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L’Allemagne, moteur de croissance et d’ambitions pour Spie / Une nouvelle phase de création de valeur jusqu’en 2028

Après un bond de 40 % de son chiffre d’affaires en trois ans à près de 10 milliards d'euros et des résultats 2024 records, Spie enclenche une nouvelle phase de création de valeur jusqu’en 2028. Porté par l’essor de ses activités en Allemagne, désormais son premier moteur de croissance, le groupe vise plus d’un milliard d’euros d’Ebita à cet horizon, en combinant l'expansion organique et la poursuite de ses acquisitions ciblées.
Gauthier Louette, le directeur général de Spie - Photo by Eric PIERMONT / AFP
Gauthier Louette, le directeur général de Spie - Photo by Eric PIERMONT / AFP

Lorsqu'en 2021 Spie avait renoncé à acquérir Equans, l’ex-filiale de services multi-techniques d’Engie (finalement reprise par Bouygues), la décision de ne pas fragiliser le bilan de l'entreprise en rachetant un acteur deux fois plus grand avait rassuré. Avec la stratégie d’acquisitions ciblées - dites "bolt-on" - éprouvée de l’entreprise, les investisseurs évoluent en terrain connu. Elle constitue un pilier clé du modèle d’affaires qui s’appuie sur des marges élevées, génère du cash, et n’en a pas moins fait changer l’entreprise de dimension à coup de petites opérations de croissance externe successives, selon le fameux modèle d’acquisitions à effet cumulé ("M&A compounding model") cher à l’entreprise dirigée par Gauthier Louette.

Spie a ainsi franchi un nouveau cap en 2024 avec un chiffre d’affaires proche des 10 milliards d’euros (9,9 milliards), en croissance de 14% par rapport à l’année précédente, soit un bond de plus de 40 % en trois ans. Un niveau d’activité record, tout comme le résultat opérationnel de 712,1 millions d’euros, sa marge associée de 7,2%, et le free cash-flow de 570 millions d’euros dégagé l’an dernier. De fait, le groupe a atteint avec un an d’avance les objectifs prévus de son plan de la période 2022-2025, qui visait notamment une croissance organique moyenne d’au moins 4% par an et une marge de 6,7 % en 2025, ainsi qu’une accélération du "M&A compounding model", qui a bien eu lieu.

 

Une croissance externe intense

 

En 2023, le groupe avait acquis neuf entreprises pour un total de plus de 700 millions d'euros de chiffre d’affaires annuel. Huit autres ont suivi en 2024, si bien que la croissance liée aux acquisitions s’est élevée l’an passé à 9,2 %, reflétant l’intense activité d’acquisitions bolt-on des deux derniers exercices. En particulier en Allemagne, où le groupe a concentré ses efforts. Parmi les dernières opérations marquantes : le rachat de l’expert en services industriels Robur, au portefeuille diversifié et notamment une présence croissante sur les activités de maintenance dans l'énergie éolienne, et celui d’ICG, un prestataire de services clés en main de premier plan dans les infrastructures de télécommunication.

Avec une conséquence importante : l'Allemagne est désormais le premier pôle géographique du groupe en termes de contribution aux résultats. Le pays "s’impose comme un puissant moteur de croissance pour les années à venir" et Spie s’estime "en bonne voie pour [y] atteindre son plein potentiel ", a souligné l’entreprise il y a quelques jours, à l’occasion de sa journée investisseurs 2025.

Le fait est que depuis le rachat du pôle Service Solutions du groupe de construction allemand Hochtief en 2013, le groupe français de services multi-techniques dans les domaines de l'énergie et des communications est devenu un acteur de poids outre-Rhin. Vingt-trois acquisitions "bolt-on" plus tard, "Spie est actuellement le deuxième acteur du pays, qui reste très fragmenté, les cinq premiers détiennent environ 12 % de parts de marché ", observe le courtier Stifel.

 

Transmission et Distribution : un secteur en plein essor

 

Le marché allemand est particulièrement intéressant pour l’exposition qu’il procure au secteur Transmission et Distribution (T&D). Ces réseaux et infrastructures chargés de transporter l'électricité depuis les centrales jusqu'aux consommateurs finaux représentent le tiers du chiffre d’affaires du groupe en Allemagne. "À cet égard, l'exposition de Spie au secteur de la T&D est un élément différenciateur par rapport à ses pairs cotés en bourse. En Allemagne, le secteur devrait connaître une croissance de plus de 10 % par an jusqu'en 2028, sous l'effet de l'augmentation de la demande d'électricité, de l'ajout de capacités renouvelables loin des zones de demande et de l'âge des infrastructures existantes", souligne également Stifel.

Sur ce marché de la T&D, les moteurs de croissance concernent à la fois l’extension et la modernisation du réseau, " mais aussi de le rendre plus intelligent pour s’adapter à l’essor des énergies renouvelables et à une production plus décentralisée ", a souligné Markus Holzke, le directeur général de Spie pour l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche, lors de la journée investisseurs. " Les investissements dans le réseau de transport atteignent 14 milliards d’euros par an. L’année dernière, un pic a déjà été atteint avec 10 milliards investis, et cette tendance ne fait que s’accélérer", a-t-il poursuivi, précisant que la tendance était identique dans le réseau de distribution. "Et ce phénomène ne se limite pas à l’Allemagne : partout en Europe, les investissements dans la distribution suivent la même dynamique, portés par la transition énergétique", a ajouté le dirigeant.

 

L'Allemagne, moteur des investissements dans les centres de données

 

Le secteur T&D n’est qu’un des piliers de l’activité du groupe en Allemagne. Trois autres marchés verticaux y sont particulièrement stratégiques pour Spie : les centres de données, les infrastructures de télécommunications et l’industrie pharmaceutique.

Concernant les data centers, la capacité en Allemagne a déjà doublé en 14 ans pour atteindre 2,7 gigawatts. "Et dans les six prochaines années, elle devrait encore doubler, témoignant d’une croissance accélérée", a indiqué Markus Holzke. En Allemagne, qui est de loin le plus grand marché européen des centres de données, le volume d’investissements devrait avoir atteint de 2,9 milliards d’euros en 2024, dont les trois quarts pour l’équipement technique, l’alimentation électrique ou les infrastructures technologiques du bâtiment, ainsi que les travaux d’installation associés, a-t-il ajouté.

De quoi alimenter la nouvelle phase de création de valeur de l’entreprise. Spie anticipe une croissance annuelle moyenne de son chiffre d’affaires de 7 % à 9 % sur la période 2025-2028, portée par une expansion organique de 3 % à 4 % par an. La marge d’Ebita devrait continuer de progresser pour atteindre au moins 7,7 % d’ici 2028, permettant à l’Ebita de dépasser le milliard d’euros à cet horizon. Le groupe vise également plus de 2 milliards d’euros de flux de trésorerie cumulés sur la période, avec une allocation du capital toujours axée sur les dividendes, les acquisitions ciblées et les rachats d’actions anti-dilutifs. L’action Spie évoluait mardi à proximité de ses récents sommets historiques, à 39,6 euros, valorisant l’entreprise à plus de 6,6 milliards d’euros.

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