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Valse des patrons : l'expertise interne privilégiée

Si l'on en juge par les récentes nominations, la mode des parachutages n'a plus le vent en poupe. Sont plutôt retenus des responsables internes connaissant parfaitement leur entreprise. Et ce, dans un vaste mouvement de dissociation des pouvoirs de direction.
Bourse de Paris - Palais Brongniart
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La valse des patrons que connaît actuellement nombre d’entreprises du CAC 40 nous donnerait presque le tournis tant son rythme s’est accéléré ces dernières heures. Ces changements au sommet nous permettent, en tout cas, d’en discerner une tendance évidente et riche d’enseignement sur les évolutions de gouvernance.

D’abord, il n’aura échappé à personne que presque toutes les annonces de ces derniers jours confirment la volonté de l’Etat de privilégier la dissociation des pouvoirs avec la mise en place d’un président et d’un directeur général ou d’un DG avec un président du conseil d’administration et ce, en conformité avec les bonnes pratiques élaborées par les associations professionnelles. C’est ce qui est en train de se passer chez Areva, GDF Suez et peut-être chez EDF et très prochainement chez Total, même si cette dernière n’a pas d’actionnaires publics à son capital. C’est aussi ce qu’a choisi Franck Riboud de Danone.


Tendance d’autant plus symptomatique que la grande majorité des entreprises françaises ne se sont absolument pas résolues à ce mode de gouvernance. Au contraire, même, puisque selon de récentes statistiques, certaines sociétés ayant opté pour une direction duelle ont changé leur fusil d’épaule pour revenir à une direction unique (comme vient de le faire Gérard Brémond, l’emblématique patron de Pierre & Vacances). Au grand dam des sociétés de conseil de vote aux assemblées mais aussi des grands hedge funds anglo saxons pour qui, hormis une gouvernance dissociée, point de salut. Le spécialiste des câbles Nexans en a fait récemment l’expérience si l’on se souvient de l’action menée par le fonds Amber Capital pour obtenir une telle évolution de gouvernance. Modification qu’il a d’ailleurs finalement obtenue la veille de l’assemblée générale du groupe français.

L’autre enseignement du mercato actuel des patrons est encore plus patent : hormis Jean-Bernard Lévy, parachuté du jour au lendemain chez EDF sous la houlette de l’Elysée, toutes les autres nominations ont mis en avant des personnalités internes, connaissant parfaitement leur groupe et susceptibles d’être immédiatement opérationnelles. C’est le cas chez Total puisque Patrick Pouyanné, qui vient d’être nommé pour succéder à Christophe de Margerie est entré dans la maison en janvier 1997 au sein de la branche Exploration-Production en tant que secrétaire général en Angola, avant de gravir tous les échelons. C’est un homme du sérail au fait de toutes les problématiques du géant pétrolier et plus particulièrement de celle du raffinage qui présente les plus importants défis à relever. C’est le cas aussi chez Areva puisque Philippe Knoche, qui vient d’être nommé président du directoire par intérim y est entré en 2000. Il a d’abord été responsable de la stratégie avant d’occuper toute une série de postes. Cette nomination, provisoire jusqu’à la prochaine assemblée prévue en fin d’année, a d’ailleurs de bonnes chances d’être confirmée puisqu’elle correspond au schéma élaborée par Pierre Blayau, à la tête du conseil de surveillance depuis 2013 et qui milite pour une dissociation des pouvoirs, lui-même devant prendre le poste de président du conseil d’administration.

Même si son arrivée fait débat, c’est aussi le cas d’Isabelle Kocher, la nouvelle numéro deux de GDF Suez, appelée donc à succéder à Gérard Mestrallet. Entrée dans le groupe en 2002, elle est passée par différents postes et filiales de l’entreprise dont la puissante Lyonnaise des Eaux. Là encore, son arrivée devrait être concomitante à un changement de mode de gouvernance concocté avec l’Elysée et Bercy. C’est d’ailleurs également ce schéma qui devrait prévaloir chez Thalès pour remplacer Jean-Bernard Lévy. Dans un contexte délicat où les différents actionnaires de l’entreprise de défense ne sont pas tous sur la même longueur d’onde, il semble, cette fois que l’on s’achemine en effet vers la nomination d’un responsable interne. Solution qui aurait le mérite de « poursuivre, sans heurt, la dynamique du plan de développement lancé par M. Lévy voici un an », comme l’ont fait remarquer les syndicats, mais aussi de trouver rapidement la personne idoine, Jean-Bernard Lévy devant être intronisé à la tête d’EDF le 21 novembre, lors de l’assemblée générale de l’énergéticien. Aller vite permettrait ainsi de ne plus revivre les longues semaines d’errance et de rumeurs qui avaient déstabilisé Thales lors des deux précédentes campagnes de nominations, en 2009 et 2012.

Quant à Emmanuel Faber que Franck Riboud vient de bombarder à la direction opérationnel du géant de l’agroalimentaire, il était entré en 1997 comme directeur du développement et de la stratégie avant de de superviser plusieurs zones géographiques et différents projets. Là encore, sa nomination est dû à son talent mais aussi sa parfaite connaissance d’un groupe qu’il a scruté sous tous ses angles. Et c’est manifestement ce profil que recherchent aujourd’hui les chasseurs de tête pour diriger les plus grands groupes français.

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