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Destructions de stocks et marge en retrait pour Virbac au premier semestre / Paul Martingell, le nouveau DG, entend prolonger l’histoire de croissance

Si la performance du premier semestre déçoit par une rentabilité en repli, Virbac réaffirme ses objectifs et met en avant ses projets industriels. Paul Martingell, à la tête du groupe depuis quinze jours, veut prolonger la dynamique engagée ces dix dernières années.
Paul Martingell, le nouveau directeur général de Virbac (à gauche) et Habib Ramdani, le directeur financier
Paul Martingell, le nouveau directeur général de Virbac (à gauche) et Habib Ramdani, le directeur financier

Lundi, les résultats semestriels publiés à la veille du week-end par le deuxième plus grand laboratoire vétérinaire français étaient commentés par un duo inhabituel : Paul Martingell, à la tête du groupe depuis quinze jours, et Habib Ramdani, directeur financier et patron par intérim pendant un an, qui a logiquement assuré l’essentiel des explications. Une tâche assez délicate au vu de la performance mitigée réalisée sur la première partie de l’année, d’ailleurs fraîchement accueillie par les investisseurs. L’action Virbac a chuté jusqu’à plus de 8 % lundi matin avant de réduire ses pertes ; elle reculait encore de 3,5 % à 314 euros à la mi-séance.

À taux et périmètre constants, le chiffre d’affaires progresse de 5,6 % au premier semestre, un rythme modéré mais qu’il faut relativiser au regard d’une base de comparaison exigeante. Le premier semestre 2024 avait en effet affiché des progressions soutenues (+15,1 % en publié, +16,1 % en organique). Dans le détail, l’Europe tire son épingle du jeu (+7,1 %), avec une Europe de l’Ouest dynamique (+9,4 %) grâce aux vaccins bovins et à la dermatologie vétérinaire, et une Europe centrale et orientale portée par le petfood (+27,4 %). L’Amérique du Nord affiche une hausse de 5,9 % malgré des effets de stocks temporaires, tandis que l’Amérique latine avance de 8,2 %. A contrario, l’Asie du Sud-Est recule au Vietnam (-17,8 %) à cause d’une épidémie de peste porcine, et l’Australie fléchit de 11,4 %. Des évolutions contrastées traduisant la diversité des marchés où Virbac opère, sans signal d’alerte particulier.

 

La marge entamée par les destructions de stocks

 

C’est surtout la rentabilité qui retient l’attention. Sous l'effet de la baisse du résultat opérationnel courant ajusté à 135 millions d’euros, contre 150,4 millions un an plus tôt, la marge correspondante se replie à 18,3 % du chiffre d’affaires, soit une contraction de 2,2 points retraitée des effets de change et de périmètre. Les destructions de stocks ont pesé, de même qu’un arrêt temporaire de production pour maintenance. Habib Ramdani a tenu à replacer ces éléments dans leur contexte : "C’est inhérent à notre industrie. Toutes les sociétés de santé humaine ou animale doivent procéder à des destructions de stocks liées à des impératifs de qualité. Certains lots qui ne respectent pas nos règles internes ne peuvent donc pas être commercialisés." Et d’ajouter : "En 2024, 30 % des destructions avaient été concentrées sur le premier semestre et 70 % sur le second. En 2025, la répartition sera plus équilibrée, ce qui explique un impact ponctuel appelé à se normaliser."

Tout en bas du compte de résultat, le bénéfice net s’établit à 82,2 millions d’euros, en baisse de 13,3 % sur un an. L’amortissement lié à l’intégration de Sasaeah et l’alourdissement de la charge financière - notamment une perte de change sur le peso chilien - expliquent une large part de cette contraction. L’endettement net atteint 201,4 millions d’euros à fin juin, en hausse de 32,9 millions, mais là encore, rien d’inquiétant : "C’est une situation habituelle pour nous", a insisté Habib Ramdani. "Historiquement, nous consommons du cash en première partie d’année et nous en générons sur la seconde. Nous confirmons notre ambition de désendetter le groupe d’environ 80 millions d’euros sur l’année 2025."

 

Perspectives inchangées, impact douanier limité

 

La direction a maintenu l’intégralité de ses prévisions annuelles : une croissance organique attendue entre 4 % et 6 %, renforcée d’un point supplémentaire grâce aux acquisitions, et une marge opérationnelle ajustée stabilisée autour de 16 %. "On l’a partagé en janvier, confirmé en mars, reconfirmé en juillet, et nous reconfirmons encore : nous sommes tout à fait en ligne avec nos attentes", a martelé le directeur financier.

Les nouveaux droits de douane américains ne modifieront pas la trajectoire. "Nous ne sommes pas très exposés par rapport à d’autres industries", a expliqué Habib Ramdani. "D’ici 2026, 80 % de notre chiffre d’affaires américain proviendra de produits fabriqués aux États-Unis. Sur la base de ce que nous savons aujourd’hui, l’impact des droits de douane est estimé à environ 4 millions d’euros en année pleine, ce qui reste limité par rapport à notre profitabilité."

Les investissements en R&D continueront de croître, ajoutant environ 0,3 point au ratio sur chiffre d’affaires, avec déjà plus de 50 millions d’euros de capex engagés au premier semestre. Virbac met aussi en avant un semestre actif sur le front des partenariats, avec neuf accords de licence commerciale - qui lui permettent d’élargir son portefeuille de produits ou sa couverture géographique - et trois accords de licence technologique, destinés à renforcer ses capacités d’innovation.

De quoi nourrir la confiance des analystes. "La bonne nouvelle est que les effets de base vont s’estomper et laisser la place à une dynamique portée par les lancements, une bonne discipline cash et optionnellement par des acquisitions", souligne Oddo BHF, laissant présager un rattrapage au second semestre.

 

Des investissements industriels pour préparer 2030

 

Au-delà des perspectives immédiates, Virbac continue d'inscrire son action dans le temps long avec des projets industriels déjà engagés, notamment à Carros, près de Nice. Un nouveau centre logistique doit permettre de centraliser des opérations aujourd’hui dispersées sur plusieurs sites, tandis qu’un centre de conditionnement secondaire pour les vaccins chiens et chats viendra renforcer les capacités de production et l’efficacité opérationnelle. "Nous sommes en phase finale de signature des contrats, la construction va démarrer très vite", a précisé Habib Ramdani.

"L’ensemble de ces éléments nous permettent de renforcer nos fondations et de préparer le Virbac de 2030, dans la droite ligne de notre objectif premier qui est d’atteindre les 20 % de résultat opérationnel à cet horizon", a-t-il ajouté.

Pour sa part, Paul Martingell a tenu à se placer dans la continuité de l’histoire de croissance de Virbac. "Si je ne me trompe pas, l’entreprise a presque doublé en dix ans. Je suis là pour prolonger cette trajectoire et m’assurer que les investissements réalisés dans la R&D, les usines et la logistique portent leurs fruits", a-t-il déclaré. Le nouveau directeur général se dit "impressionné par la force de l’équipe" et assure vouloir inscrire son action dans le long terme : "Ce n’est pas un changement de cap brutal, mais la volonté de consolider et d’amplifier une belle histoire."

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