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Start-up / Private Equity

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Les opérations de sortie des fonds de capital-risque ont fait grise mine en 2024 / Les start-ups françaises se défendent en revanche sur le plan des faillites

Si les levées de fonds restent l’indicateur le plus régulièrement utilisé pour prendre la température de l’écosystème de la French Tech, le cabinet Interpath a de son côté choisi de se concentrer sur les opérations de sorties réalisées l’année dernière par les fonds de capital-risque. De fait, s’intéresser à la manière et au moment où les investisseurs cristallisent de la valeur représente un réel indicateur de performance. Une manière d’analyser également à quel point les faillites de jeunes entreprises contribuent à faire sortir des participations de leurs portefeuilles, tout en comparant cette dynamique à celles qui s’observent en Europe et aux États-Unis.
(Photo by Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Les start-ups françaises ont rencontré des difficultés pour lever des fonds en 2024. Et les fonds de capital-risque (VCs) tout autant pour réaliser des opérations de sortie. Elles ont été au nombre de 215 l’année dernière dans l’Hexagone, recense le cabinet de conseil financier Interpath, dans une étude réalisée à ce sujet grâce aux données de PitchBook. Cela représente un recul de 37 % sur un an, aligné sur la dynamique européenne. Soit une nette dégradation par rapport à la baisse de 12 % qui avait été signalée en 2023. Si l’on y inclut les faillites des participations en portefeuille des VCs, le chiffre remonte à 321. "Par définition, c’est un terrain d’investissement risqué : que le taux de faillite des start-ups en portefeuille des VCs soit de 30 % n’a rien d’étonnant, c’est une statistique qu’ils connaissent. Une sortie est généralement une opération par laquelle on cristallise de la valeur. Mais malgré tout, une entreprise qui fait faillite correspond, au sens strict du terme, à une participation sortie d’un portefeuille. En revanche, ce ne sont pas des chiffres souvent mis en avant, d’où le parti pris de les avoir intégrés à cette étude ", explique à WanSquare Lauren Goodenough, directrice deal advisory en charge de l’équipe "Tech and Growth" du cabinet.

La contribution des sorties en France au total européen est toutefois restée stable en 2024, à hauteur de 15 %. Et les 106 faillites de start-ups françaises dénombrées l’année dernière, qui représentent donc environ 30 % du total des sorties, s’affichent en recul de 31 % sur un an. En 2023, elles avaient grimpé de 42 %, pour atteindre 153 liquidations. Cette dynamique de recul va à l’inverse de celle observée en Europe, où elles ont grimpé de 22 % et aux États-Unis, où elles ont été en hausse de 64 % (les sorties hors faillites y ont baissé de 30 %, avec un volume de 1 791 opérations, tandis que les comptant, elles ont reculé de 5 %). L’âge médian auquel la faillite intervient en France a aussi avancé d’une année par rapport à 2023, pour se fixer à huit ans. À l’inverse, outre-Atlantique, la statistique est à 6 ans, stable depuis trois ans, contre sept années en moyenne en Europe. "Les start-ups ont un certain nombre de béquilles sur lesquelles s’appuyer, entre le soutien de Bpifrance ou même les procédures judiciaires amiables, qui permettent de trouver des solutions avant la liquidation. Le recul des financements a aussi incité à la prudence des entreprises, bien qu’ils ne se coupent moins vite qu’aux États-Unis lorsque les fondamentaux sont plus qualitatifs", remarque Lauren Goodenough.

 

Divergences européennes

 

Il faut aussi dire qu’en Europe, en fonction des pays, la situation apparaît différente. Ceux où les écosystèmes des VCs sont les moins matures, comme la Hongrie, la Pologne ou l’Estonie, ont vu les taux de faillites prendre une part bien plus importante dans le total des sorties, oscillant entre 67 % et 80 %. De fait, les investissements dans des entreprises en phase de démarrage sont plus risqués et vulnérables aux pressions économiques, souligne Interpath. Au Royaume-Uni, également, les taux de faillites sont en hausse. La conséquence d’un paysage davantage compétitif, explique l’étude, qui identifie plus rapidement les jeunes entreprises les moins performantes et poussant les investisseurs à s’en retirer sans prolonger l’incertitude.

En France, si l’on se concentre sur les sorties hors faillites, soit celles qui ont effectivement représenté des transactions générant de la valeur, ce sont celles réalisées de VC à VC qui ont le plus pâti de l’année 2024, avec 78 d’entre elles figurant au programme. Soit une nette baisse de 49 % sur un an, tandis qu’elles ont contribué à hauteur de 24 % au total des sorties (contre 31 % en 2023). La tendance de baisse sur ce segment est même plus accentuée dans l’ensemble de l’Europe. "Les séries C, D et E sont les stades d’opérations où l’impact de la crise des financements dans le capital-risque a été le plus fort. Ils nécessitent de prendre plus de risques : les tickets sont plus importants. Les VCs européens (et donc français) n’ont généralement pas les poches assez profondes, ni la même culture d’investissement que les Américains. Notre écosystème est dense sur les premières phases de financement, mais il existe une faiblesse structurelle sur le ‘late stage’. Ce sont souvent des fonds étrangers qui prennent alors le relais", rappelle Lauren Goodenough.

"L’instabilité politique française et le contexte économique, qui ont pesé sur les levées de fonds des start-ups, ont eu le même effet sur les transactions réalisées de VC à VC : les investisseurs étrangers ont été bien moins présents en France. Le tout est à replacer dans un contexte de marché dégradé pour le M & A. Cela se traduit aussi dans la baisse des transactions réalisées avec des fonds de private equity ou les corporates", poursuit-elle. Effectivement, les transactions de sortie réalisées entre VCs et fonds de private equity, ou corporates s’affichent, elles aussi, en nette baisse en France, respectivement de 29 % et 27 %. En revanche, les sorties réalisées vers les corporates sont celles à contribuer le plus au total des opérations, en pesant à hauteur de 32 % du total. Les deux introductions en Bourse comptées (celle de Planisware qui était accompagné par Ardian et d’Exosens par HLD) ont quant à elles baissé de 33 %. Et sur l'ensemble des transactions de sorties réalisées en France l'année dernière, toutes les verticales d’activité n’ont pas été logées à la même enseigne.

 

Soutien réglementaire et tendances porteuses

 

Par exemple, les start-ups qui opèrent dans les technologies de santé, des sciences de la vie ou dans la fintech ont vu leur part d’opérations de sorties réalisée avec un réinvestissement partiel s’apprécier l’année dernière en France, à l’inverse de ce qui a été observé plus généralement. En cause, des secteurs soutenus par des vents porteurs réglementaires et autres tendances de fond, illustrant ainsi une confiance plus accrue de la part des investisseurs quant à leur avenir. À l’échelle européenne, les transactions réalisées des VCs vers des fonds de private equity ont aussi été dominées par le secteur du SaaS, en nette hausse de 22 % sur un an, tandis que les fintechs sont elles aussi bien installées sur le podium sectoriel de ce type d’opérations (une même entreprise peut être comptée dans plusieurs verticales). Le classement se reflète dans l’Hexagone.

Bien que les start-ups aux modèles SaaS soient de nouveau premières dans les transactions réalisées des VCs avec des fonds de private equity, la dynamique est un moins allante. Mais laisse toutefois augurer des signaux d’éclaircie pour 2025. "Les acteurs du private equity se rendent bien compte que certaines startups de l’écosystème VC (notamment les business model Saas, ou encore les fintechs en cours en de monétisation) cochent des cases qui les intéressent : un potentiel de consolidation, une visibilité sur les revenus lorsqu’ils sont récurrents et des modèles d’affaires éprouvés. Cela pourrait jouer sur les perspectives de reprise de transactions de VCs avec des fonds de private equity", indique l’experte d’Interpath. Et les sorties de portefeuille des fintechs pourraient d’autant plus tirer leur épingle du jeu auprès des corporates, souligne Lauren Goodenough : "Les banques et institutions financières sont engagées dans des processus de digitalisation interne et de leur expérience client. Elles ont donc tout intérêt à intégrer en leur sein ces entreprises, cela devrait représenter un facteur positif en 2025".

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