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Private equity : quand les deals se font... et se défont
Alors que les volumes des M&A ont chuté de plus de 50% à 253 milliards de dollars au premier trimestre, le groupe de beauté américain Coty peut être soulagé d’avoir trouvé preneur pour sa filiale de beauté professionnelle et coiffure. A l’occasion de ses résultats trimestriels affectés par la crise Covid, il a ainsi annoncé que KKR allait prendre une part majoritaire de 60% dans cette activité, qui regroupe la marque de soins capillaires Wella, les colorations de cheveux Clairol ou encore les vernis à ongles OPI, pour une valorisation de 4,3 milliards de dollars, soit un multiple de 12,3 fois l’Ebitda satisfaisant dans le contexte actuel. En parallèle, KKR va investir 750 millions de dollars d’actions de préférence convertibles, puis 250 millions dans un deuxième temps, et prendre deux sièges au board de la société. Si bien que Coty obtient 3 milliards de dollars de cash grâce à cette cession, qui avait été annoncée à l’automne dernier, et qui lui permet de se désendetter.
Alors que le titre Coty a bondi de 10% lors de l’annonce lundi, il a ensuite chuté et clôturé en baisse de plus de 2%. Pour deux raisons : tout d’abord, Coty laisse beaucoup de plumes dans cette transaction, qui représente près d’un tiers de ses revenus totaux. Les marques en question faisaient partie du portefeuille de 43 marques de beauté acheté à grands frais à Procter & Gamble en 2015 pour la coquette somme de 12,5 milliards de dollars. Mais elles ont subi une érosion de leurs ventes, ce qui a obligé Coty à enregistrer 3 milliards de dollars de provisions. En outre, si KKR a maintenu son offre dans un contexte très difficile de confinement dans la majeure partie du monde, il n’a pas oublié ses intérêts financiers, notamment dans le taux d’intérêt élevé qu’il perçoit sur son investissement Coty.
Ce deal reflète la situation favorable dans laquelle sont les fonds de private equity aux poches pleines à l’heure actuelle. Ces derniers sont sur les starting-blocks pour initier des opérations à des conditions plus avantageuses, eu égard au contexte de pandémie. Et avec 1.500 milliards de dollars de poudre sèche, ils ont les moyens de leurs ambitions. Spécialiste du restructuring, Apollo a par exemple déployé pas moins de 41 milliards de dollars en investissements au premier trimestre, et 10 milliards juste au mois d’avril.
Mais si les opportunités ne manquent pas, certains fonds ont aussi des remords sur des transactions conclues au prix fort, juste avant la propagation du Covid-19. C’est le cas de Carlyle et le fonds de Singapour GIC, qui avaient ensemble signé la reprise de 20% l’activité de voyage professionnel d’American Express, pour 1 milliard de dollars en décembre dernier. Un actif dont l’activité est réduite à néant depuis le mois de mars. Le closing du deal devait avoir lieu ce jeudi, mais les acheteurs ont indiqué qu’ils ne s’y rendraient pas. "Les vendeurs ont violé plusieurs termes du protocole d’accord et par conséquent, nous demandons une confirmation judiciaire que nous n’avons pas besoin de conclure l’opération", a déclaré Carlyle. Les acheteurs ont soulevé quatre arguments juridiques et estiment de manière plus générale que la pandémie est un cas de force majeure, qui risque de mettre en faillite toute l’industrie de l’agence de voyages.
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