Les ex-politiques aux boards des entreprises : un pari gagnant-gagnant
Mardi, AccorHotels a annoncé la cooptation de Nicolas Sarkozy au sein de son board en qualité d’administrateur indépendant. L’ex-Président de la République remplace Nadra Moussalem, qui a démissionné à la suite de la cession par Colony Capital de sa participation dans le groupe hôtelier. Le membre des Républicains sera ainsi en poste jusqu’à l’Assemblée générale appelée à statuer sur les comptes de l’exercice 2018. « Nicolas Sarkozy a une légitimité évidente dans ce rôle-là. C’est une idée intelligente et un joli coup de la part d’AccorHotels, qui est un groupe français mais avec des enjeux globaux », commente Hervé Borensztejn, managing partner au sein du cabinet Heidrick & Struggles. L’homme politique français n’est néanmoins pas le seul à avoir rejoint un board ces dernières années.
« C’est assez fréquent de voir des politiques rejoindre des conseils d’administration, surtout dans le monde anglo-saxon », souligne Hervé Borensztejn, qui note également que les sociétés sont assez agnostiques en matière de couleur politique, du moment que celle-ci ne transparaît pas. Du côté du pays de l’Oncle Sam, on pense ainsi à Hillary Clinton, ex-candidate à la présidentielle américaine, qui a été au board de l’entreprise de grande distribution Walmart. Mais aussi au Général Colin Powell, qui participe à la vie de l’éditeur de logiciels Salesforce. En France, Hubert Védrine, qui a notamment été ministre des Affaires étrangères, est lui administrateur indépendant de LVMH depuis 2004.Globalement ce type de passages du public au privé ne pose pas de problème, du moment que la nomination est bien en ligne avec la charte de l’entreprise. Des promotions plus opérationnelles, comme celle de José Manuel Barroso, ex-président de la Commission européenne, en qualité de conseiller chez Goldman Sachs ; ou la reconversion de l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder à la présidence du conseil de surveillance Gazprom, ont fait plus de bruit. Pour ce qui est de José Manuel Barroso, ce sont les liens entre la finance et l’UE qui ont attisé les critiques, tandis que pour Gerhard Schröder, c’est notamment Varsovie qui avait qualifié sa promotion de « compromission ».
Qui a généralement intérêt à voir les politiques entrer dans des conseils d’administration ? Les sociétés, en premier lieu. « Ce sont surtout les entreprises qui viennent les chercher. Ce type de personnalités, quand elles ont été exposées à des rôles régaliens, peuvent les aider à se développer à l’international grâce à leurs réseaux, à leur vision géostratégique, à la valeur de leur nom, à leurs compétences », explique l’expert d’Heidrick & Struggles. Ainsi, les spécialistes de la défense, de l’aéronautique ou encore de l’aérospatial, sont encouragées à se doter de ce type de compétences.
Ce sont d’ailleurs exactement les arguments utilisés par AccorHotels dans son communiqué pour promouvoir la nomination de Nicolas Sarkozy. « Cette arrivée s’inscrit dans la volonté de poursuivre le déploiement de la stratégie du Groupe et la promotion des marques AccorHotels sur tous les continents ainsi que du savoir-faire inégalé de la France en matière de tourisme », est-il écrit. A noter que l’ancien chef de l’Etat présidera le Comité Stratégie Internationale, nouvellement mis sur pied.
A l’inverse, pourquoi une personnalité de cette trempe a-t-elle envie d’endosser l’habit d’administrateur et de partager son carnet d’adresses ? « Quand on est un homme politique, c’est notamment la dimension internationale, la nature des enjeux, qui pèsent dans la balance. La rémunération est plus accessoire, notamment en France et en Europe où elle reste limitée », précise Hervé Borensztejn.
En réalité, le vrai sujet d’un conseil d’administration, pourvu des bonnes compétences, est d’arriver à travailler de manière collégiale. « C’est la question de savoir maintenant comment les personnes, toutes à parité au sein du conseil, vont s’accorder pour que l’équipe fonctionne qui m’interroge, plus par curiosité d’ailleurs », souligne notre expert.
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