Chasseurs de têtes : ce que leur demandent les grands comptes
Le travail des chasseurs de têtes est entièrement corrélé aux besoins de leurs clients. C’est-à-dire à la vie des entreprises. Le marché des cabinets évolue donc peu à peu au gré des demandes des sociétés. Quelles sont-elles actuellement ? Quels sont les types de profils très recherchés ? Est-ce que de nouveaux thèmes ont émergé ces dernières années ? Si la digitalisation et la féminisation sont bien sûr devenues des incontournables, d’autres volets ont également pris de l’importance. Le tout sur fond de recherches plus ouvertes, rendues nécessaires par une internationalisation et une concurrence accrues.
Il y a donc d’abord la digitalisation qui a amené avec elle de nouveaux métiers, lesquels sont de mieux en mieux reconnus. C’est d’ailleurs pour cela que les personnes en charge du digital se retrouvent souvent nommées dans les hautes instances des entreprises. Les qualités requises pour adapter les entreprises à l’ère du numérique ? Une bonne connaissance du monde digital, des capacités managériales, des connaissances marketing ou encore de l’expérience. Ce qui fait beaucoup pour un seul homme, dans un domaine encore jeune. « Il faut pouvoir prendre des paris, avec des gens dont l’expérience n’est pas totalement aboutie. C’est aussi ainsi que l’on élargit le pool de candidats », rapporte Sophie Wigniolle, associée au cabinet Eric Salmon & Partners. Quoi qu’il en soit, ce développement « touchera tout le monde, quel que soit le secteur ou la taille de l’entreprise », rappelle Marc Bartel, managing partner France au sein du cabinet Heidrick & Struggles.
Cette problématique d’un vivier non extensible se retrouve sur le sujet de la conformité. « La banque-assurance continue de chercher des forces vives dans la compliance et dans les métiers de front-office. Il faut des personnes qui savent bien gérer la contrainte réglementaire, assurer la gestion actif/passif », commente Sophie Wigniolle. Marc Bartel ajoute que les autres industries ne peuvent dorénavant plus faire sans ce volet. « Au départ, cela a surtout concerné les banques. La compliance, avant, c’était surtout un placard. On appelait alors ça ‘l’éthique’. Aujourd’hui, cela touche toutes les entreprises. Elles ont conscience que tout ce qui est fraude, antitrust, cartels etc sont des sujets d’actualité », précise-t-il.
Les sociétés sont également en demande de plus de diversité. Ce qui passe par des profils plus internationaux ou encore par une plus grande féminisation. « La concurrence est de plus en plus rude et l’internationalisation est de plus en plus prégnante. Les entreprises demandent plus de diversité. Ce n’est pas une affaire de quotas. C’est parce qu’il faut les bonnes personnes, avec les bonnes compétences, au bon moment », analyse Marc Bartel.
De façon plus globale, les entreprises sont à la recherche de vrais leaders capables de mener à bien des transformations sans pour autant casser les grands modèles. Par exemple, pour les comités exécutifs, « aujourd’hui on recherche des gens le plus ouverts possible sur l’extérieur, des profils plus collaboratifs, qui ont une capacité à gérer les projets, à savoir embarquer les gens dans les transformations. Des personnes qui ont une vision, une capacité à sortir de l’opérationnel pour prendre du recul », constate Sophie Wigniolle. Outre les transformations, les firmes doivent « trouver des gens qui ont un instinct de survie. Il faut s’habituer à avoir une crise tous les 3, 4, 5 ans », note Emeric Lepoutre, fondateur d’Emeric Lepoutre & Partners.
Les grands sujets des chasseurs de tête ne se réduisent pas à ceux cités plus haut. Les problématiques sont nombreuses, telles que la préparation des successions de dirigeants. « Chaque manager devrait avoir en tête ce sujet-là et faire émerger son successeur dans son équipe », estime Sophie Wigniolle. Les cabinets peuvent également prodiguer des conseils aux entreprises pour apprendre aux collaborateurs à travailler ensemble. « Ce ne sont pas les meilleurs joueurs qui font les meilleures équipes. Il faut des gens qui se passent le ballon et qui se battent les uns pour les autres (…) Notre rôle est d’optimiser les ressources humaines », conclut Marc Bartel.
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