Quand le gendre de Trump a frappé à la porte de Bernard Arnault
Jared Kushner, l’homme de l’ombre qui a été l'un des artisans de la victoire de Donald Trump, est devenu l'un des plus proches conseillers du Président américain, notamment sur sa politique au Moyen-Orient. Le mari de sa fille Ivanka Trump a officiellement abandonné ses fonctions de CEO de Kushner & Co, le groupe immobilier familial, mais il reste confronté à l’arrivée d’obligations financières sur le projet qu’il a porté depuis plusieurs années, celui de l’immeuble 666 Cinquième Avenue. Un dossier complexe, qui a été relayé en détail sur Bloomberg.
En 2006, la famille Kushner, qui avait affronté plusieurs années difficiles après l’incarcération de Charles Kushner – le père de Jared Kushner - pour des contributions politiques illégales, a décidé de faire un pari immobilier majeur, en plein cœur de Manhattan sur la plus célèbre avenue au monde. En plein pic de marché juste avant la crise, il rachète l’immeuble pour la somme astronomique de 1,8 milliard de dollars, dont seulement 50 millions en cash ! Aujourd’hui, le groupe fait encore face à 1,2 milliard de dollars de dette immobilière, qui arrive à échéance en février 2019.
Pour récupérer sa mise, la famille Kushner a prévu un chantier titanesque : raser totalement l’immeuble vieillissant et le remplacer par un immeuble de 80 étages, avec de grands espaces commerciaux et des appartements très luxueux. Mais ce projet suppose un retour sur investissement lointain et très incertain, si bien que les investisseurs américains ont d’ores et déjà décliné d’y participer. Autre solution : faire appel à des acteurs internationaux, susceptibles d’être attirés par une présence à cette adresse prestigieuse. Le démarchage était difficile jusqu’à la montée en puissance de Donald Trump dans la campagne électorale, puis son élection.
Pour vendre son projet qui implique un gigantesque prêt de construction de 4 milliards de dollars, la famille Kushner est d’abord allée en Israël, où elle a développé de nombreux liens avec des acteurs pour des projets à New York. Mais aucun de ses partenaires habituels – Harel Insurance, Bank Leumi ou encore la famille Gaia -, n’a répondu présent. La famille a alors approché Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France et patron de LVMH, pour savoir s’il souhaiterait investir dans l’immense complexe commercial, mais ce dernier aurait également décliné.
Grâce à l’avènement de Donald Trump dans la sphère politique en 2016, les Kushner ont alors pris langue avec le sheikh Hamad bin Jassim Al Thani, ancien patron du fonds souverain saoudien, qui a accepté d’abonder à hauteur de 500 millions de dollars à condition d’avoir d’autres investisseurs, mais cela n’a jamais abouti. Jared Kushner et son père ont alors rencontré le fonds souverain coréen sans succès, puis ils ont négocié longuement avec Anbang, l’assureur chinois devenu un grand conglomérat mondial. Mais ce dernier s’est retiré lorsque les autorités chinoises ont accentué leurs contrôles sur les investissements à l’étranger. Enfin, la famille aurait eu des échanges poussés avec le holding de Fawaz Alhokair, un milliardaire saoudien, mais qui a aussi renoncé en voyant les projections très ambitieuses du business plan.
Le compte à rebours s’accélère pour Jared Kushner et sa famille, qui essaient de dégager du cash sur leurs actifs existants pour éponger cette dette, tout en faisant valoir que l’immeuble n’est qu’une partie mineure de leur portefeuille. Une chose est pourtant sure : le timing de la Fed, qui pourrait encore relever ses taux en décembre, est un obstacle de plus pour le « mur de la dette » Kushner.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

