Egalité femmes/hommes au travail : un enjeu pour la croissance mondiale
Comment les femmes constituent-elles une "ressource naturelle" qui pourrait booster le PIB mondial de façon considérable ? La question n'est pas souvent posée en ces termes, lorsque le sujet de la parité et de l'égalité des sexes au travail est abordé, mais c'est sous cet angle un brin provocant, que les équipes de Citi ont décidé de traiter le sujet. Une façon selon eux d'attirer l'attention sur la parité sous un angle purement économique, qui devrait trouver un écho important, alors que la recherche de croissance est au centre des préoccupations des gouvernements et des entreprises. "La diversité est bien souvent un sujet annexe, une simple case qu'il faut cocher, uniquement présente à l'agenda des RH", explique ainsi Tina Fordham, chief global political analyst au sein de la banque américaine. Selon elle, prouver que la réduction des inégalités entre sexes est bonne pour la croissance des entreprises était donc une très bonne façon de réveiller les acteurs économiques sur le sujet.
Selon les auteurs de l'étude, les femmes représentaient 37% du PIB mondial (d'après des statistiques de McKinsey) en 2015, alors qu'elles constituaient bien 50% de la population étudiée, de 15 à 64 ans. Un décalage qui peut s'expliquer en décomposant le PIB, selon la tranche de la population en âge de travailler (15-64 ans), le taux de participation en pourcentage de cette population, le taux d'emploi de cette même population, le nombre d'heures travaillées et enfin la productivité de ces personnes. Selon cette décomposition, la contribution plus faible des femmes au PIB global résulte d'un taux de participation féminin inférieur à celui des hommes, d'une productivité inférieure et d'un nombre d'heures travaillées plus faible également.
Ainsi, en 2016, dans les pays de l'OCDE, la proportion de femmes travaillant ou recherchant activement un emploi était de 64%, soit 16 points de moins que chez les hommes. Et le gap était particulièrement important en Italie (taux de participation de 55% pour les femmes contre 75% pour les hommes) et au Japon par exemple (68% contre 85%). Ensuite, parmi les femmes occupant un emploi, le nombre d'heures travaillées est une fois encore bien inférieur à celui des hommes, en partie parce que les femmes sont plus susceptibles de travailler à temps partiel, expliquent les auteurs de l'étude, mais également parce que les horaires hebdomadaires des employés à temps plein demeurent plus élevés au sein de la population masculine. En Europe, la différence est ainsi de 20% en moyenne entre les heures travaillées par les hommes et les femmes.
Enfin, la productivité féminine est également inférieure à celles des hommes dans tous les pays avancés en moyenne, selon les calculs des analystes de Citi, tout simplement parce que la gent féminine travaille dans des secteurs où la productivité est moindre, tels que la santé, l'éducation ou le commerce de détail, et est au contraire sous-représentée dans les secteurs à forte productivité tels que l'industrie manufacturière et les services commerciaux.
Tout l'enjeu de l'étude publiée aujourd'hui est donc de montrer qu'en redonnant aux femmes le même potentiel économique qu'aux hommes, celles-ci pourraient booster le PIB des pays avancés ; ainsi, si le taux de participation des femmes, le nombre d'heures travaillées et la productivité atteignaient le même niveau que celui des hommes, le PIB des pays de l'OCDE grimperait de 20%. "Le potentiel économique que représente la défense de la parité est donc énorme, même pour les pays avancés. Et pour beaucoup de pays, ce potentiel pourrait être atteint de façon assez simple en soutenant des pratiques qui sont déjà en place dans d'autres pays, parfois voisins", concluent les auteurs de l'étude. "Il était selon moi nécessaire de replacer ce sujet de la parité dans un contexte plus global de croissance", termine ainsi Tina Fordham.
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