Ambiance électrique à la tête de Deutsche Bank
Si elle a consenti à payer 180 millions de dollars pour solder un litige sur le marché des changes américain il y a quelques jours, Deutsche Bank a mis l’essentiel de ses scandales derrière elle. L’année dernière, elle avait finalement accepté de payer 7,2 milliards de dollars aux autorités américaines – soit moitié moins que réclamé initialement – pour son rôle dans la crise des subprimes, ce qui avait précipité les difficultés financières de la banque allemande et mis sous pression le nouveau CEO, John Cryan. Depuis, elle a réussi à boucler facilement son augmentation de capital de 8 milliards d’euros et, après une longue période de vache maigre, s’est focalisée sur le retour à la croissance et aux gains de parts de marché.
Sylvie Mathérat, la représentante française du directoire en charge des affaires réglementaires et de la répression des fraudes de Deutsche Bank, s’est employée à mettre en avant le chemin parcouru lors d’une interview à l’AFP ce week-end, tout en promettant que la banque s’abstiendrait de « prendre des risques inconsidérés comme par le passé ». Elle a elle-même chapeauté cette restructuration des activités considérées comme risquées dans la banque d’investissement, la fermeture de 200 agences en Allemagne et la suppression de 9 000 postes dans le monde. Malgré tout cela, la régulation financière a frappé et rien ne sera plus comme avant, prévient-elle : « revenir aux niveaux de rentabilité d’avant-crise n’est pas faisable ». La banque, qui affiche un rendement sur fonds propres avant impôts de 25%, a publié un ratio après impôts de 3,2% à fin juin. Mais elle vise de s’aligner sur ses principales concurrentes autour de 10% de rentabilité nette à moyen terme.
Reste que cette stratégie doit désormais compter avec la présence d’un nouvel actionnaire de poids : le chinois HNA, particulièrement actif en Europe ces dernières années mais dont l’actionnariat et les intentions sont encore mal connues. Ce dernier est monté à près de 10% du capital en mai dernier à la suite de l’augmentation de capital, ce qui en fait le premier actionnaire de la banque allemande, mais ses procédés et son rôle font désormais l’objet d’une enquête de la part de la BCE. Selon le Wall Street Journal, le CEO, John Cryan, serait en particulier hostile à ce nouvel entrant, qu’il n’a encore jamais rencontré. Il s‘agit en réalité d’une lutte de pouvoir avec le chairman de Deutsche Bank, Paul Achleitner, qui a émis des doutes sur le plan stratégique présenté en mars dernier, et essaie d’influencer le board et son dauphin.
En outre, le CEO serait remonté contre la manière dont HNA est monté au capital de sa banque. Pour financer les 3,4 milliards d’euros d’investissements, le chinois a ainsi eu recours à des produits dérivés auprès d’UBS, destinés à couvrir ses pertes en cas de chute du titre, mais aussi à compenser en cas de hausse. Une méthode ayant pour but de limiter les risques et que le patron considère comme spéculative et néfaste à son groupe et ses investisseurs. HNA s’était ainsi protégé dans le cas où le cours baisserait sous les 15 euros, ce qui est le cas depuis début août. Outre les dérivés, le fait que HNA se soit financé en grande majorité auprès d’une autre banque européenne sème un peu plus le doute sur sa solidité financière, et sa capacité à encaisser une baisse du titre. Mais il reviendra au régulateur européen de statuer sur ces hypothèses.
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