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5G : la France désarme ses soldats
La Secrétaire d'État Agnès Pannier-Runacher a enfin dévoilé le prix plancher auquel les fréquences 5G seront vendues au printemps, quelques jours après avoir annoncé un retard de plusieurs mois pour la mise aux enchères, déjà pourtant achevées chez plusieurs de nos voisins européens.
Au minimum, les quatre opérateurs Bouygues Telecom, Orange, Free et SFR devront donc débourser 2,17 milliards d'euros s'ils veulent se positionner sur l'incontournable technologie, censée révolutionner les temps de téléchargement, la conduite de la voiture autonome et autres gadgets 2.0. C'est 44,6% de plus que ce que le régulateur des télécoms, l'Arcep, avait préconisé pour ne pas freiner les capacités d'investissement futures des opérateurs. Et ce car les quatre concurrents sont déjà à bout de souffle, eux qui connaissent déjà une forte chute des prix, une fiscalité spécifique élevée, une baisse des cash-flows et des coupes élevées dans les effectifs depuis dix ans. D'autant plus que tout l'argent que les télécoms dépenseront dans la vente aux enchères, c'est cela de moins pour construire le réseau via de nouveaux mâts, serveurs et stations de base.
À la fin, ce seront les consommateurs et les actionnaires qui paieront et cher. Les opérateurs le savent, les montants des chèques iront bien au-delà de 2,17 milliards d'euros. Sur des marchés comparables, l'Allemagne et l'Italie ont levé environ 6,5 milliards d'euros chacun, alors que leurs opérateurs respectifs souffraient aussi déjà d'une longue guerre de prix. Deutsche Telekom a d'ailleurs dû réduire son dividende malgré la hausse de ses prévisions de bénéfice pour l'ensemble de l'année 2019, afin de refléter les coûts élevés supportés lors des ventes aux enchères 5G, quelques mois après que son concurrent Vodafone, un autre acteur important sur le marché allemand, a choisi de réduire la distribution aux actionnaires plus tôt cette année.
Pour les autorités françaises, il s'agit avant tout de trouver le juste équilibre entre la collecte des fonds provenant de la vente et la nécessité d'éviter de faire peser une charge financière excessive sur les opérateurs de télécommunications afin qu'ils déploient rapidement la technologie à prix cassés. Mais à titre de comparaison, Pékin a accordé des licences d'utilisation du spectre 5G gratuitement aux réseaux de télécommunications du pays en juin, plutôt que de les vendre, et les États-Unis ont dévoilé en juillet leur plus importante vente de réseaux télécoms jamais réalisée à des prix qui promettent de faire de leurs ondes l'une des moins chères jamais vendues.
Les retombées seront illimitées, tant les licences 5G sont fondamentales pour inaugurer un monde de villes intelligentes et d'usines automatisées. Pourtant, à court d'argent, l'État français qui promet de "restituer l'argent pour un investissement global", préfère envoyer des signaux contradictoires aux opérateurs, en leur arrachant des milliards d'euros tout en mettant le déploiement du réseau 5G au premier rang de notre combat pour le leadership technologique.
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