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Allemagne : accord sur la politique budgétaire entre le SPD et la CDU/CSU / Ils comptent lâcher les chevaux
"Il est en train de se passer quelque chose en Allemagne". Voilà le commentaire formulé par de nombreux spécialistes de la première économie européenne à la suite de la conférence de presse tenue par les chefs de file du Parti social-démocrate (SPD) et de la CDU/CSU, entités politiques actuellement en discussions pour former le prochain gouvernement ultra-rhénan.
"Compte tenu des dangers qui menacent notre liberté et la paix sur notre continent, le mot d’ordre pour notre défense doit être : quoi qu’il en coûte ! ", a déclaré Friedrich Merz, président de la CDU et candidat au poste de chancelier. Un tel clin d’œil à Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), a surpris bon nombre d’observateurs. Il faut dire que l’auteur de la célèbre phrase, phrase que l’on présente comme ayant sauvé l’euro en juillet 2012, n’a jamais été très populaire chez les conservateurs allemands du fait de la politique monétaire extrêmement accommodante qu’il a conduite.
C’est toutefois cohérent avec les annonces faites au cours de la conférence de presse. D’une part, les deux forces politiques souhaitent mettre sur pied un fonds spécial de 500 milliards d’euros à destination des infrastructures (l’objectif est de déployer 50 milliards d’euros par an pendant dix ans). "L’infrastructure obsolète de l’Allemagne limite considérablement le transport de marchandises et de passagers et entrave le développement économique", indiquait récemment le Conseil des sages allemands.
Les deux autres annonces concernent le "frein à l’endettement". Pour mémoire, mis en place dans la foulée de la crise financière mondiale en août 2009, ce dispositif implique que chaque année, hors choc exceptionnel comme la crise pandémique, le déficit structurel (solde ajusté des effets de la conjoncture) de l’Allemagne ne doit pas dépasser 0,35 % du Produit intérieur brut (PIB) au niveau fédéral (même si alimenté grâce à la dette, le fonds sur les infrastructures échappe aux calculs du frein à l’endettement). Les Länder, eux, ont tout bonnement l’interdiction de s’endetter. Rappelons que le PIB nominal atteint 4 400 milliards d’euros outre-Rhin.
La coalition en gestation plaide pour que l’ensemble des dépenses de défense au-delà de 1 % du PIB soient exclues du calcul du frein à l’endettement. De sorte que si les pays de l’OTAN fixaient à 3 % du PIB le niveau à atteindre, l’Allemagne pourrait mobiliser 2 points de PIB sans aucune contrainte.
Enfin, les Länder n’ont pas été laissés de côté. En plus de pouvoir accéder à 100 des 500 milliards d’euros du fonds pour les infrastructures, la coalition est favorable à ce qu’ils soient désormais autorisés à s’endetter, ce à hauteur de 0,35 % du PIB. "L’Allemagne pense à nouveau en grand", n’hésite pas à dire Carsten Brzeski, chef économiste au sein de la banque ING.
Sans surprise, les marchés obligataires ne sont pas restés indifférents à ces annonces. Le taux d’intérêt souverain de l’Allemagne à dix ans a bondi de 20 points de base depuis hier, à 2,68 %, tandis que celui de la France a gonflé de 12 points de base, à 3,35 %.
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