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Négociations commerciales 2025 : ça s’annonce mal / Les réglementations Egalim ne suffisent pas à apaiser les tensions
Si le consommateur français a encore du mal à ressentir la baisse de l’inflation en remplissant son chariot dans un supermarché (un pic a été atteint en février 2023 avec une hausse de 6,3 % des prix à la consommation sur un an contre + 1,3 % sur un an en décembre dernier), il risque bien encore de ne pas s’y retrouver cette année. "Dans un contexte de difficultés de l’amont agricole affectant en cascade les industriels et les distributeurs, les relations commerciales restent marquées par un niveau de rigidités et de tensions non négligeable, que les lois Egalim ne parviennent que modérément à diminuer", ont fait savoir Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, et Véronique Louwagie, ministre déléguée en charge du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et moyennes entreprises, et de l’Economie sociale et solidaire, au sortir d’une réunion avec les représentants de producteurs agricoles, des transformateurs industriels et des distributeurs dans le cadre des négociations commerciales 2024-2025 qui doivent s’achever avant le 1er mars prochain.
En cause : "un contexte de hausses des coûts, tant agricoles qu’industriels, qui explique les divergences d’analyse entre acteurs" expliquent-elles. De quoi provoquer une forte tension entre "les distributeurs, abordant les négociations avec un objectif de déflation, les industriels ayant besoin de reconstituer leurs marges pour investir et rester compétitifs, et l’amont agricole, ayant l’impression de la négociation peut se faire au détriment de leur rémunération", est-il constaté. Et les deux ministres d’appeler les acteurs à la responsabilité pour que chacun fasse un pas vers l’autre.
D'autres facteurs qui jouent
"Pour la première fois depuis 2018, les négociations commerciales 2025 ne sont pas perturbées par une nouvelle réforme du cadre juridique. Pour autant, si celui-ci est stable, les tensions demeurent avec notamment d’un côté, le secteur de la grande distribution qui poursuit sa concentration avec la création de la centrale d’achat Aura Retail en septembre, réunissant Intermarché, Auchan et Casino ; le rachat de Cora et Match par Carrefour ou encore la cession des hypermarchés Casino renforçant ainsi le risque de déséquilibre dans la négociation, et de l’autre, si beaucoup d’intrants sont en baisse, les prix de certaines matières premières agricoles et matières premières industrielles restent élevés (avec en conséquence des demandes de hausse de prix de 5 à 10 % d’après les fournisseurs, et de l’ordre de 2 à 5 % selon les industriels) ", commente pour WanSquare, Philippe Jouvet, associé au cabinet Ginestié Magellan Paley-Vincent, spécialiste de ces sujets, pour qui le vrai facteur "concerne la consommation en berne des ménages car les volumes peinent à retrouver une tendance haussière ce qui contraint les marges des distributeurs et renforcent leur volonté de négocier le prix". De fait, d’après les données de l’Insee, si en novembre 2024, la consommation alimentaire en volume (hors tabac) s’affichait en hausse de 3,1 % comparativement au creux de plus de dix ans d’avril 2024, elle évoluait 9,6 % en dessous de son pic historique (octobre 2020).
Egalim n'atteint pas encore son objectif
Et pourtant, il semblerait que les acteurs jouent le jeu de la réglementation. "Avant l’intégration éventuelle par les parlementaires des recommandations du rapport Izard-Babault dans une future loi Egalim IV, nous observons que les parties, notamment les fournisseurs de l’agroalimentaire, s’appuient sur les bonnes pratiques identifiées par la Commission d’examen des pratiques commerciales (CEPC) sur les clauses de révision contractuelles. Un certain nombre de producteurs ont aussi proposé le 'wording’des clauses de révision automatique (qui permettent d’indexer automatiquement le prix du contrat au prix de la matière première agricole, à la hausse comme à la baisse) directement dans leurs conditions générales de vente afin qu’elles soient moins challengées par leurs clients et qu’elles soient intégrées dans le contrat qui sera signé avant le 1er mars. C’est un grand changement par rapport à 2021, date de la création de ce dispositif avait été mal compris et non appliqué ", nous fait-il remarquer.
Il n’en reste pas moins que la réglementation Egalim a été conçue pour assurer un revenu aux agriculteurs, ce qui aujourd’hui semble encore loin d’être le cas au vu de la teneur des négociations. "Leurs revenus ne progressent pas substantiellement et il faudra probablement encore attendre plusieurs négociations annuelles pour que l’impact des différentes réformes se perçoive ", estime Philippe Jouvet.
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