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Levées de fonds / veesion / Levée de fonds

Levées de fonds
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Veesion et son IA au service de la compétitivité du "retail" physique accélèrent / Une série B de 38 millions d'euros menée auprès de White Star Capital, Red River West et Bpifrance

Cette start-up à l’origine d’une solution d’intelligence artificielle, en pointe dans la détection et l’analyse de gestes suspects de vol dans les magasins, signe une nouvelle levée de fonds doublée d’une tranche de financements non dilutifs. Une manière d’intensifier sa conquête commerciale internationale, tout particulièrement aux États-Unis, mais aussi d’investir dans une technologie destinée à s’étendre à de nouveaux emplois dans les commerces et au-delà.
Benoit Koenig (gauche) et Thibault David (droite), co-fondateurs de Veesion. Crédits : Founders Future
Benoit Koenig (gauche) et Thibault David (droite), co-fondateurs de Veesion. Crédits : Founders Future

Le commerce physique est loin d’avoir dit son dernier mot face à ses concurrents du web, mais encore faut-il lui permettre de faire barrage aux maux qui rognent sa compétitivité. Parmi eux, notamment : les vols en magasin, qui pèsent sur les marges du secteur et finissent par renchérir les prix des produits. Un problème auquel s’attelle la start-up Veesion depuis sa fondation. Cette entreprise française opérant dans le domaine de la vision par ordinateur, à l’origine d’une intelligence artificielle (IA) capable de reconnaître et d’analyser les gestes suspects, annonce aujourd’hui une levée de fonds de 38 millions d’euros de série B. Elle a été menée auprès des fonds White Star Capital et Red River West, ainsi que Bpifrance. Des investisseurs historiques de l’entreprise, comme Founders Futures, Verve Ventures et Odyssée Venture, ont également participé à l’opération, qui a été complétée d’une tranche de 15 millions d’euros de dette, portant ainsi le montant des financements à 53 millions d’euros. "Cette levée de fonds va nous permettre d’accélérer notre conquête commerciale aux États-Unis, avec l’appui de spécialistes de l’investissement en série B et de l’accompagnement d’entrepreneurs français dans le pays. Elle nous donnera aussi les moyens de nos ambitions technologiques", explique Thibault David, co-fondateur et dirigeant de l’entreprise, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.

Deux objectifs stratégiques qui seront soutenus par le recrutement de 80 nouveaux collaborateurs. Ils viendront s’ajouter aux 150 déjà présents chez Veesion et seront répartis entre les équipes de R & D et commerciales, en Europe et aux États-Unis, où Benoit Koenig, l’un des co-fondateurs de Veesion, ira poser ses valises dès le mois prochain afin d’y lancer une filiale. Trois ans après son lancement commercial, l’entreprise a réalisé 11 millions d’euros de revenus annuels récurrents (ARR) en 2024, dont 62 % ont été générés hors de France. Une expansion internationale bien amorcée, à laquelle son produit se prête aisément : les pertes découlant des vols en magasins sont, par la force des choses, universelles. Ils sont estimés, en valeur, à hauteur de 120 milliards d’euros dans le monde, dont 5 milliards d’euros en France.

 

Deux constats fondateurs

 

La technologie de Veesion est née de deux constats, autour desquels ses trois associés fondateurs, férus d’IA et de nouvelles technologies, se sont réunis au sortir de Polytechnique. Tout d’abord, celui que les caméras de surveillance étaient présentes dans le monde entier, mais trop peu exploitées. En cause, la nécessité d’attacher au visionnage des flux de vidéos une supervision humaine, chronophage et à grande échelle. "Nous avons eu l’intuition qu’il s’agissait typiquement d’un cas d’usage où l’IA, et donc l’automatisation d’un travail à faible valeur ajoutée, allait pouvoir un impact significatif", observe Thibault David. Alors que Benoit Koenig compte certains membres de sa famille dans le "retail", les fondateurs de Veesion ont aussi commencé à s’intéresser de près au manque de compétitivité du commerce physique, et donc aux enjeux de vol auxquels il fait face.

Un bilan qui aura poussé Veesion à créer une solution logicielle d’IA, capable de se greffer aux caméras existantes et d’analyser, en temps réel, les flux vidéo pour y détecter les gestes suspects, sans stockage de données. Du côté des clients, le produit se traduit par une application mobile ou sur ordinateur, permettant à qui de droit de recevoir une vidéo d’alerte de quelques secondes, afin d’adapter la marche à suivre. "Le principe clé, ayant toujours guidé nos choix technologiques, est celui d’un détecteur de gestes suspects et d’aide à la décision, permettant de flécher l’utilisation d’images existantes grâce à leur analyse. Le commerçant garde toujours la main. Nous ne faisons ni de biométrie, ni de reconnaissance faciale, d’identification ou de suivi des individus", souligne Thibault David.

Un impact neutre sur les libertés individuelles et sans prise de décision automatisée, qui n’entraîne pas la classification de la technologie de l’entreprise comme étant à risque, selon l’AI Act européen, par exemple. "La CNIL s’intéresse de près au sujet des caméras augmentées et appelle le législateur à s’emparer du sujet, pour en définir les lignes rouges. Le député Paul Midy a notamment déposé une proposition de loi visant à clarifier le cadre légal qui permettrait au commerce physique de s’équiper contre le vol. C’est une bonne chose : ils augmentent d’année en année. On parle ici d’un problème qui, à lui seul, peut déterminer si un point de vente sera rentable ou déficitaire", regrette le dirigeant de Veesion. Et de poursuivre : " Il suffit d’un trimestre de légère baisse de consommation, associée à un problème organisationnel et à un taux de vol ne s’améliorant pas, pour qu’un magasin tombe en faillite. D’autant que le coût du vol se répercute aussi sur les prix des produits".

 

Le champ des possibles est ouvert

 

Outre la question du prix, d’autres mesures prises pour contrer les vols entachent aussi l’attractivité des points de vente physiques, à l’instar de la mise sous antivol de certains produits de grande consommation. Un phénomène tout particulièrement visible aux États-Unis, marché profond et sensible aux questions de sécurité. D’où l’intérêt pour Veesion d’y mettre clairement le cap et de convaincre au-delà des 500 clients qu’elle y comptabilise à ce jour. En tout, l’entreprise en possède plus de 5 000 dans 25 pays, dont Intermarché, Leclerc, U, Dia en Espagne ou encore Carrefour Italie. Une clientèle que Veesion entend faire croître à grande vitesse. "Cela reste une goutte d’eau par rapport au marché que nous pouvons conquérir. Plus de quatre millions de commerces dans le monde souffrent de vol. Rien qu’en Europe et aux États-Unis, ils se chiffrent à 1,5 million. Notre prochain objectif sera d’atteindre 100 millions d’euros d’ARR, dans les cinq années à venir, ce qui inclut l’équipement de 50 000 commerces. C’est ambitieux, mais profondément réaliste", observe Thibault David, pour qui le nerf de la guerre reste celui de renforcer la compétitivité globale du commerce physique.

"Depuis vingt ans, le commerce en ligne profite de tous les progrès technologiques, lui permettant ainsi de soutenir ses marges. L’essor de l’IA générative ne fait que consolider son avance, grâce à l’automatisation des supports, ou la segmentation des clients qu’elle permet d’affiner. Dans le même temps, le e-commerce n’est pas soumis aux problématiques de vol et ceux de fraude sont minimes. Tout l’enjeu est de créer un outil qui permettra au commerce physique de lutter à armes égales, pour être plus sécurisé, mais aussi plus efficace. Nous avons de nombreux cas d’usage sur lesquels nous comptons nous développer", souligne-t-il. Si la technologie de reconnaissance de gestes de Veesion pourra par exemple être déployée dans d’autres environnements ayant besoin de gérer leurs espaces (comme les entrepôts ou les chantiers, notamment), de nouvelles applications en magasins de l’IA de Veesion pourront aussi être développées, à l’instar de la prévention des incidents en rayons, de la gestion du réassort ou encore de l’optimisation des parcours clients. De quoi ajouter davantage de valeur à une proposition de solution, permettant d’ores et déjà à ses adeptes d’obtenir un retour sur investissement cinq fois plus élevé que son coût initial.

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