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Hausse des tarifs douaniers automobiles : certaines entreprises européennes plus à l’abri que d’autres / La demande ne devrait pas en sortir indemne
La sentence est tombée. Donald Trump a annoncé de nouveaux droits de douane de 25 % sur les importations d’automobiles et de certains composants et pièces servant à les fabriquer. Un coup de tonnerre pour l’ensemble du secteur et forcément pour les constructeurs européens. Les mesures devraient, normalement, prendre effet dès le 2 avril. "Les constructeurs automobiles européens investissent aux États-Unis depuis des décennies, créant des emplois, favorisant la croissance économique locale et générant d’importantes recettes fiscales pour le gouvernement américain", réagissait dans la foulée Sigrid de Vries, directrice générale de l’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA). "Nous exhortons le président Trump à prendre en compte l’impact négatif des droits de douane non seulement sur les constructeurs automobiles mondiaux, mais aussi sur l’industrie manufacturière américaine", a-t-elle poursuivi. De fait, les constructeurs automobiles européens exportent entre 50 % et 60 % des véhicules qu’ils fabriquent outre-Atlantique, selon les chiffres du lobby.
"Rappelons qu’environ 50 % des véhicules vendus aux États-Unis sont importés, soit environ 8 millions de véhicules (en provenance principalement du Mexique, du Canada, d’Europe ou encore du Japon et de la Corée). Au-delà, sur les 50 % déjà assemblés aux États-Unis, le contenu local (à terme exempté de droits de douane) est estimé à seulement 40 % ou 50 %", ajoute le cabinet Oddo BHF. L’annonce intervient, de plus, dans un contexte particulier pour l’industrie automobile européenne, soumise à une concurrence internationale accrue - bien que l’ensemble des acteurs de l’industrie automobile du globe seront touchés par ce relèvement de tarifs douaniers - et engagée dans une transition électrique à marche forcée.
Une élasticité prix importante
Dans les faits, si ces tarifs venaient bien à être appliqués par l’administration Trump, ce sont essentiellement les consommateurs américains qui devraient en pâtir. C’est en tout cas le scénario sur lequel table Oddo BHF, dans la mesure où les supply-chain ne pourront que très peu évoluer à court terme (d’autant que cela est structurellement coûteux à mettre en œuvre) et qu’aucun acteur ne devrait actuellement être capable d’absorber ce choc, notamment du côté des équipementiers. Un porte-parole de Valeo corroborait d’ailleurs hier cette théorie, indiquant que l’équipementier ne serait pas en mesure d’ingérer ces tarifs et que ses prix allaient évoluer en conséquence. À la clôture de la Bourse, jeudi, son titre avait perdu 7,7 %.
Des mesures qui devraient donc significativement peser sur la demande, au regard de sa forte élasticité prix. Le cabinet de conseil en stratégie Kearney a d’ailleurs fait ses propres estimations à ce sujet. "Concrètement, cela signifie qu’une augmentation de prix de 10 % pourrait réduire la demande de moteurs à combustion de 5 à 10 %, et celle des véhicules électriques de 30 %", explique Sébastien Amichi, associé au cabinet et responsable de l’activité automobile à Paris. Des chiffres réalistes, pointe-t-il, dans la mesure où ils sont similaires à la baisse de la demande pour les véhicules électriques qui avait été observée en Allemagne après l’annonce de la fin des programmes de subventions publiques.
Le cabinet a en effet réalisé une analyse concentrée sur les quatre principaux constructeurs présents outre-Atlantique, soit Volkswagen, BMW, Mercedes et Stellantis. "Il en ressort que sur 2,8 millions de véhicules vendus aux États-Unis par ces quatre principaux constructeurs, environ 640 000 sont importés depuis l’Europe chaque année (le reste étant produit aux États-Unis, au Mexique, au Canada ou encore au Royaume-Uni)", observe Kearney. La perte de revenus liée pourrait se situer, pour ces quatre entreprises, dans une fourchette globale de 3,2 à 9,8 milliards d’euros, ce qui affectera logiquement par la suite l’ensemble de leur écosystème.
Pas tous logés à la même enseigne
Certains des acteurs de l’industrie semblent, en revanche, être pour l’instant plutôt à l’abri, estime de son côté Oddo BHF. Renault n’a par exemple presque pas d’activité dans la région, tandis que chez Michelin, moins de 15 % des ventes aux États-Unis sont importées du Mexique et du Canada, observe le cabinet d’études. Et celles en provenance de l’Union européenne sont très limitées pour le pneumaticien. Valeo importe du Mexique les deux tiers de son activité américaine, estime Oddo BHF et à hauteur de plus de moitié pour Forvia. Porsche (marque du groupe Volkswagen) importe de son côté d’Europe l’intégralité de ses ventes aux États-Unis. La proportion chez BMW s’élève à 37 % et 36 % pour Volkswagen. Ce dernier devrait d’ailleurs être soumis à une double peine, puisque 44 % de ses ventes américaines sont aussi exposées aux droits de douane qui vont frapper le Mexique et le Canada. Pour Stellantis, la part est à 33 %.
Le constructeur franco-italo-américain, qui a donné un coup d’accélérateur à ses investissements dans ses usines américaines depuis l’élection de Donald Trump, est aussi membre de l’association représentant les industriels du pays - aux côtés de Ford et General Motors -, l’AAPC. Si leur réaction a été mesurée, cette dernière ayant indiqué que les constructeurs nationaux adhéraient à "la vision du président Trump visant à accroître la production automobile et l’emploi aux États-Unis et continueront de collaborer avec l’administration sur des politiques durables qui aident les Américains", elle a également souligné que la mise en œuvre des droits de douane devrait être appliquée de manière à éviter une hausse des prix pour le consommateur et à préserver la compétitivité du secteur. Même Tesla, dont les voitures vendues aux États-Unis sont produites dans ses usines nationales, pourrait ne pas en ressortir complètement indemne. "Pour être clair, cela affectera le prix des pièces détachées des voitures Tesla qui viennent d’autres pays. L’effet sur les coûts n’est pas négligeable", a répondu Elon Musk à une publication d’un club de propriétaires de Tesla sur X, qui se félicitait que le constructeur électrique allait être le grand gagnant de ces nouvelles.
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