Macro-économie / Taux / REF / Laurent Saint-Martin / BDO France
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REF / Laurent Saint-Martin / BDO France
Le libre-échange divise à la REF / Economistes et politiques n’ont pas la même lecture des derniers mois
L’existence même du libre-échange a été interrogée sur le court Philippe-Chatrier. Plus habitué aux échanges entre adeptes de la petite balle jaune, le court central de Roland Garros accueille cette année la Rencontre des entrepreneurs de France, organisée par le Medef, et sa flopée de tables rondes de premier plan. L’une des premières d’entre elles est longuement revenue sur la question du libre-échange dont le glas pourrait bien avoir commencé il y a bien longtemps à en croire Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste de BDO France.
L’économiste explique que ces dernières années certes "les pays n’ont pas fait des taxes, des tarifs comme Donald Trump mais ont augmenté les normes pour accéder aux marchés. On connaît l’exemple du bœuf aux hormones". Elle considère à ce titre qu’il y a eu une inflation des normes sur les quinze dernières années et qu’elle n’est pas le seul apanage de la Chine, de l’Europe ou des États-Unis. La principale nouveauté associée au deuxième mandat de Donald Trump à la Maison est plutôt à chercher du côté du "retour au tarifaire, c’est-à-dire qu’en plus du non tarifaire qui n’a cessé de prospérer et bien Donald Trump s’est dit que les normes s’est dit que les normes ce n’est pas très efficace " et c’est ce choix qui a fini par casser l’équilibre passé.
Perdants
Elle ne voit guère de gagnant à cette nouvelle donne et considère qu’en premier lieu ce sera le consommateur américain qui y perdra, lequel sera confronté à un potentiel retour de l’inflation qui n’est pas non plus une bonne nouvelle pour les autres nations. L’économiste exposant qu’une " moindre consommation aux États-Unis a bien entendu des conséquences pour le reste du monde ". Des conséquences délétères qui ne sont pas niées par Emmanuel Combe, professeur des Universités en sciences économiques et senior advisor chez Image 7, ce dernier se montre néanmoins davantage circonspect sur les évolutions du libre-échange arguant "qu’en réalité le libre-échange n’est pas mort car il n’a jamais existé. … ce qui vient de mourir c’est le multilatéralisme, c’est-à-dire un ordre juridique qui est mort le 2 avril 2025 avec les tarifs réciproques de Donald Trump ".
Impossible cependant de rester les bras croisés face à une pareille situation, Laurent Saint-Martin, ministre du Commerce extérieur, expliquant qu’il faut réfléchir à la façon dont on s’adapte face à une première économie mondiale "qui ne casse pas et ne tue pas le libre-échange, je ne partage pas cette théorie mais abîme et casse le terrain de jeu". Le membre du gouvernement indiquant que "ce qui était une compétition d’abord est devenu un terrain de confrontation de logique de puissances. Ça change radicalement tout dans les rapports internationaux".
Compréhension
Pour y faire face, il a martelé qu’il " y a urgence en Europe à comprendre le nouveau paradigme et à ne pas se positionner uniquement en négociateur". Tout n’est pas négatif à ses yeux dans la séquence que nous connaissons étant donné que "l’Europe devient une terre de stabilité pour l’investissement, (et ce alors qu’elle est) loin d’être parfaite et avec beaucoup de défauts. […] Défendre le libre-échange ça devient de fait un avantage comparatif ". Dès lors qu’on accepte de jouer avec les nouvelles règles, il est possible de tirer son épingle du jeu s’est-il échiné à expliquer, rappelant que l’Europe travaille à accélérer sur des accords commerciaux avec un certain nombre de destinations.
Affichant un visage réaliste, Laurent Saint-Martin a également posé le constat que "par rapport aux autres régions du monde qui ont des droits de douane additionnels, l’Europe s’en sort plutôt mieux. Est-ce que ça veut dire qu’on n’aurait pas obtenu mieux avec une autre méthode de négociation ? Moi je pense que si" a-t-il concédé. Ambitieux, il a ensuite expliqué "au gouvernement nous voulons non seulement les marchés ouverts [en Chine et outre Atlantique ndlr] mais des investissements croisés ". En écho au contexte politique national, il a montré son attachement à ce qu’on "permette à nos entreprises d’y voir plus clair ".
Histoire
Détricotant les fils de l’histoire récente, Yann Leriche, directeur général de Getlink Group, a pu partager quelques-uns des enseignements du Brexit qui a bouleversé ses équipes il y a plusieurs années. Il voit "deux points communs entre ce qui s’est passé avec le Brexit et ce qu’on connaît aujourd’hui et en revanche un point de différence fondamentale. Le premier point commun est le retour assez massif, brutal de freins au commerce entre le Royaume-Uni et l’Europe. Ça a pris la forme de barrières non tarifaires, moins pour des questions de norme que pour des questions de formalités de contrôle. On a vu un mur de formalités s’installer, ce qui a un coût qui revient à des barrières tarifaires de l’ordre de 10 % et l’impact c’est une baisse des volumes de 20 %". Une baisse durable qu’on connaît toujours aujourd’hui et qui n’est pas l’épaisseur du trait à ses yeux.
L’autre point commun consiste en l’absence de visibilité et la volatilité, arguant que "tout se passe très vite entre les décisions politiques et leur mise en œuvre et qu’on a très peu de temps pour se retourner". Il se rappelle l’époque où "on a eu une semaine pour lire 1 200 pages et les appliquer entre le 24 décembre et le premier janvier" et expose qu’il "va falloir être agile au niveau des entreprises" dans les semaines à venir. Le point de divergence fondamental restant que le "Brexit respectait les règles de l’OMC". Emmanuel Combe est revenu longuement sur la genèse de la situation actuelle, voulant croire que ce "n’est pas un hasard, ça vient de loin. Il y a des causes profondes, la première nous les économistes, peut-être aussi les politiques exception faite sans doute de Laurent Saint-Martin et d’autres, nous n’avons pas assez défendu les vertus de l’ouverture commerciale. Oui, elle procure des gains, pas que du pouvoir d’achat mais des gains en termes de concurrence, d’innovation, de variété. Nous avons laissé prospérer un discours favorable au protectionnisme. Nous n’avons pas fait la pédagogie des vertus de l’ouverture ".
Même enseignement concernant l’incompréhension autour de l’Organisation mondiale du commerce. Souvent critiquée, elle demeure à ses yeux "un monde de règle, ce n’est pas la loi du plus fort". Enfin, dernière explication selon lui et pas des moindres se trouve résider dans le fait que "nous les économistes et peut-être aussi les politiques nous avons sous-estimé le fait que quand on s’ouvre il y a toujours deux gagnants : celui qui exporte, celui qui importe. Mais à l’intérieur du pays il y a des gagnants et des perdants". La question de l’acceptabilité politique de ce choix a pu parfois être négligée et dernièrement conduire "à une mauvaise interprétation des leçons du covid ; la souveraineté ce n’est pas le repli c’est la dépendance choisie. La fermeture ça ne marche pas".
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