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Private equity français, le trou d’air / Les levées de fonds sauvent un trimestre morose
Si 2024 avait marqué un retour progressif des investissements, le private equity français abordait 2025 avec plus de retenue. Portée par le regain d’appétit des investisseurs institutionnels et des conditions de financement assouplies, la reprise amorcée l’été dernier semblait prometteuse. Mais l’on s’en doutait : entre incertitudes politiques et conjoncture dégradée, le rebond restait fragile. De fait, les données pour les mois de janvier à mars 2025 récemment publiées par PitchBook confirment un début d’année plus heurté.
Le coup de frein est net : l’activité transactionnelle des fonds a enregistré son pire trimestre depuis fin 2023. La valeur des deals chute de 37,8 % par rapport au quatrième trimestre, et le nombre d’opérations recule de 27,1 %. En toile de fond, la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 continue de peser sur la confiance des acteurs. Si l’économie française a connu un léger rebond début 2025, les projections demeurent ternes, la confiance des investisseurs reste affectée par les turbulences politiques de l’an passé, et l’ombre de nouvelles barrières tarifaires avec les États-Unis plane toujours.
"En outre, le marché du travail français continue de s’affaiblir, avec un taux de chômage qui atteint 8 %, son plus haut niveau depuis début 2021", relèvent les analystes Navina Rajan et Nicolas Moura, constatant aussi, à la lecture des enquêtes sur l’indice des directeurs d’achat, "que la France réduit ses effectifs à mesure que les faillites d’entreprises et les licenciements augmentent."
Croissance externe ciblée : les add-ons tirent leur épingle du jeu
Dans ce contexte, les opérations de type add-on continuent de tirer leur épingle du jeu : elles ont représenté 35,1 % de la valeur des deals au premier trimestre, contre 27,2 % à la fin de l’année 2024. Plus faciles à structurer, moins exposées aux aléas du marché, elles représentent désormais une large part de l’activité. La stratégie est claire : renforcer les plateformes existantes à moindre risque. "En période d’incertitude, les investisseurs privilégient les opérations de croissance externe ciblées pour renforcer la valeur de leurs participations", expliquent les auteurs de la dernière étude de Pitchbook sur le panorama du capital privé français.
Et il ne faut pas compter sur un renfort venu des États-Unis. Malgré une légère hausse en 2024, la participation des investisseurs américains dans les opérations de private equity reste faible en France, bien en deçà des niveaux observés au Royaume-Uni, en Allemagne ou en Italie. Un désintérêt que PitchBook attribue à la fois à la posture protectionniste de la France et à un cadre réglementaire jugé contraignant. Et "la perspective de nouveaux droits de douane américains pourrait encore nuire à l’attractivité de la France en 2025", préviennent les auteurs de l’étude.
Dans ce véritable désert transactionnel, le B2B a conservé sa position dominante en termes de secteurs, mais c’est du côté des énergies renouvelables qu’est survenue l’unique éclaircie du trimestre. Le rachat d’Akuo par Ardian, pour un milliard d’euros, s’impose comme la seule opération d’envergure dans un marché quasiment à l’arrêt.
Marché des sorties à l’arrêt, les secondaries comme soupape
Côté sorties, le marché reste grippé. 2024 avait déjà marqué un point bas, avec seulement quatre "mega exits" en France. Le début de 2025 ne déroge pas à la tendance : la valeur des désinvestissements baisse encore de 6,7 % sur un trimestre, et le nombre de sorties chute à 48, un niveau inédit depuis la crise sanitaire. Et les grandes sorties se font rares : seulement quatre en 2024, une seule au premier trimestre 2025, et toujours aucune IPO soutenue par le capital-investissement cette année.
Si les sorties se sont raréfiées à l’échelle mondiale, la situation française apparaît plus dégradée que chez ses voisins. "Cette disparité s’explique très probablement par l’environnement incertain dans lequel opèrent les entreprises françaises depuis juin 2024", note PitchBook. Et alors que les marchés privés réagissent souvent avec retard aux chocs, "on commence seulement à percevoir les répercussions de cette volatilité accrue".
Faute de débouchés sur les marchés publics, les fonds privilégient des cessions entre acteurs du private equity ou recourent de plus en plus aux solutions secondaires. Ardian a ainsi structuré son premier véhicule de continuation autour du groupe Syclef, spécialisé dans les installations frigorifiques, un fonds financé par Eurazeo en tant qu’investisseur lead principal et Astorg en tant qu’investisseur co-lead, un signe de plus de l’ingéniosité nécessaire pour créer de la liquidité dans un contexte de blocage généralisé.
À rebours du climat général, la levée de fonds offre néanmoins un signal encourageant en ce début d’année. Plus de 4,3 milliards d’euros ont été collectés au premier trimestre à travers cinq véhicules. Une dynamique largement portée par Ardian, dont le sixième fonds d’expansion, clos à 3,2 milliards d’euros en janvier, concentre l’essentiel des montants levés. Le véhicule a enregistré une progression de 60 % par rapport à son prédécesseur, avec un engagement moyen en hausse de 13 % chez les investisseurs déjà présents.
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