Sadoun/Lévy : une histoire qui dure
Publicis aura jusqu’au bout ménagé le suspens. Si Arthur Sadoun était pressenti pour prendre la relève de Maurice Lévy -qui atteindra en février l’âge limite (75 ans) pour la présidence du directoire selon les statuts- rien n’était encore officiel jusqu’à hier soir. Jeudi, le groupe a annoncé que le directeur général de Publicis Communications depuis 2016 remplacerait à compter de juin l’emblématique patron depuis trois décennies. Maurice Lévy restera toutefois impliqué dans la société, puisque sa nomination à la présidence du conseil de surveillance a été proposée. Cette dernière doit être validée lors de l’assemblée générale du 31 mai.
« Ce n’est pas seulement un choix affectif, générationnel ou émotionnel, c’est un choix pesé, mesuré et qui ouvre de nouvelles portes d’avenir pour le formidable Groupe que nous sommes », a fait valoir Maurice Lévy. Ce dernier tient le même discours depuis de nombreuses années. Pour mémoire, Arthur Sadoun, aujourd’hui âgé de seulement 45 ans, est arrivé chez Publics en 2006. Il avait alors pris la tête de Publicis Conseil, avant de devenir président de Publicis Worldwide France en 2009. Or, déjà en 2008, Maurice Lévy n’hésitait pas à évoquer dans Paris Match une « réelle affinité personnelle » avec son futur dauphin. Et d’ajouter « Arthur sait générer autour de lui enthousiasme et motivation. C’est un chef d’équipe généreux. Il est dénué de cynisme ».
Il faut dire que le parcours d’Arthur Sadoun avait de quoi inspirer confiance. Ce diplômé de la European Business School de Paris et de l’Insead a plusieurs cordes à son arc. Il aime notamment entreprendre et a un goût pour l’international. En 1992, il fonde et préside l’agence de publicité Z Group à Santiago au Chili. En 1998, il passe chez TBWA, dont il sera notamment directeur général puis PDG à Paris. Sous sa houlette, la firme sera quatre fois couronnée « agence de l’année ». L’homme a ensuite continué à gravir les échelons rapidement chez Publicis, à l’instar de son prédécesseur. Entré au sein de l’entreprise en 1971, Maurice Lévy est devenu secrétaire général puis DGA de Publicis Conseil en 1975 afin de prendre le titre de DG du groupe un an plus tard. En 30 ans de règne, il a permis à sa maison de multiplier ses revenus par près de 50 et sa capitalisation par près de 100. Et ce, malgré la crise financière ou encore l’échec de la fusion avec Omnicom.
Si le choix d’Arthur Sadoun tombe, aujourd’hui et avec du recul, sous le sens, d’autres noms en interne avaient pourtant circulé ces dernières années. David Kenny, directeur général de VivaKi (qui regroupait les activités de Publicis dans le numérique) avait quitté le navire en 2010. « Les évolutions possibles futures de David Kenny auraient impliqué une installation à Paris, ce qui, pour des raisons familiales, était inenvisageable », avait alors argué la société. En parallèle, Jean-Yves Naouri, vu comme le fils spirituel de Maurice Lévy, avait été nommé au poste de directeur général délégué. Ce dernier a néanmoins quitté le groupe en 2014 à la suite de la réorganisation engagée au terme du rapprochement avorté avec Omnicom. Autant de possibles successions qui posaient question sur la probabilité qu’un dauphin trouve grâce aux yeux de Maurice Lévy.
Arthur Sadoun a su faire ses preuves auprès de l’homme fort, mais pas seulement. Il a également la confiance d’Elisabeth Badinter, qui va céder sa place à la présidence du conseil de surveillance tout en y gardant un pied. « Les grandes qualités professionnelles d’Arthur Sadoun, sa compréhension unique des clients et de leurs besoins, le parcours qu’il a accompli tant en dehors qu’au sein de Publicis, ses qualités humaines en font un candidat de choix », a indiqué l’intéressée, également actionnaire. Le nouveau président pourra également s’appuyer sur Steve King, qui rejoindra le directoire, et sur Jean-Michel Etienne ainsi qu’Anne-Gabrielle Heilbronner, également membres de la haute instance. Interrogé en juin dernier sur sa succession, Maurice Levy avait souhaité que son « successeur idéal soit celui qui portera Publicis à la prochaine étape, et qui me fera passer pour un nain par rapport au travail qu'il aura accompli ». C’est tout ce qu’on souhaite à celui qui devra relever les défis du digital ou encore de la concurrence.
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