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Eurazeo déçoit la Bourse mais reste sur sa trajectoire / Entre faible création de valeur et essor de la gestion pour compte de tiers

Le repli de l’ANR et le faible niveau de création de valeur ont pesé sur la perception des résultats semestriels d’Eurazeo, sanctionnés par un recul marqué en Bourse. Mais au-delà de cette lecture immédiate, le groupe défend une trajectoire de long terme, portée par l’essor de la gestion pour compte de tiers, la progression des revenus récurrents et une capacité d’investissement qui reste solide.
Christophe Bavière et William Kadouch-Chassaing, les co-dirigeants d'Eurazeo
Christophe Bavière et William Kadouch-Chassaing, les co-dirigeants d'Eurazeo

Eurazeo a connu meilleure séance boursière. Il est rare de voir l’action de la société d’investissement perdre 14 % comme elle l'a fait jeudi à la suite de la publication de ses résultats du premier semestre 2025. Si la performance d’ensemble n’a rien de flamboyant, elle ne traduit pas non plus un effondrement des indicateurs financiers clés. Même s'il est vrai qu'il y en a un, en particulier, qui concentre l’attention : l’actif net réévalué (ANR).

À 109,8 euros par action, l’ANR total ressort en baisse de 6,5 % par rapport à fin 2024. La valeur des sociétés en portefeuille recule de 3 %, tandis que les cessions (583 millions d’euros) ont excédé les investissements réalisés sur le bilan (345 millions d’euros). Dans ce contexte, la création de valeur du portefeuille apparaît quasi nulle sur le semestre, ce que les analystes d’Oddo BHF résument par une "dynamique de création de valeur extériorisée négative".

 

Une performance en demi-teinte à replacer dans le temps long

 

Il importe cependant de se replacer dans la logique d’investissement propre aux marchés privés. "Il faut toujours se placer dans le contexte d’une entreprise dont les investissements s’inscrivent dans des durations longues", commente à WanSquare William Kadouch-Chassaing, co-directeur général d’Eurazeo. Les performances semestrielles doivent s’apprécier à l’aune d’un horizon d’investissement de "cinq à dix ans en moyenne", propre aux marchés privés, rappelle-t-il.

Autre point soulevé, la collecte, bien qu’élevée à 2,1 milliards d’euros sur le semestre, n’a pas totalement convaincu. Le deuxième trimestre marque un net ralentissement par rapport au premier, pénalisé par un fort recul dans la dette privée (–44 % sur un an) et les actifs réels (–93 %), observe de son côté le cabinet de recherche indépendant AlphaValue. Celui-ci salue néanmoins la montée en puissance du private equity dans le mix de collecte, ainsi que l’ouverture du bureau de Tokyo, qui témoigne d’une base d’investisseurs de plus en plus internationalisée.

Pour en revenir à l’ANR, il serait toutefois réducteur de juger la performance d’Eurazeo comme si le groupe n’avait pas fait évoluer son modèle. Depuis fin 2023, le groupe a volontairement accéléré sa transformation vers un modèle centré sur la gestion pour compte de tiers. Dans cette nouvelle configuration, d’autres indicateurs gagnent en importance pour apprécier la trajectoire du groupe. Les commissions pour compte de tiers ont ainsi progressé de 5 %, à 153 millions d’euros au premier semestre. Les Fee Related Earnings (FRE), qui mesurent le résultat récurrent généré par les commissions, s’élèvent à 73,3 millions d’euros, contre 71,2 millions un an plus tôt.

 

Le pivot vers la gestion d’actifs se poursuit

 

Ce basculement de modèle se reflète également dans la dynamique des flux : les cessions excèdent désormais les investissements réalisés en compte propre. "Eurazeo n’est plus une holding d’investissement qui investit systématiquement 100 % de ce qu’elle génère", rappelle William Kadouch-Chassaing. Une partie des liquidités est désormais allouée aux fonds gérés, tandis que le solde alimente la politique de retour aux actionnaires.

Le groupe a ainsi procédé à 900 millions d’euros de désinvestissements au premier semestre 2025, soit 12 % du bilan réévalué de décembre 2024. Une étape significative vers l’objectif de 20 % de rotation sur l’année, atteinte malgré le net ralentissement du marché du non coté. "Nous parvenons à céder nos actifs dans de bonnes conditions", insiste le dirigeant.

En parallèle, à l’échelle consolidée du groupe, les investissements continuent d’augmenter. "Le déploiement progresse de 35 %", souligne de son côté Christophe Bavière, l’autre co-dirigeant d’Eurazeo. Cette dynamique s’appuie sur une capacité d’investissement toujours confortable – 7,4 milliards d’euros au total, dont 5,5 milliards dédiés aux fonds gérés pour compte de tiers. De quoi permettre à Eurazeo de continuer à se déployer activement sur ses verticales stratégiques : private equity, dette privée et actifs réels.

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