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Carrefour : Alexandre Bompard va-t-il franchir le Rubicon?

Lors de l'AG, le patron de la Fnac a éludé le sujet de sa possible nomination à la tête de Carrefour. S’il est choisi pour prendre la suite de Georges Plassat, il devra pourtant faire face à d’immenses défis pour le groupe, et contenter ses actionnaires comme ses employés.
Alexandre Bompard - Fnac
Alexandre Bompard - Fnac

Alexandre Bompard était attendu au tournant lors de l’assemblée générale de la Fnac, mercredi après-midi. S’il a fait le point sur l’intégration en cours entre les enseignes Fnac et Darty, dont il a organisé le rapprochement l’an passé, il a été nettement moins disert sur les rumeurs concernant sa possible nomination à la tête de Carrefour. « J'ai un principe : je ne commente jamais les rumeurs. Ma meilleure réponse est que je sois toujours là, face à vous; la meilleure réponse, ce sont nos succès; ma meilleure réponse, ce sont nos projets”, a-t-il déclaré lorsqu’il a été interrogé sur le sujet.

La résolution portant sur sa rémunération, qui atteindra 13,8 millions d’euros au titre de 2016, a en tout cas été adoptée à 81% des voix. L’an passé, le package de 11,5 millions d’euros pour l’exercice 2015 avait provoqué de vives réactions dans l’opinion publique, ce qui avait incité le dirigeant de 44 ans à convertir l’intégralité de cette enveloppe en actions du groupe. Une initiative judicieuse, puisque le titre a grimpé de plus de 30% depuis un an et a même triplé depuis son arrivée. Alexandre Bompard peut certes se targuer d’un bilan très réussi à la tête de la Fnac : il a engagé d’importantes restructurations pour adapter le groupe à l’essor de l’e-commerce et a pris des risques en s’engageant dans une bataille boursière de sept mois pour acquérir Darty pour 1,16 milliard d’euros l’an passé, au détriment de Conforama.

Fort de ces succès, ce passionné de tennis tiendrait, selon les rumeurs, la corde pour prendre la tête de Carrefour. Si cela se confirme, l’énarque passé chez Canal Plus Sport et Europe 1 Sport aura réussi le tour de force de convaincre les trois actionnaires et hommes forts de Carrefour : Bernard Arnault, Philippe Houzé et le brésilien Abilio Diniz (qui vient de franchir le seuil de 10% au sein du groupe compte tenu de droits de vote double). Mais c’est à partir de maintenant que les choses sérieuses pourraient commencer pour cet amateur de challenges : Carrefour est à la croisée des chemins. Le distributeur a bénéficié des premières réformes enclenchées par Georges Plassat. L’ex-patron de Vivarte a aussi mis en place des réorganisations profondes en interne, et mis l’accent sur le développement au Brésil, avec l’aide de son partenaire. Mais le groupe est encore à la peine pour enrayer la chute du segment des hypers en France, qui souffre d’une concurrence impitoyable sur les prix et voit ses marges rognées. Les investisseurs sont circonspects, comme en témoigne la chute du cours de Bourse de 30% depuis un an.

Les défis seraient donc immenses pour Alexandre Bompard. Ce dernier a certes démontré sa capacité à voir grand lorsqu’il a décidé du rachat onéreux de Darty, mais qui offre les synergies espérées. Une opération indispensable pour assurer la pérennité de la Fnac, qui pâtit elle aussi des challenges propres aux groupes de retail. Mais cela s’est fait au prix de coupes d’effectifs douloureuses, ce qui a conduit les salariés de Carrefour à lancer une pétition pour empêcher sa nomination. Le quadragénaire se verra-t-il confier la lourde tâche de manœuvrer un mastodonte du CAC40 et ses 380.000 employés, mais aussi des actionnaires tout aussi exigeants qu’intransigeants? 

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