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Brexit : 4 milliards d'euros par an pour les entreprises françaises
Les entreprises britanniques ne seront pas les seules pénalisées par le retrait de leur pays de l'Union européenne. Hier encore, le directeur général du service de la fiscalité et des douanes du pays (HMRC, Her Majesty's Revenue and Custom) Jon Thompson, affirmait devant la Commission des finances de Westminster que le nombre de déclarations de douane liées au rétablissement d'une frontière physique serait multiplié par quatre post-Brexit, passant de 55 millions à 205 millions de documents par an, entraînant un coût supplémentaire de près de 20 milliards de livres pour les entreprises des deux côtés de la Manche.
Aujourd'hui, un nouveau rapport publié par Oliver Wyman et Clifford Chance a tenté d'évaluer quel serait le coût de la sortie britannique pour les sociétés de l'Hexagone en particulier. Et le chiffre n'est pas réjouissant : 4 milliards d'euros supplémentaires par an pour les entreprises françaises exportatrices, soit environ 0,2% de la valeur ajoutée brute. Sachant que le rapport s'est uniquement concentré sur les coûts directs d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, sans en modéliser les conséquences moins directes telles que l’émigration, les changements tarifaires ou les accords de libre-échange avec des pays tiers, qui pourraient augmenter (ou réduire) l’impact global.
"Le commerce entre la France et le Royaume-Uni est très important et reflète la proximité géographique des pays et la complémentarité de leurs économies", rappellent les auteurs de l'étude en guise d'introduction. En 2016, le Royaume-Uni a représenté le cinquième client de la France et son huitième fournisseur. La France exportait 38 milliards d’euros de biens et de services au Royaume-Uni, notamment dans l’agroalimentaire et les biens de consommation, tandis que la France importait environ 32 milliards d’euros, principalement en services financiers et services professionnels britanniques. Une sortie de la Grande-Bretagne sera donc douloureuse de part et d'autre de la Manche (elle coûterait 32 milliards par an aux entreprises britanniques selon le rapport), et la France serait ainsi le troisième pays le plus touché (en termes absolus). L'Hexagone serait cependant relativement moins touché que la moyenne européenne (en poids relatif, par rapport à la valeur ajoutée totale), nuancent les auteurs.
Selon Oliver Wyman et Clifford Chance, plus de trois quarts des coûts directs du Brexit (après mise en place de plans d’atténuation) seront concentrés sur six secteurs d’activités, à savoir l’agroalimentaire (900 millions d'euros par an), les biens de consommation (500 millions d'euros), l’industrie chimique, l’industrie automobile, les biens industriels et l’aérospatiale (1,2 milliard pour les quatre secteurs). Au sein de l’agroalimentaire, les boissons alcoolisés et les produits laitiers seront les catégories les plus touchées, concentrant avec les préparations céréalières une majorité des coûts pour ce secteur. Au sein des biens de consommation, les catégories les plus touchées seront la joaillerie, les cosmétiques, l’habillement, l’horlogerie et les articles de voyage.
Le cabinet de conseil et le cabinet d'avocats invitent donc les entreprises françaises à se préparer le plus tôt possible à la sortie britannique, soulignant que malgré les chiffres globaux fournis dans leur enquête, les réponses individuelles qu'apporteront les sociétés leur permettront d'atténuer le coût du Brexit. "Il est essentiel que les entreprises françaises se préparent à prendre des mesures visant à atténuer cet impact, d’une part en cartographiant ces nouvelles vulnérabilités, et d’autre part en accompagnant les fournisseurs les plus exposés", explique ainsi Hanna Moukanas, responsable du bureau parisien d’Oliver Wyman.
Il reste que toutes les entreprises françaises ne sont pas aussi bien armées pour affronter l'onde de choc du Brexit : les PME disposent ainsi de ressources plus limitées pour gérer les lourdeurs administratives supplémentaires, ont généralement moins d’expérience dans les exportations hors de l’UE et donc moins l’habitude de faire face aux barrières douanières et règlementaires. Selon les auteurs du rapport, les pouvoirs publics français devront donc à tout prix accompagner les entreprises de taille plus modeste, celles-ci étant plus particulièrement vulnérables. D'autant que leurs défaillances auraient non seulement un impact direct sur l’économie française, mais également des conséquences indirectes sur les chaînes d’approvisionnement de plus grands groupes français.
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