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Vallourec / Philippe Guillemot / New Vallourec / Nouvelles énergies
Une assemblée générale à la teneur symbolique pour Vallourec / Les dividendes de retour après une décennie d'absence
Il y a des assemblées générales plus particulières que d’autres. Chez Vallourec, celle à avoir été convoquée ce jeudi après-midi fait partie de la première catégorie. Et pour cause : il s’agit de la première, depuis dix ans, au cours de laquelle il aura été proposé à ses actionnaires d’approuver le paiement d’un dividende de 1,50 euro par action. Il sera distribué au titre de l’exercice 2024, année qui aura permis au groupe de réaliser son objectif de désendettement avec un an d’avance. Sans surprise, l’ensemble des résolutions ayant été soumises au vote - dont celle de la ratification technique de la cooptation d’un administrateur représentant le nouvel actionnaire de référence du groupe, ArcelorMittal, qui possède deux sièges au conseil d'administration - ont été adoptées à très large majorité. "Ce dividende est un évènement important dans notre histoire. Cela faisait une décennie que nous n’avions pas fait de retour à nos actionnaires, voire l’inverse, puisque les augmentations de capital réalisées avant mon arrivée avaient dilué le capital sans éviter la quasi-faillite du groupe en 2021", remarque Philippe Guillemot, le président-directeur général du spécialiste des tubes sans soudure, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.
"Il y a quatre ans, la dette de Vallourec nous mettait à risque. Les trois principales agences de notation ont depuis révisé positivement leurs notes et leurs perspectives. Aujourd’hui, nous sommes notés Investment Grade par Fitch. Nous avons fait renaître un fleuron industriel français sur des bases solides. Le groupe est désormais redressé, mais aussi transformé et donc de retour dans la course. Notre dividende offre un rendement proche de 10 %, ce qui nous place en haut du podium du SBF 120 en matière de retour aux investisseurs", poursuit-il. Le montant du dividende a été fixé au titre d’une politique de retour définie, soit celle de reverser aux actionnaires entre 80 % et 100 % de la génération de trésorerie globale de l’entreprise, tout en n’excédant pas un ratio d’endettement de 0,5 fois le résultat brut d’exploitation. "Le dividende, cette année, correspond à 90 % la génération de trésorerie globale du second semestre de 2024. Pour les années à venir, nous nous engageons à proposer - chaque année - la distribution de 80 % à 100 % de notre génération de trésorerie globale de l’année précédente. Et le premier trimestre 2025 a bien démarré sur ce plan", se félicite Philippe Guillemot. Une politique de retour qui s’articulera ainsi au maintien d’un bilan solide et au développement des positions du groupe sur ses marchés premium, représentant les trois piliers de la stratégie d’allocation du capital de Vallourec, a-t-il été expliqué lors de l’assemblée générale.
Les salariés montent aussi au capital
Des retours dont profiteront aussi les collaborateurs du groupe, puisque sa base actionnariale est désormais composée à hauteur de 2,33 % par ses salariés. Une semaine avant son assemblée générale, l’industriel annonçait en effet le succès de son deuxième plan d’actionnariat salarié. Près d’un salarié éligible sur deux y a participé et le dispostif a été élargi à plusieurs régions d'activité du groupe. "C’est un réel signe de la confiance de nos collaborateurs, d’autant qu’au moment où ce plan d’actionnariat salarié a été lancé, les marchés étaient très chahutés", observe Philippe Guillemot. Effectivement, si le rétablissement de Vallourec s’est aussi traduit sur les marchés financiers, avec un cours de Bourse ayant plus que doublé depuis 2021 et étant par ailleurs découplé du cours du pétrole, la cohue provoquée par le "Liberation Day" de Donald Trump ne l’a toutefois pas épargné. Son titre avait en effet subi (avant de se reprendre rapidement) les mouvements de panique alors à l’œuvre sur les marchés.
Vallourec est pourtant peu exposé aux évolutions des relations commerciales mondiales, puisque le groupe a désormais réorganisé son empreinte industrielle de sorte à pouvoir produire au plus près de sa clientèle. Surtout aux Etats-Unis : l’intégralité des ventes réalisées sur le marché onshore, de l’acier jusqu’au tube fini, est produite sur le territoire national, tandis que le groupe n’exporte pas depuis le pays. "Les marchés n’ont pas tant réagi à l’impact direct des tarifs sur notre activité, mais plutôt du fait de craintes liées à la santé de l’économie mondiale, et donc du ralentissement que cela pourrait avoir sur la consommation de pétrole et de gaz", remarque Philippe Guillemot.
Des perspectives qui n’inquiètent pas
Si la perspective d’un accord commercial entre la Chine et les États-Unis a quelque peu calmé les inquiétudes en la matière, et que le groupe a aussi optimisé son profil de sorte à se rendre résilient aux baisses éventuelles de volumes, Vallourec n’observe pas de rétropédalage du côté de ses clients. Au contraire, puisqu’il a récemment remporté de grands contrats, à l’instar de celui avec la Kuweit Oil Company, annoncé à la fin du mois d’avril, qui devrait représenter un chiffre d’affaires potentiel de 130 millions de dollars. "Même avec une faible croissance, l’économie mondiale serait toujours amenée à consommer davantage d’énergie. Si l’intégralité des apports complémentaires était le fait d’énergies non fossiles, cela ne serait pas nécessairement synonyme d’un recul de la consommation d’énergies fossiles. Le pic pétrolier est loin d’avoir été atteint et nous évoluons dans un métier où, pour produire la même quantité de pétrole et de gaz, il reste nécessaire d’investir continuellement : un puits de pétrole produit moins avec le temps", relève le patron de Vallourec.
D’autant que les prévisions sectorielles tablent pour l’heure sur une évolution du mix énergétique se portant davantage sur le gaz : de bon augure pour le groupe, dont les solutions en la matière sont à plus forte valeur ajoutée. De quoi rester aligné sur la stratégie de montée en gamme du "New Vallourec". "Dans le monde de l’acier, nous faisons de la haute couture. Nous formulons des aciers, depuis notre centre de R & D français, capables de résister à des environnements de corrosion, de pression et de températures extrêmes, pour proposer à nos clients les grades les mieux adaptés à leurs champs pétroliers ou gaziers. Nos connexions sont aussi étanches à la molécule d’hydrogène, qui est la plus petite qui soit. Cela nous a permis de créer une solution de stockage d’hydrogène unique au monde et basée sur nos technologies déjà existantes ", pointe Philippe Guillemot.
Prêt à en tirer les bénéfices
Une orientation dans l’hydrogène là aussi prise dans le cadre de la transformation de l’entreprise. Elle a permis au groupe d’inaugurer un premier démonstrateur de sa solution en 2023, qui sera rapidement homologuée. Une solution brevetée représentant une première mondiale. Si la filière de l’hydrogène vert ne se développe pas aussi rapidement que ce qui avait été initialement envisagé, le patron de Vallourec souligne toutefois que la feuille de route du gouvernement en la matière, récemment dévoilée, donne raison à la stratégie du groupe, en ce qu’elle prévoit que toute production d’hydrogène vert puisse s’effacer du réseau électrique. Ce qui nécessitera donc une solution de stockage. Le groupe envisage pour l’heure toujours que les nouvelles énergies - il opère également dans le captage de CO2 et dans la géothermie, un dernier marché d’ailleurs dynamique - représentent 10 % à 15 % de son Ebitda en 2030.
Mais le groupe sait aussi que l’atteinte de cet objectif dépendra de la demande en la matière. Une demande qui pourrait être stimulée par l’offre, puisque le stockage d’hydrogène permet par exemple de rendre certains projets d’hydrogène économiquement viables. "Cela prouve que nous ne nous sommes pas trompés. Mais nous avons le temps d’attendre : nous utilisons des tubes et des connexions que nous produisons déjà, dans des usines que nous avons déjà. Nous restons concentrés sur cette cible, basée sur nos hypothèses, mais aussi sur des données extérieures de rythme de décarbonation de l’économie, que nous ne dictons pas. C’est pourquoi, le jour où le marché décollera, nous en tirerons tous les bénéfices", conclut Philippe Guillemot.
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