Politique économique / Macron / Castex
Politique économique
Macron / Castex
De la crise sanitaire à la crise de confiance
Nous vivons une crise épidémiologique forte, bien qu’elle ne soit pas sans précédent. Cette crise est une guerre contre un virus qui a déjà tué plus d’un million de personnes sur la planète – essentiellement dans l’hémisphère nord – et qui va durer encore longtemps tant cet ennemi est difficile à traquer, tant il mute, et tant les connaissances des scientifiques à son égard évoluent, voire changent du tout au tout en quelques semaines.
Les politiques doivent prendre des décisions adaptées à la lutte contre ce virus. Le problème – en France notamment – c’est que si nous ne sommes pas plus touchés par le Covid-19 que d’autres pays, si nous n’avons pas plus de personnes âgées ou de Français à risque à protéger, nous souffrons d’un système hospitalier qui a vu disparaître 11 000 lits de réanimation depuis dix ans. Notamment lorsque Jean Castex – aujourd’hui Premier Ministre – traitait de ce sujet auprès de Nicolas Sarkozy.
Ce deuxième confinement en l’espace de six mois va mettre l’économie à genoux, même si tout a été préparé – en liaison avec le Medef – pour que, cette fois-ci, les usines continuent à tourner et que les entreprises restent ouvertes. En somme les pouvoirs publics ont essayé de protéger le capital – c’est-à-dire les outils de production – et le travail – c’est-à-dire la libre circulation de tous ceux qui ne peuvent pas télétravailler.
C’est un progrès important. Mais il n’est pas certain que cela nous évite un nouveau plongeon économique qui retarderait à 2023 ou 2024 le retour à une situation normale. Car en agissant dans la précipitation, en multipliant les annonces et les contre-ordres, en ne disant pas la vérité sur la durée réelle du confinement, les pouvoirs publics ont sapé la confiance de tous les Français. Et notamment des agents économiques.
Nous sommes dans la période où les entreprises mettent la dernière main aux budgets prévisionnels pour 2021 avec à la clé des décisions d’embauche et d’investissement. Il est clair qu’à la suite des annonces présidentielles d’hier qui seront suivies ce soir par celles du Premier Ministre, tous les investissements vont être gelés, et les décisions d’embauche stoppées net. Non pas faute de visibilité ou de moyens financiers, mais faute de confiance dans la manière dont la crise sanitaire continuera à être gérée comme une douche écossaise.
Cette crise de confiance explique à elle seule la récente dégradation du moral des patrons observée en octobre, alors que l’activité n’était pas si mauvaise. Elle explique l’absence de consommation et l’épargne forcée des Français qui atteindra près de 100 milliards d’euros à la fin de l’année. Elle explique le fait que les retraits d’espèces aux distributeurs automatiques, hors période de confinement, ont chuté de 20 %. Du haut en bas de l’échelle de tous ceux qui ont des décisions économiques à prendre la confiance a disparu. Or c’est elle qui est le moteur de la capacité à investir, à embaucher et à dépenser.
La France vivait déjà depuis plusieurs années dans une crise de défiance comme le révèle chaque année l’étude sociétale "fractures françaises". Mais cette crise sanitaire et logistique et la manière dont elle est gérée sans aucune anticipation creuse un peu plus l’absence de confiance des Français. Et cela n’est ni une question de personne, ni une question de couleur politique. Max Weber, avait expliqué il y a plus d’un siècle à quel point le capitalisme était lié à la confiance. De son côté, en mars dernier, lors de l’annonce du premier confinement Emmanuel Macron avait invité les Français à se replonger dans les livres. On ne saurait que recommander aux "Princes qui nous gouvernent" de relire eux aussi les écrits du sociologue allemand, plus actuels que jamais. Avant de travailler à recréer d’urgence un climat de confiance.
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