Start-up
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Dans le quantique, la France a du savoir-faire pour créer des start-ups / Reste encore à sensibiliser les autres entreprises et à démocratiser le sujet
Parmi toutes les révolutions technologiques et scientifiques en cours, certaines sont plus énigmatiques que d’autres. Le quantique est de celles-ci. La France a beau avoir un récent prix Nobel spécialiste et ambassadeur du sujet, Alain Aspect, et compter également sur un écosystème de chercheurs et de start-ups bien dynamique, il n’est pas encore évident pour les entreprises de comprendre comment elles pourront en tirer parti. Voire, et comme cela peut généralement être le cas, de comprendre ce sujet de physique de haut vol tout court. "Je fais partie des nombreux Français pour qui le quantique reste quelque chose de mystérieux. Raison de plus pour s’y intéresser", a d’ailleurs observé le président du Medef, Patrick Martin, lors de l’ouverture de la "REF numérique" de l’organisation patronale, s’étant tenue mardi.
"Cela relève de la même problématique, ou de la même ambition que sur l’intelligence artificielle : l’implémenter. Il y a l’enjeu de la souveraineté, qui a une acuité particulière ces temps-ci. Et ce sera durable. Mais il y a par ailleurs des perspectives et des réalisations d’ores et déjà très intéressantes, pour accélérer ou faciliter le développement de nouveaux matériaux ou médicaments. Le quantique n’est pas seulement un exercice académique, il y a des retombées en matière de souveraineté, donc, d’innovation, d’industrialisation, de rayonnement et d’attractivité de la France", a poursuivi Patrick Martin. Encore faudra-t-il être en mesure de dissuader les jeunes chercheurs français de partir sous d’autres cieux, a regretté le président du Medef, ou pouvoir attirer les talents étrangers. "Il en va de l’avenir de notre pays. Je suis positif. Mais les pouvoirs publics, les acteurs privés ou bien la population elle-même doivent s’emparer de ces sujets-là, pour qu’ils ne restent pas seulement l’apanage de gens éminemment brillants", a insisté Patrick Martin.
Terreau favorable
Ces gens éminemment brillants, capables de transformer les fruits de la recherche en entreprises, sont le socle d’une verticale de la French Tech dont la montée en puissance, depuis quelques années, ne se dément pas : la deeptech. Le professeur Alain Aspect, invité à s’exprimer lors de l’évènement, n’a d’ailleurs pas manqué de le souligner lui aussi. La France peut déjà se targuer d’une longue tradition en recherche fondamentale, comme en témoignent les multiples prix Nobel dans le domaine quantique reçus par des chercheurs tricolores, entre autres lauréats physiciens et mathématiciens. Lui-même avait été récompensé en 2022 pour ses travaux sur l’intrication quantique, un mécanisme où deux particules quantiques sont parfaitement corrélées, peu importe la distance qui les sépare. "Nous avons un terreau de gens bien formés. Et vu du côté des universités qui s’intéressent à la formation de start-ups, il faut dire que l’écosystème français est favorable à cela. Un chercheur du CNRS a le droit de travailler un jour par semaine dans une start-up, sans même demander l’autorisation. Il y a vraiment un encouragement au premier démarrage, en comptant les aides publiques et les différents prix", a souligné le physicien. Un sujet qu’il connaît bien pour être l’un des membres co-fondateurs de Pasqal, ou bien pour occuper le rôle de conseiller scientifique de Quandela.
"Dans un institut comme le mien, [l’Institut d’Optique, ndlr], privé et reconnu d’utilité publique, nous avons quelques souplesses que tous les laboratoires n’ont pas", a admis Alain Aspect. "Quand Pasqal a voulu démarrer, nous leur avons donné une grande pièce à l’Institut. De ce fait, ils ont bénéficié des avantages qui existent à Stanford ou au MIT : leurs équipes déjeunent avec celles d’Antoine Browaeys [membre de l’Académie des sciences, responsable de l’équipe Atome du groupe Optique Quantique du Laboratoire Charles Fabry de l’Institut d’Optique et également co-fondateur de Pasqal, ndlr] et peuvent leur partager leurs problèmes. Le développement de start-ups n’est pas un problème, c’est plutôt le passage au statut d’ETI qui est compliqué en France", a-t-il poursuivi. Encore faut-il, pour devenir une entreprise en place, avoir trouvé un marché auquel s’adresser. Alain Aspect l’a souligné : "Le quantique est, pour l’heure, au même niveau que l’intelligence artificielle il y a une dizaine ou une vingtaine d’années". Entre la découverte fondamentale, la maîtrise du sujet, les premières applications et l’impact sur la société, il faut généralement compter plusieurs décennies, a rappelé le prix Nobel.
Compétition utile
Cela ne veut certainement pas dire que le quantique en est à son balbutiement. Au contraire, puisque la recherche à ce sujet existe de longue date et que certaines applications concrètes existent, comme la cryptographie quantique, a illustré Alain Aspect, permettant de transmettre une information sans donner aucune possibilité à un espion de la décoder. "L’ordinateur quantique idéal n’existe pas encore, mais les simulateurs savent faire un certain nombre de choses, comme des calculs qui n’étaient pas réalisables jusqu’ici", a-t-il pointé, prenant l’exemple de la machine d’Antoine Browaeys. Un outil de chercheur, a-t-il précisé, en permanente évolution et nécessitant des experts pour fonctionner, mais capable de résoudre des problèmes connus des physiciens. Ce qui créé d’ailleurs une compétition scientifique saine, a soulevé Alain Aspect, dans la mesure où les spécialistes des ordinateurs "classiques" développent des méthodes d’approximation permettant de comparer les résultats.
Plus il y aura de particules quantiques de qualité dans les ordinateurs et plus l’avantage du sujet pourra se démontrer. Et la recherche avance plus vite que prévu. "On pourra faire les mêmes calculs que des ordinateurs classiques mais en dépensant bien moins d’électricité. À l’heure où les spécialistes de l’intelligence artificielle ne veulent rien de moins qu’une centrale nucléaire pour faire tourner leur centre, c’est quelque chose à avoir en tête", a aussi ajouté Alain Aspect. Certes, le sujet est ardu et le prix Nobel l’entend bien : "A la différence de toutes les théories physiques que l’on avait jusque-là, qui décrivaient les objets, les particules qui se déplacent ou les champs électriques dans notre espace, la mécanique quantique, l’espace est abstrait". Interrogé sur la manière dont les entreprises pourraient se saisir du sujet, il l’a aussi relevé : la formation sera clé.
"Les petites et moyennes entreprises doivent être motivées, elles vont trouver des gens intéressés. Ceux-là doivent être aidés à suivre le sujet, notamment en utilisant la formation permanente. Le Medef a fait un 'Tour de France de l’IA', je vais vous encourager à faire la même chose pour le quantique. Tous ne vont pas acheter un ordinateur, mais il ne faut pas qu’ils soient dépourvus. Une rupture peut intervenir à n’importe quel moment. Sensibiliser les gens et les entreprises moyennes, c’est ce qu’il faut faire", a proposé Alain Aspect. Une réponse en écho aux propos liminaires de Patrick Martin, qui avait mentionné ce "Tour de France de l’IA" organisé par le Medef en début d’année, dont les conclusions et propositions ont été publiées avant le Sommet pour l’action sur l’IA de Paris. "À chacun sa place. Notre 'Tour de France de l’IA' a été l’occasion de vulgariser le sujet, il faut convaincre pour que cela intéresse. Délaisser le sujet sera discriminant. Je ne saurais pas dire si tout le monde doit s’emparer du quantique, mais à un moment donné, le tri se fera entre ceux qui ont été proactifs et les autres", a indiqué le président du Medef.
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