BlackRock : "La France pourrait devenir le leader de la construction européenne"
Il y un an tout juste, le journaliste américain Andrew Ross Sorkin du New York Times recevait des CEO déconcertés par la victoire de Donald Trump mais qui, après une campagne particulièrement violente, souhaitaient laisser sa chance au nouveau Président. Un an de mandat plus tard, tous ont admis lors de la conférence Dealbook du New York Times que l’intervention de l’exécutif dans la vie des affaires est plus importante que jamais, à coups de tweets élogieux ou assassins envers des sociétés et leurs CEO, en fonction de leurs projets d‘investissement sur le territoire américain.
Howard Schultz, qui a passé le flambeau à la tête de Starbucks l’an passé, a commencé la conférence de New York en regrettant que l’actuelle administration ne montre pas plus de valeurs de « compassion » et d’ « inclusion », à l’heure où le pays souffre de tensions raciales et des attaques terroristes ou à l'arme à feu dans le pays. Celui qui a grandi dans des HLM et avait soutenu Hillary Clinton lors de la campagne présidentielle, a ardemment critiqué la réforme fiscale et en particulier la baisse de l’impôt sur les sociétés, jugeant qu’il ne s’agissait que d’un « mirage » et que ces profits supplémentaires des entreprises n’iraient pas au bénéfice des salariés, mais seulement à distribuer plus de dividendes. Interrogé sur d’éventuelles ambitions présidentielles, il n’a pas nié en bloc, tout en précisant qu’il ne réfléchissait pas à cela pour le moment.
Cela a en revanche été admis par Mark Cuban, le célèbre entrepreneur tech devenu milliardaire, qui a indiqué qu’il « considérait » cette option, et que le timing était idéal. « Les gens recherchent une voix vraiment indépendante, qui ait une petite idée de ce dont on parle », a-t-il déclaré, et estimé que 2020 offrait une opportunité car les Américains sont lassés des politiques mais font toujours confiance aux chefs d’entreprise. Il a lui aussi jugé qu’une baisse massive de l’impôt sur les sociétés était excessive et que le système américain offrait déjà suffisamment d’incitations fiscales. Et l’a comparé à la gestion d’une entreprise : « quand vous avez une super société et un super produit, vous n’avez pas besoin d’avoir le prix le plus bas ».
La réforme fiscale est en revanche largement soutenue par le patron d’AT&T, Randall Stephenson, expliquant que cela entraînerait des milliards de dollars d’investissements en infrastructures de la part de l’opérateur télécoms américain. Ce dernier semblait néanmoins nettement plus remonté concernant sa fusion géante avec Time Warner pour 85 milliards de dollars, annoncée il y a plus d’un an et qui bloque encore du côté des autorités antitrust. Les fuites sorties cette semaine, selon lesquelles il pourrait avoir à céder CNN pour obtenir le feu vert du Département de la justice, l’ont obligé à réagir : « cela n’a pas de sens », s’est-il exclamé, interrogé sur ce sujet. De là à imaginer un effet Trump, qui critique violemment le média régulièrement ? Le CEO dit ne pas avoir d’informations là-dessus…
Larry Fink, le patron de BlackRock, a également été subtil dans ses critiques de l’administration, avouant avoir été surpris par la force de la reprise mondiale malgré le dysfonctionnement de la politique américaine. Il a ainsi salué le retour à la croissance au Japon après 30 ans de déflation mais aussi en Europe et en particulier la France, qui connaît un renouveau. « La France pourrait devenir le prochain leader de la construction européenne », a fait remarquer le patron du groupe à la tête de plus de 6 000 milliards de dollars, visiblement emballé par le nouveau Président français. Il a estimé que ce sont entre 2 000 et 5 000 milliards de dollars de capitaux qui passeront vers la gestion passive, et que BlackRock comptait avoir un rôle plus actif dans la gouvernance des sociétés qu’il détient, en votant pour les plans stratégiques des dirigeants dès lors qu’ils ont une vision à long terme. En revanche, son opinion est faite sur le bitcoin : « je pense que le bitcoin est un outil pour du blanchiment d’argent ».
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