La Chine, une horreur et une aubaine pour l'industrie française
2017 s’est révélée une année moins active pour les deals initiés par des acteurs chinois vers des entreprises européennes ou américaines, selon les statistiques de Dealogic. De même a-t-on moins vu de groupes asiatiques se ruer sur des entreprises non cotées, affirment les pro du private equity. Est-ce à dire que leur soif d’actifs étrangers s’est tarie ? Sans doute pas, certains banquiers pariant même sur un retour en force de cette manne dès l’an prochain. Et pour cause : ce recul n’aurait été motivé que par des contraintes réglementaires ayant déjà commencé à évoluer. Retour en force qui n’est d’ailleurs pas sans inquiéter certains secteurs et filières. Comme le milieu agricole qui pointe du doigt de très nombreuses acquisitions de terrains agricoles et vinicoles par ces acteurs.
Mais la Chine, ce n’est pas seulement une cohorte d’investisseurs aux poches bien remplies grâce à un endettement hors norme leur permettant de mettre la main sur de très nombreux actifs. C’est aussi des entreprises produisant à des tarifs plus que compétitifs tout ce qui peut se produire. Pour le plus grand désespoir de tous les entrepreneurs mis en compétition. Mais pour le plus grand bonheur aussi de ceux qui ont décidé de profiter de ces compétences et ce coût du travail pour faire fabriquer leurs produits sur la zone.
Et c’est là où l’on peut voir que certaines filières tiennent particulièrement bien le choc par rapport à la pression sur les prix induite par l’offre chinoise. « A première vue, on se retrouve souvent dans des situations de dumping, où les prix proposés par certains acteurs chinois ne nous permettent pas d’emporter les marchés. Mais par la suite, il s’avère qu’ils ne respectent pas les standards réglementaires en vigueur. Ce qui pour nos clients majoritairement cotés est inconcevable. Du coup, c’est nous qui avons le dernier mot », explique Jean-David Curiel, patron de la société Virojanglor, leader du packaging métal pour les marchés premium de la cosmétique, des vins et spiritueux qui vient, justement, de racheter un homologue, selon les informations de WanSquare, Interesting Sourcing. Objectif : développer sa puissance de feu en Chine où il fait fabriquer ses emballages via un réseau d’usines.
De fait, si ces entrepreneurs français doivent composer avec un marché de plus en plus contraignant réglementairement, qui se concentre de par les rapprochements constatés ces derniers mois entre grands groupes de luxe et toujours plus challengé par la concurrence, ils ont bien compris que pour faire la différence il est impératif qu’ils se positionnent sur des produits de plus en plus premium et intégrant un degré élevé d’innovations technologiques. Ce que ne savent pas (encore ?) faire les acteurs chinois. D’ailleurs, Jean-David Curiel comme Grégoire Levet, le patron d’Interesting Sourcing ont d’entrée de jeu envoyé des responsables de leurs entreprises pour piloter les usines sur place. « Notre clientèle composée de grands noms du luxe comme LVMH, Moët Hennessy ou Pernod Ricard ne peut admettre, comme bien d'autres secteurs d'ailleurs, la moindre imperfection dans les produits qu’on leur fournit. Et comme le luxe représente dorénavant 70% de notre chiffre d’affaires, il est impératif que nos usines locales respectent scrupuleusement les normes », soutient Grégoire Levet.
Chez PSB Industries, spécialisé dans l'emballage et la chimie de spécialité, la concurrence chinoise n'est pas ce qui préoccupe le plus la société. Et pour cause, dans la partie agroalimentaire, il n'est pas possible d'être loin de son client. Cette prime à la proximité éloigne donc la concurrence et a fortiori la plus lointaine. "En outre, les clients exigent d'avoir une traçabilité claire et fiable des produits inclus dans l'emballage. De même n'est-il pas possible de leur imposer des délais trop longs pour la livraison", analyse Sylvain Raux, directeur de la filiale plastique de PSB Industries qui reconnaît aussi que la clientèle est prête à payer plus cher pour faire travailler un acteur local et capable de s'adapter aux attentes les plus techniques et complexes. Ce qui a d'ailleurs bien réussi à la PME cotée en Bourse puisqu'elle a connu en 2017 une très belle progression de ses ventes.
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