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Edenred : les records ne paient pas toujours en Bourse / Une décision politique sur la réglementation des titres-restaurant qui devient urgente
Frustration chez Edenred. Malgré des performances 2024 record, le spécialiste des services pré-payés voyait encore à 14 heures son titre perdre 5,48 % en Bourse. "Le marché a toujours raison mais pas tous les jours ", a commenté le président-directeur général d’Edenred, Bertrand Dumazy lors d’une conférence de presse.
Prime de risque sur la régulation
Selon le dirigeant, cette chute est néanmoins explicable. "D’abord nous avons habitué les investisseurs à une croissance de 20 % par le passé, ils peuvent s’étonner aujourd’hui que nous prévoyons ‘que’ 10 % de croissance pour 2025, ce qui est pourtant un simple retour à un niveau normal. Par ailleurs, le sujet de la régulation en France est une enclume qui nous colle aux basques. La réforme sur les titres-restaurant doit aboutir, elle a été engagée par Olivia Grégoire avant la dissolution de l’Assemblée nationale en juin dernier. Nos discussions ont toujours été bonnes avec ses successeurs qui semblaient très attachés au dispositif. Nous sommes d’ailleurs d’accord sur les efforts à faire pour le secteur, à savoir la suppression des titres papier, comme des promotions demandées par certains clients en fonction du volume acheté, et sur la transparence des prix. La nouvelle ministre, Véronique Louwagie nous a promis de finaliser la réforme d’ici à l’été 2025. Mais il y a une dizaine de jours, une simple interview de sa part à la presse durant laquelle elle a parlé de transparence des commissions a suffi à nous faire perdre 5 % en Bourse", a constaté Bertrand Dumazy.
Une prime de risque qui ne tient donc pas compte des résultats financiers d’Edenred, dont les principaux indicateurs ont pourtant connu une croissance à deux chiffres en 2024.
Un moteur opérationnel en forme
Les revenus totaux du groupe ont en effet atteint l’année dernière 2,9 milliards d’euros, en hausse de 12,2 % en données publiées par rapport à 2023, dont un chiffre d’affaires opérationnel de 2,6 milliards d’euros (+11,4 % sur un an). "Signe que notre moteur opérationnel tourne extrêmement bien", a fait observer le président-directeur général. L’excédent brut d’exploitation s’est affiché quant à lui à 1,625 milliard d’euros, en progression de 15,7 % en données publiées et de 19 % en comparable par rapport à l’année précédente, dégageant ainsi une marge de 44,3 %, gagnant 1,3 point sur un an. "Il faut aussi regarder l’Ebitda opérationnel qui a dépassé pour la première fois le milliard d’euros en 2024, avec une progression de 14,3 % sur un an et sa marge correspondante de 39,1 % (+1 point)", a souligné Julien Tanguy, directeur général finance du groupe. Le bénéfice net est record, à 507 millions d’euros, tout comme le bénéfice net par action, à 2,07 euros (contre 1,70 euro en 2023, soit une hausse de 21,1 %).
Deux piliers qui comptent pour 89 % des revenus
Dans le détail, le chiffre d’affaires opérationnel des Avantages aux salariés (65 % des revenus) s’est élevé à 1,7 milliard d’euros en 2024 (+14,9 % en données publiées sur un an), et ce malgré un quatrième trimestre marqué par la non-reconduction du programme de chèque consommation en Belgique (prime pouvoir d’achat ponctuelle) et par une base de comparaison élevée pour l’activité de cartes cadeaux au quatrième trimestre 2023, notamment en France.
Dans le domaine de la Mobilité (24 % de l’activité du groupe), le chiffre d’affaires opérationnel a atteint 624 millions d’euros l’année dernière, en hausse de +8,2 % en données publiées par rapport à 2023. Seul bémol au tableau : les Solutions complémentaires (services de paiement aux entreprises, solutions de motivation et récompenses, etc, 11 % des revenus du groupe) dont les revenus se sont établis à 283 millions d’euros en 2024, en baisse de 0,6 % en données publiées par rapport à 2023. " S’agissant de la collecte de TVA, nous avons perdu l’année dernière l’un de nos clients les plus importants qui a fait faillite. S’agissant des tickets cadeaux en France nous allons lancer deux plans d’actions en 2025, l’un sur les produits et l’autre sur les commerciaux. Sur Edenred Pay North America (ex-CSI, paiements inter-entreprises), c’est la première fois que nous n’enregistrons pas une croissance à deux chiffres. C’est notre faute, nous avons donc fait évoluer l’équipe de direction avec une feuille de route focalisée sur l’excellence opérationnelle et la refonte de son offre produits, afin de saisir le potentiel confirmé de ce marché ", a plaidé le président-directeur général.
Du M & A local
Il n’en reste pas moins qu’Edenred a pleinement atteint ses objectifs fixés et confirmés fin octobre dernier et a même dépassé le consensus Bloomberg qui attendait un Ebitda de 1,25 milliard d’euros pour un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros, avec une marge anticipée à 44 %. Ce faisant, au titre de l’année 2024, le groupe proposera un dividende de 1,21 euro par action, en hausse de 10 % sur un an.
Pour 2025, Edenred souhaite continuer à investir dans ses plateformes avec de petites acquisitions de consolidation en rachetant des concurrents locaux. "Nous ne souhaitons manquer aucune opportunité de synergies mais les moyens financiers déployés ne seront pas aussi importants que pour les années précédentes. Notre base de coût à en effet fortement cru, permettant à Edenred de doubler de taille en trois ans. Pour 2025, notre base de coût augmentera encore mais de façon plus raisonnable", a indiqué Julien Tanguy.
Optimisation de la performance opérationnelle
D’ailleurs, l’optimisation de la performance opérationnelle sera au cœur des préoccupations de l’entreprise cette année. Le programme "Fit for Growth" vise par exemple à réduire l’augmentation des charges opérationnelles en optant par exemple pour des centres de services partagés pour ses fonctions supports comme le font déjà tous les autres acteurs du secteur. Il prévoit en outre la revue de certains de ses contrats fournisseurs technologiques, notamment en Amérique du Nord, ou sa sortie progressive d’une partie de son activité Edenred Paytech. "Nous avons été le processeur de beaucoup de néobanques. Certaines ont cessé d’exister ou ont été rachetées par des grandes banques tandis que la régulation est devenue plus exigeante", a justifié Bertrand Dumazy, poursuivant : "Pour 2025, il y a certes des vents de face comme l’incertitude économique en Europe, la mise en place d’un plafond de 5 % des commissions sur titres-restaurant payées par les commerçants dans le secteur privé en Italie (un impact négatif de 60 millions d’euros pris en compte pour cette année) ou la baisse des taux d’intérêt. Mais il existe surtout des vents porteurs. Edenred, c’est 60 millions d’utilisateurs dans 45 pays. Nous travaillons sur des marchés sous-pénétrés chez les PME, et le panier moyen par client est de 1,5 module. Notre marge de progression est donc encore très importante. Sans oublier les acquisitions réalisées en 2024 (RB au Brésil, Spirii leader de la recharge des véhicules électriques en Europe et l’activité de cartes-énergies d’IP en Italie) seront une source supplémentaire de croissance.".
Un nouveau plan stratégique sera présenté le 4 novembre prochain lors de la journée investisseurs d’Edenred.
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