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Le Vatican épingle la finance mondiale
Le Saint Siège a dévoilé hier un document extrêmement précis sur le système financier, dans lequel il déplore le manque de progrès dans l'assainissement des pratiques de marché depuis la crise de 2008. Si ce n'est certes pas la première fois que le Pape dénonce les dérives de la finance mondiale, ce texte est inédit par sa précision et le sujet traité, puisqu'il est entièrement consacré à l'économie et au système économique et financier (le document est intitulé "Economicae et pecuniariae quaestiones"). Dans sa première lettre d'exhortation apostolique de 2013, le Pape avait déjà consacré quelques paragraphes sur le sujet : "une réforme financière qui n'ignore pas l'éthique demanderait un changement vigoureux d'attitude de la part des dirigeants politiques, que j'exhorte à affronter ce défi avec détermination et clairvoyance", avait alors écrit le Saint Père. Mais jamais un document entier n'avait été écrit sur les marchés financiers.
Le document publié hier et signé par la Congrégation pour la doctrine de la foi (institution qui commente très rarement ce genre de sujets) et le dicastère pour le service du développement humain intégral (créé par le pape François) va beaucoup plus loin que les quelques interventions du Pape sur la finance, et se plonge en détail dans les rouages du système financier. L'exactitude du document souligne une collaboration étroite entre les économistes et le Saint Siège, afin d'en faire un document de travail précis. Le Vatican déplore notamment que la crise de 2008 n'ait pas débouché sur l'élimination de certaines pratiques spéculatives et de la valorisation de l'économie réelle . "La récente crise financière aurait pu être l’occasion de développer une nouvelle économie plus attentive aux principes éthiques et pour une nouvelle régulation de l’activité financière, en éliminant les aspects prédateurs et spéculatifs et en valorisant le service à l’économie réelle", affirme ainsi Œconomicae et pecuniariae quaestiones.
Le Saint Siège souligne également le risque que représente l'endettement trop élevé des Etats pour leurs citoyens : selon lui la dette qui pèse sur les Etats est souvent le fait d'une "gestion maladroite" du système d'administration publique et "l'un des plus grands obstacles au bon fonctionnement et à la croissance des différentes économies nationales". Les signataires du document préconisent donc "des politiques de réduction raisonnable et harmonisée". Une remarque qui devrait plaire à la Commission européenne et à l'Allemagne, défenseurs en Europe d'une certaine discipline budgétaire, via le respect du pacte de stabilité. Mais le Saint Siège s'en prend aussi à ceux qui spéculent sur les Etats, au détriment des citoyens et de la survie de la politique sociale de ces mêmes Etats. "Le fait d'appliquer des taux d'intérêt excessivement élevés, en réalité non soutenables pour ceux qui empruntent, représente une opération non seulement illégitime du point de vue de l'éthique, mais aussi un dysfonctionnement quant à la santé de l'économie", peut-on lire dans le document.
Le Vatican critique également les placements offshore : "la richesse accumulée par certaines élites dans des paradis fiscaux a presque égalé la dette publique de leurs pays respectifs", dénoncent les auteurs du Saint Siège. Qui préconisent un impôt minimum sur ces transactions offshore, dont les revenus pourraient être destinés à lutter contre la malnutrition mondiale.
Reste à savoir comment ce document, assez injonctif, sera accueilli par la communauté financière et les dirigeants. Le Saint Siège recommande notamment "d’introduire une homologation par les autorités publiques de tous les produits issus de l’innovation financière" ou encore de mettre en place "une coordination supranationale entre les différentes composantes des systèmes financiers locaux". Le Vatican va maintenant devoir réussir à faire passer ces messages auprès de la communauté financière internationale.
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