Les créanciers non sécurisés grecs sous pression
Les négociations sur le déboursement du 3ème plan d’aide devaient commencer hier avec l’arrivée de la Troïka à Athènes, en pleines révélations sur le projet de plan de Grexit élaboré par l’ancien ministre des finances grec. Ce troisième plan d’aide était conditionné notamment au vote par le Parlement du pays de la directive européenne sur le redressement et la résolution des banques (BRRD).
Or, selon les analystes de Moody’s, cette résolution aura un impact négatif sur les détenteurs d’obligations et les dépôts non sécurisés (soit supérieurs à 100 000 euros) car elle limitera l’utilisation des fonds publics lors de résolutions bancaires et, à partir de janvier 2016 inclura un partage des risques qui comprendra tous les types de créanciers non sécurisés.
Les cinq principales banques hellènes risquent d’être affectées, à savoir National Bank of Greece, Piraeus Bank, Ergasias, Alpha Bank et Attica Bank SA. Si la nouvelle loi permettra le bail-in des créditeurs non sécurisés à partir de 2016, ce calendrier pourrait selon Moody’s accentuer le décalage entre les détenteurs de dette non sécurisée et les autres si la recapitalisation des banques de 25 milliards d'euros prévue dans le programme a lieu avant la fin de l’année. En effet, le nouveau ministre des finances a précisé que les dépôts non sécurisés ne seraient pas renfloués. Du coup, les investisseurs en actions bancaires verront la valeur de leurs actifs diminuer tandis que les détenteurs de dette senior et subordonnée risquent également de subir des pertes.
Le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer a d’ailleurs recommandé de recapitaliser l’ensemble des banques grecques au plus vite, afin de préserver les détenteurs d’obligations non sécurisées. Les banques grecques disposaient en moyenne en mars dernier d’un ratio de capital Tier one de 12,8%, mais ce ratio est en danger selon Moody’s, puisque les prêts non performants pourraient atteindre 40% contre 35% à la fin de l’an dernier et parce que plus de la moitié du capital des banques est actuellement sous forme d’actifs d’impôts différés, ce qui limite leur capacité d’encaisser les pertes.
Ce nouveau cadre financier (instauré par la BRRD) remplace celui de 2011 et permettra à la banque centrale grecque d’agir rapidement pour éviter les crises systémiques, en tant qu’autorité de résolution, et de préserver la confiance des épargnants hellènes dans le système financier. Quatre instruments pourront être utilisés séparément ou de façon combinée : la vente de banques, l’établissement d’une « bonne banque » ou d’une bad bank et un programme de bail-in (ce dernier étant applicable à partir de janvier 2016). Mais, alors que dans les autres Etats où la BRDD a été mise en place, la dette d'Etat figure au même rang que celle des autres créanciers en cas de bail-in, en Grèce les créances de l'Etat sont considérées comme senior par rapport aux autres obligations. L'Etat subira des pertes qu'une fois que les autres obligations en auront fait de même. Les détenteurs d'obligations non sécurisées seront donc les moins avantagés dans le cas grec.
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