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La hausse de l'euro que les hedge n'attendaient pas
Entre le krach sur les taux souverains et la remontée rapide de la monnaie unique, la zone euro a pris de court la plupart des investisseurs depuis quelques semaines, eux qui prévoyaient un retour à la parité pour la fin de l’année et un effondrement des rendements obligataires grâce à l’action de la BCE. Les hedge funds ont notamment subi un sérieux revers et en particulier ceux qui pariaient sur un euro faible pour réaliser des profits : le trade était simple, emprunter en euro, supposé conserver un niveau au plus bas et placer cet argent dans des économies dont les taux étaient plus élevés, permettant d’empocher la différence. Le pari a fonctionné, du moins jusqu’au mois dernier, où l’euro avait atteint un plus bas de 1,05 contre le dollar, soit une baisse de 14% depuis le début de l’année.
Sauf que depuis, la monnaie unique a repris du poil de la bête et s’échangeait ce matin autour de 1,12 contre le billet vert, soit une hausse de près de 6% en deux mois. Une surprise de taille : selon un sondage Bloomberg réalisé auprès de 98 investisseurs, la majorité d’entre eux estimait que l’euro ne devrait pas dépasser 1,08 dollar. Du coup, les investisseurs qui avaient adopté une stratégie de carry trade ont connu des pertes de plus de 3,5% depuis fin mars, selon UBS Group AG. Le fonds Parker Global Strategies LLC qui investit notamment dans 14 devises différentes a connu une baisse de 0,7% au mois d'avril, asa pire performance depuis que le dollar a commencé de remonter en milieu d'année dernière.
Les investisseurs ont visiblement sous-estimé l’embellie de la zone euro alors que le spectre de la déflation s’éloigne à grands pas, tandis que plusieurs indicateurs décevants aux Etats-Unis ont reculé la perspective d’une première hausse des taux directeurs et pesé sur le dollar. Ce que le fonds n'avaient pas non plus prévu. Comble de malchance pour les parieurs, les devises émergentes qui permettent généralement de réaliser des opérations de carry trade intéressante, telles que la lire turque ou le rand sur africain, n’ont pas performé autant qu’espéré.
Les analystes de marché restent cependant confiants et estiment que le recul du dollar (de 6% environ contre l'euro depuis mars) devrait cesser dès que la Fed aura annoncé sa première hausse des taux directeurs. Et celle-ci devrait avoir lieu en septembre dans le pire des cas, selon le consensus. Surtout, le programme de la BCE, qui rachète 60 milliards de titres par mois depuis mars, maintiendra la monnaie unique en deçà d'un certain seuil, grâce à cette puissante injection de liquidités. Les propos de Benoit Coeuré hier soir, qui a annoncé que la BCE augmenterait ses achats de titres en mai et juin et pourrait dépasser le quota des 60 milliards, ont d'ailleurs suffi à peser sur la monnaie unique à l'ouverture de la Bourse ce matin, qui baissait de 1,24% contre le billet vert, tandis que le rendement des obligations allemandes et françaises perdait 0,01 point en début de matinée, de même que les taux français. Preuve que la BCE conserve un pouvoir d'influence important sur le marché de la devise et des titres souverains grâce à son programme de QE.
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