Les CEO américains qui seront les plus exposés en 2018
« Vous pensez tous que je vais dire General Electric, mais je pense à Uber ». Jeff Sonnenfeld, ancien professeur d’Harvard et organisateur du prestigieux Yale CEO Summit qui s’est tenu début décembre, s’est livré à l’antenne de CNBC aux prédictions des patrons américains qui auront le plus fort à faire en 2018. Ce dernier, qui rassemblait une centaine de dirigeants des plus grandes entreprises du S&P 500 lors d’une conférence privée au début du mois, a ainsi dressé la liste de ces nouveaux numéros 1 qui sont arrivés à la tête de groupes en crise, en pleine restructuration ou qui font évoluer leur business model.
Dara Khosrowshahi, arrivé début septembre chez Uber, est sans aucun doute le CEO le plus scruté du moment. Lors de sa première interview publique à la conférence du New York Times en novembre, il avait rassuré ses pairs, montrant qu’il avait pris ses marques et s’apprêtait à mettre en œuvre un profond changement de culture au sein du groupe de VTC. Il a obtenu sa première victoire quelques jours plus tard, lorsque le fonds actionnaire dissident Benchmark Capital et le fondateur du groupe, Travis Kalanick, ont transigé et mis fin à leurs poursuites judiciaires. Ce qui a permis l’entrée au capital du japonais Softbank, lequel a souscrit à un tour de table à la même valorisation de 68 milliards de dollars qu’auparavant.
Mais ce dernier affronte toujours de sérieux vents contraires : outre les démêlés judiciaires pour harcèlement sexuel ou vols de brevets, sa stratégie en Europe est remise en question depuis que la Cour de Justice européenne a décidé il y a quelques jours que le groupe n’était pas une plateforme tech, mais bien une société de transport, et soumise à la réglementation européenne comme tel. Dara Khosrowshahi devra donc s’employer à négocier avec les autorités européennes mais aussi avec Londres, qui en septembre a décidé de lui retirer sa licence pour opérer dans la ville.
Autre CEO à être sous les feux de la rampe : John Flannery, qui a pris la suite de Jeff Immelt chez General Electric en août. Ce dernier a affronté le baptême du feu lorsqu’il a présenté des résultats trimestriels catastrophiques en octobre, qui ont fait plonger le titre du conglomérat industriel, et il n’y est pas allé par quatre chemins, avouant que les cash flows du groupe étaient « horribles » et décidant de diviser le dividende par deux. Mais il a aussi indiqué que c’était l’opportunité de réinventer le GE de demain, et s’est attelé à des décisions drastiques. Et en premier lieu, un bouleversement total du board et de sérieuses coupes dans les coûts, avec notamment pour cibles les frais alloués au management (par exemple, la vente des jets privés) mais aussi la suppression de 12.000 emplois, alors même que le marché du travail américain frôle le plein-emploi. Des annonces qui ont pour l’instant été douloureuses, le titre ayant perdu plus de 30% depuis août et 45% en un an.
Les défis s’annoncent immenses également pour Jim Hackett, le nouveau patron de Ford, qui est un expert de l’exécution selon Jeff Sonnenfeld, et s’est attaqué à la vitesse d’opération du constructeur automobile. Mais il a fait une erreur en faisant sortir l’ex-CEO et grand connaisseur de la maison, Mark Fields. Le poids de l’aîné est également encombrant chez Starbucks, où Kevin Johnson a pris la suite du mythique Howard Schultz. La société est en bon état de marche, mais l’influence de son ex-patron pourrait être omniprésente, sauf si ce dernier cède à des ambitions politiques pour 2020.
Enfin, reste le cas de figure de Wells Fargo, dont le patron John Stumpf est arrivé en octobre 2016. Mais après les scandales des comptes frauduleux, le CEO a largement remanié le board et remplacé les plus hauts dirigeants, et coopéré avec les autorités. La banque « a été responsable et transparente », souligne Jeff Sonnenfeld, qui loue sa profonde transformation sur l’année 2017.
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