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Même sans Steve Bannon, les Etats-Unis sont protectionnistes

Le sulfureux conseiller spécial du Président a finalement été écarté de la Maison Blanche, une victoire pour Gary Cohn et Wall Street. Mais plusieurs grandes figures du protectionnisme restent à la manœuvre et, en premier lieu, Donald Trump lui-même.
Steve Bannon
Steve Bannon

Le très contesté Steve Bannon, représenté par l’émission Saturday Night Live comme la Faucheuse, qui murmurait les décisions politiques à l’oreille du Président, a finalement été évincé de la Maison Blanche. Depuis mardi dernier, ses jours semblaient comptés, quand Donald Trump avait répondu « on verra ce qui se passe », à propos de son avenir dans l’administration. L’homme a surtout provoqué un tollé avec une interview qu’il a donnée de sa propre initiative au magazine American Prospect, où il a comparé le Président et le dirigeant nord-coréen à « deux idiots ignorants risquant d’avoir recours à l’arme nucléaire », puis a déclaré « nous sommes en guerre économique avec la Chine », estimant que le pays menaçait l’hégémonie américaine.

Une telle sortie ressemble à celle d’Anthony Scaramucci, l’éphémère directeur de la communication, qui avait eu des mots très colorés sur l’équipe du Président, et notamment Steve Bannon. Mais ce dernier semble plutôt avoir voulu donner ses vues géopolitiques, avant une éviction qu’il savait imminente. L’annonce de son départ par la Maison Blanche a été immédiatement interprétée comme une victoire pour Gary Cohn, un représentant de Wall Street qui milite pour une conduite moins protectionniste du pays et plus favorable aux sociétés américaines ouvertes au monde.

Mais Steve Bannon, considéré comme une figure de l’extrême droite qui mettait en avant les sujets isolationnistes auprès du Président, n’a pourtant pas le poids qu’on lui prête. « L’influence de Bannon, ‘tireur de ficelles’ auprès de Trump, a toujours été exagérée. Trump se servait de lui pour garder le lien auprès de la base de la même façon que Bannon l’utilisait pour sa propre notoriété », analyse Benjamin Haddad, chercheur au think tank Hudson Institute. Car comme il le rappelle, Donald Trump a réussi à gagner la primaire républicaine sur un programme tout aussi protectionniste, visant à privilégier les emplois et redorer le blason de l’Amérique, et son conseiller de l'ombre n’est arrivé que bien après.

L’ex-patron du critiqué site Breitbart News n’a en réalité échafaudé qu’une seule grande mesure jusqu’à présent : le décret sur l’immigration, qui a provoqué un scandale dans le monde et a été annulé en justice. Rien de très glorieux donc. En parallèle, d’autres grandes figures de l’administration ont pour charge la mise en œuvre des mesures protectionnistes promises par Donald Trump. Le nouveau directeur de cabinet du Président, John Kelly, était en charge de la sécurité intérieure au début du mandat, et a notamment créé la controverse pour des détentions arbitraires de scientifiques ou diplomates à la frontière. Peter Navarro, qui supervise la politique industrielle et de commerce extérieur, est particulièrement véhément sur la nécessité de rééquilibrer les relations avec la Chine. Il peut compter sur l’appui de Wilbur Ross, secrétaire d’Etat au Commerce, qui a lui aussi comme priorité de faire tomber les barrières douanières chinoises. Et Robert Lightizer, chargé de renégocier le traité nord-américain de l'Alena, a commencé les réunions sur le sujet par une charge particulièrement virulente. D’autres personnes prendront donc le relais de l’agenda protectionniste de Donald Trump, pendant que Steve Bannon, redevenu homme de presse, ne pourra plus que les commenter.

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