Feuilleton de l'été / Euronext / Camille Beudin
Feuilleton de l'été
Euronext / Camille Beudin
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Camille Beudin, responsable de la diversification chez Euronext
Il a beau être peu enclin à parler de lui, à tout juste 40 ans Camille Beudin incarne l’un des cerveaux les plus influents d’Euronext, l’opérateur boursier paneuropéen devenu en moins d’une décennie, l’un des piliers de la souveraineté financière de l’Union européenne. Discret, et animé par une vision de long terme, ce membre du comité exécutif a en effet joué, en coulisses, un rôle central dans l’extraordinaire expansion du groupe présidé par Stéphane Boujnah depuis 2015.
Trois responsabilités, mais un seul cap : celui de transformer
Aujourd’hui, Camille Beudin cumule trois casquettes essentielles à la croissance de l’entreprise, à la fois stratégique, opérationnelle et prospective. D’abord, en tant que membre du comité exécutif, il contribue aux grandes orientations d’Euronext, en matière de développement, d’investissement et de positionnement européen. Ensuite, il dirige une division en pleine expansion, celle des "services diversifiés", un portefeuille de métiers en forte croissance (près de 400 collaborateurs sur trois continents) couvrant des domaines aussi variés que les marchés de l’électricité (dans 16 pays européens), les matières premières agricoles - Euronext est numéro un européen sur le blé, le maïs et le colza -, les plateformes de change ou encore la vente de solutions logicielles à destination des acteurs de la finance.
Enfin, il est responsable de la diversification stratégique du groupe, l’un des piliers du nouveau plan stratégique "Innovate for Growth", dévoilé en fin d’année dernière. Objectif ? Créer les relais de croissance de demain pour un groupe historiquement centré sur les actions cotées. "Il y a dans mes missions une cohérence entre mes valeurs, mon parcours et les défis de notre époque. On ne fait pas ça pour se vanter de notre réussite, mais parce que c’est utile. Euronext n’est plus seulement un opérateur boursier, c’est une infrastructure de marché intégrée, résolument européenne, qui veut répondre aux besoins réels des économies du continent", nous explique-t-il à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.
Un bâtisseur dans la tempête
Le rôle de Camille Beudin aujourd’hui ne doit en effet rien au hasard. C’est très jeune qu’il s’intéresse à la finance. Adolescent, il boursicote déjà, fasciné non pas par la spéculation mais, "modestement", par la stratégie des entreprises.
Étudiant à l’EDHEC, il affine cette passion pour les logiques d’entreprise et les transformations industrielles. Et c’est en pleine crise financière de 2008 qu’il débute sa carrière dans la banque d’affaires, passant par ABN AMRO, RBS, Citigroup et Deutsche Bank. Il y conseillera des groupes du CAC 40, comme Veolia ou Alcatel-Lucent, dans des contextes de crise, de restructuration, de recomposition. "J’ai appris à intervenir là où tout semblait bloqué. Ce sont ces situations extrêmes qui forgent l’esprit de décision", estime-t-il. C’est cette approche rigoureuse, mêlée d’un appétit pour la transformation et l’impact concret, qui l’amènera à croiser, en 2016, la route de Stéphane Boujnah. Il n’a alors que 31 ans.
Ainsi, lorsque Camille Beudin arrive chez Euronext, à la tête des fusions et acquisitions, le groupe est encore un acteur fragile et sous-dimensionné. L’entreprise sort en effet tout juste de son introduction en Bourse, pèse moins de 2 milliards d’euros de capitalisation, et fait face à une menace de taille : le projet de fusion annoncée entre Deutsche Börse et le London Stock Exchange. Une opération qui, si elle avait été menée à son terme, aurait pu alors marginaliser Euronext. "Il fallait être offensif. Nous ne pouvions pas laisser l’Europe financière se construire sans nous. Cette fusion aurait créé un risque pour la pérennité d’Euronext. Nous avons donc choisi d’agir et de construire une alternative européenne ", nous explique-t-il.
Un maître d’œuvre des grandes manœuvres européennes
En moins de dix ans, Camille Beudin coordonnera ou pilotera directement plus de 20 acquisitions, pour un total dépassant 6,5 milliards d’euros de capital investi. Et chaque opération transformera profondément l’identité d’Euronext : d’abord la Bourse de Dublin, puis la Bourse d’Oslo, remportée face au Nasdaq, et surtout, en 2021, le rachat de Borsa Italiana, rachetée au London Stock Exchange, une acquisition stratégique pour l’entreprise qui lui permettra aussi de devenir autonome avec sa propre chambre de compensation. Ces dernières semaines, c'est au rachat de la Bourse d'Athènes qu'il a travaillé.
À chaque fois, il s’agira non seulement de croître, mais surtout d’intégrer intelligemment, de faire dialoguer des cultures nationales et de créer des synergies technologiques et humaines. " On ne devient pas un acteur continental par effet d’aubaine. C’est un travail de conviction et de méthode. Euronext est un des rares projets réellement européen couronné de succès. Dans le contexte géopolitique actuel, il serait hasardeux de penser que nous sommes plus forts seuls qu’unis en européens. Euronext, c’est cela pour moi : un projet qui dépasse les chiffres", estime-t-il.
Un engagement européen chevillé au corps
Autant d’opérations qui ont profondément redessiné, au fil des années, le périmètre d’Euronext. Si bien que d’une entreprise centrée sur la cotation d’actions, le groupe est devenu une infrastructure complète, allant de la post-négociation aux marchés spécialisés, en passant par les logiciels financiers vendus à des tiers. Résultat : une valorisation multipliée par 7 pour atteindre aujourd’hui plus de 15 milliards d’euros. "L’enjeu n’est pas de grandir pour grandir, mais de contribuer à construire l’autonomie stratégique de l’Europe. Chaque acquisition de Bourse vise à renforcer cette ambition ", souligne-t-il.
Un développement qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’ascension de Camille Beudin au sein de l’entreprise. Depuis son arrivée en 2016, il n’a cessé de gravir les échelons. Certes, ses responsabilités multiples l’obligent à de nombreux déplacements, pour passer du temps avec les équipes, des réunions avec les régulateurs, des rencontres avec les clients, les partenaires, etc, mais ce qui le guide au quotidien n’est pas seulement l’ambition stratégique, c’est une conviction politique au sens noble du terme : construire une Europe financière autonome, capable de financer ses transitions clés. "Euronext est bien plus qu’un acteur financier, c’est un instrument de souveraineté au service de la construction européenne. Dans un monde fragmenté, il œuvre à consolider une place financière forte et indépendante. De fait, on ne peut pas financer l’intelligence artificielle, la transition énergétique ou la défense européenne avec des plateformes qui ne sont pas ancrées sur notre continent. La maîtrise des marchés est un enjeu de souveraineté. Notre diversification nous rend ainsi plus résilients et nous permet d’offrir des plateformes capables d’attirer la liquidité au service des financements à long terme dont nos entreprises ont besoin", insiste-t-il.
Une culture d’entreprise à part
Chez Euronext, Camille Beudin a trouvé un écosystème qui lui ressemble : agile, direct, et où l’on défend une culture du mérite, de la décision rapide et la responsabilisation de chacun. "Nous n’avons pas vocation à être une organisation lisse. Le groupe valorise les résultats, et donne les clés à celles et ceux qui veulent vraiment faire avancer les choses. C’est aussi cette culture qui attire les profils engagés, capables de s’approprier les sujets stratégiques rapidement. Une forme d’excellence non pas élitiste, mais fondée sur l’efficacité ", se félicite-t-il.
Son propre parcours en est l’illustration : responsabilités très tôt, projets transverses, visibilité dans les cercles de décision. Il évoque une entreprise qui fonctionne parfois comme une start-up cotée, où les silos sont brisés, où chacun est incité à lever la main pour prendre des sujets nouveaux. " Ce qui m’anime, c’est la transformation de l’entreprise, au service de la croissance, de faire en sorte que les équipes grandissent autour d’un projet commun ", nous confie-t-il.
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