, trois en cours, et des performances classant les précédents millésimes dans le premier quartile mondial de l’industrie du private equity, toutes stratégies confondues.

Le soutien du FEI, qui agit comme investisseur de référence, revêt donc une portée symbolique. Il marque l’alignement croissant entre initiatives publiques et acteurs privés pour renforcer l’autonomie stratégique européenne dans des domaines aussi sensibles que les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, la cybersécurité, les matériaux avancés ou la santé. "Nous ne sommes pas un instrument politique, mais, comme effet secondaire, nous contribuons à la souveraineté, surtout dans un environnement où la Chine et les États-Unis se montrent très offensifs et où les chaînes d’approvisionnement demeurent fragiles", a souligné le dirigeant.

 

Jolt V, un milliard d’euros pour propulser les scale-ups européennes

 

Cette souveraineté passe avant tout par la capacité à financer la montée en puissance des scale-ups deeptech. Jean Schmitt le martèle : "Nous comptons 11 000 entreprises deeptech en Europe, soit davantage qu’aux États-Unis. Pourtant, nous nous percevons encore comme en retard. C’est faux : nous avons le même potentiel de créativité et d’avantage compétitif que nos amis américains. Ce qui nous manque, c’est la confiance." Et de pointer un angle mort du financement : l’absence des grands fonds de pension européens, dont l’engagement a fait la force des États-Unis.

Avec sa taille cible de 1 milliard d’euros, Jolt Capital V doit permettre d’investir dans une vingtaine de sociétés en croissance avancée, en leur donnant les moyens de franchir le seuil critique de l’internationalisation. L’équipe de 42 professionnels, déjà présente à Paris, Copenhague, Montréal, Boston ou encore Singapour, compte renforcer sa couverture géographique et sectorielle. "Investir en deeptech est complexe. Il faut des spécialistes capables d’évaluer des technologies en semi-conducteurs, en cybersécurité ou en dispositifs médicaux. L’augmentation de nos moyens nous permettra de renforcer ces expertises", explique Jean Schmitt.

 

Transformer la confiance

 

Le défi n’est pas seulement financier. Il est aussi culturel. Les réussites passées, comme la vente d’Heptagon, une "licorne" de 1,7 milliard spécialisée dans la reconnaissance faciale des iPhones, sont restées largement méconnues. "Une technologie mondiale, mais difficile à raconter, donc invisible médiatiquement. Même chose avec Unity SC, vendue récemment à Merck, spécialisée dans le contrôle des puces Nvidia chez TSMC. Ce sont des histoires complexes, mais elles créent des milliers d’emplois et sont cruciales", rappelle le managing partner. Et ces exemples illustrent la profondeur du vivier européen.

L’enjeu est donc de transformer ces réussites industrielles en symboles capables d’incarner un leadership européen, à l’image d’ASML dans la lithographie ou de Nvidia dans les GPU. "Nous avons beaucoup d’ASML et de Nvidia en gestation en Europe. Mais encore faut-il croire en notre capacité à les faire grandir et savoir raconter leur histoire", plaide Jean Schmitt.

Le pari de Jolt, soutenu par le FEI et l’ETCI, est précisément d’accélérer cette bascule. Si les prochaines étapes de la levée de Jolt Capital V permettent d’atteindre la taille escomptée, c’est tout un pan de l’écosystème qui pourrait bénéficier d’un effet d’entraînement. Avec, à la clé, l’espoir de combler le déficit de confiance que le dirigeant identifie comme le principal frein européen. "Nous n’avons rien à envier aux États-Unis. Ce dont nous avons besoin, c’est de transformer cette conviction en chiffres."

 

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