Comment le fonds norvégien a voté lors des AG 2017 du CAC 40
Le puissant fonds souverain norvégien, réputé pour son engagement de long terme dans les entreprises au sein desquelles il investit, fait de plus en plus entendre sa voix lors des assemblées générales des entreprises, même s'il n'obtient pas souvent gain de cause ! Une façon pour lui de défendre sa politique d'investissement responsable, dont il entend être un modèle d'exemplarité.
Le fonds, qui a publié récemment sur son site les lignes directrices qui sous tendent ses décisions de vote lors des AG, et notamment les principes de bonne gouvernance qu'il entend faire respecter, a ainsi dévoilé mardi le détail de ses votes lors de toutes les AG 2017 des entreprises dans lesquelles il est investi. Ce qui permet de savoir précisément comment il s'est positionné lors des AG des entreprises du CAC 40 l'an dernier. Et s'il a généralement largement voté en faveur des résolutions proposées, il s'est cependant opposé à certaines concernant les rémunérations des dirigeants ou des nominations d'administrateurs, lors de 12 assemblées générales (sur 40 donc).
Lors de celle de Kering, le fonds a ainsi voté contre l'approbation des principes et critères de rémunération des dirigeants de l'entreprise et s'est opposé à celle attribuée au directeur général délégué Jean-François Palus au titre de l'exercice 2016. De même lors de l'assemblée générale de Renault, s'est-il opposé à la politique de rémunération du président du directoire et de ses 17 membres. Carlos Ghosn a ainsi touché 7 millions d'euros en 2016, obtenant 53% des voix des actionnaires lors de la résolution concernant sa rémunération, mais pas celle de l'investisseur norvégien sur le sujet donc.
Le fonds s'est également prononcé contre la rémunération de Maurice Lévy en tant que membre du conseil de surveillance de Publicis et contre son élection à la présidence de ce conseil justement. Rappelons qu'en mai dernier, Maurice Lévy a cédé la présidence du directoire mais a été élu à la tête du conseil de surveillance, poste pour lequel il sera rémunéré 2,8 millions d'euros par an. Ce qui n'est visiblement pas du goût du fonds souverain. Les trois cabinets de conseil aux actionnaires ISS, Glass Lewis et Proxinvest avaient d'ailleurs tous appelé à voter contre ce salaire, jugeant qu'un tel montant correspondait plus à un poste opérationnel qu'à un rôle non-exécutif.
Côté rémunérations, le Governement Pension Fund n'a visiblement pas apprécié non plus les engagements de retraites pris lors de l'AG à l'égard des trois directeur généraux délégués de Bouygues, Olivier Bouygues, Philippe Marien et Olivier Roussat et rejeté les trois résolutions portant sur le sujet. L'investisseur souverain a également désapprouvé la politique de rémunération du CEO de Valeo et celle du CEO et du président d'Atos et de Carrefour. Rappelons que le patron d'Atos Thierry Breton a d'ailleurs évité de près le rejet de la résolution concernant sa rémunération en mai dernier, puisque seuls 53% des actionnaires l'avaient approuvée, à cause des montants jugés excessifs de son salaire et de ses diverses primes. Le fonds souverain a visiblement suivi les conseils du cabinet Proxinvest lors de l'AG de Valeo, puisque le cabinet avait également incité les actionnaires à voter contre la hausse de la rémunération au titre de 2016 du patron de l'entreprise, Jacques Aschenbroich, passée de 3,3 millions à 5,3 millions. Soit une hausse de 60%, qui a malgré tout été validée à 86% lors de l'AG. Enfin, le fonds norvégien a voté contre la rémunération du nouveau CEO de Sodexo Denis Machuel.
Côté nominations, le GPF a rejeté la résolution concernant l'élection du PDG de Vinci Xavier Huillard comme administrateur d'Air Liquide, et s'est opposé à la réélection de Lionel Zinsou, au sein du conseil de Danone. Chez Peugeot, l'investisseur a aussi rejeté la résolution concernant la nomination de l'actuel vice-président de PSA Jack Azoulay, comme administrateur ainsi que celle de Florence Verzelen, actuelle directrice générale adjointe de Dassault Systèmes. Chez Carrefour, le fonds a voté contre la réélection de Bernard Arnault et Jean-Laurent Bonnafé au sein du conseil d'administration et contre l'élection de la PDG du groupe aufeminin, Marie-Laure Sauty de Chalon comme nouvelle administratrice. Chez Atos, le GPF a rejeté la résolution concernant la réélection de Nicolas Bazire au conseil d'administration. De même que la nomination d'Alexandre de Rothschild comme administrateur chez Bouygues. Si le fonds souverain n'a pas expliqué les raisons qui l'ont incité à se prononcer contre toutes ces nominations, ses positions lors des AG soulignent en tout cas sa volonté de faire valoir les pratiques de bonne gouvernance au sein des entreprises où il place ses billes.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

