Jamie Dimon, futur candidat à la Présidence américaine ?
Jamie Dimon est fier d’être CEO de la plus grande banque au monde, et il l’a exprimé dès la première phrase de sa lettre aux actionnaires de JP Morgan. Pourtant, cette longue missive de 47 pages est l’occasion non seulement de faire le point sur la stratégie de la banque américaine, mais aussi de détailler ses opinions macroéconomiques sur le Brexit ou encore la Fed, ainsi que son analyse et ses vues sur les politiques prioritaires à mener aux Etats-Unis. De quoi alimenter les rumeurs sur les potentielles ambitions politiques d’un homme déjà très impliqué dans l’administration actuelle.
Après avoir souligné les belles performances de JP Morgan, qui a dégagé un profit record de 26,9 milliards de dollars et un ROTCE (Return on Tangible Common Equity) de 13,9% l’an passé en excluant l’impact de la réforme fiscale, il est entré dans les détails de chaque activité. Mais s’est aussi attaqué à la bureaucratie des grandes institutions, et en particulier la « réunionite » qui est une véritable maladie selon lui, « ralentit la prise de décision, tue l’innovation et est souvent le lit des mauvaises politiques ». Pour ces raisons, les réunions doivent être soigneusement préparées, avec un agenda précis et des documents envoyés à l’avance. Une personne doit mener l’échange, qui doit faire l’objet d’un suivi. Jamie Dimon a également révélé l’existence de « salles de guerre » chargées de régler des questions complexes de manière efficiente, et des équipes « agiles », réactives et capables de faire aboutir des projets rapidement.
Sur le Brexit, le CEO semble plutôt serein. Il a jugé que le process « ressemble ce à quoi nous nous attendions : il est complexe et difficile à analyser », tout en estimant que la banque était préparée à un scénario de Hard Brexit, qui reviendrait à transférer 300 à 400 personnes hors du pays et à changer des entités légales. Il a néanmoins voulu signaler aux investisseurs que la Fed et les autres banques centrales pourraient aller plus vite que prévu dans leur resserrement monétaire. Il s’est voulu rassurant : « tant que les taux montent parce que l’économie se renforce et que l’inflation est contenue, il est raisonnable d’anticiper que la fin du QE ne sera pas douloureuse », a-t-il écrit, tout en admettant qu’une telle échelle de politique accommodante par les banques centrales était historique, et qu’il était difficile d’analyser les effets qu’un tel retrait aurait sur les actifs et l’économie.
Jamies Dimon est allé plus loin sur la politique américaine, et s’est livré à une analyse profonde sur l’état du pays, les réussites et échecs des précédents Présidents, et les opportunités liées à l’administration actuelle, notamment avec la réforme fiscale et le programme de grandes dépenses. Il a ainsi jugé que si Clinton avait bénéficié de la reprise lors de ses mandats, elle avait aussi donné lieu à des excès sur le marché immobilier, qui ont éclaté pendant la présidence de George W. Bush, et que d’autres présidents avaient pâti des erreurs passées comme lui. Ou encore que la création de l’Obamacare par Barack Obama était « un pas dans la bonne direction morale, mais n’a pas été bien exécutée ». Il a ensuite longuement décrit les raisons des mauvaises politiques américaines, et comment y remédier via des raisonnements sensés et rationnels, et de la collaboration. Il a applaudi la réforme fiscale et l’instauration d’un système fiscale compétitif, et a semblé défendre Donald Trump sur la Chine, expliquant que si le dialogue était important, les négociations n’avaient pas suffi jusqu’à présent. Et a enfin défendu une régulation « intelligente » plutôt que "toujours plus de règles", et sa volonté de transformer un système de santé défaillant, à travers son alliance avec Warren Buffett Jeff Bezos d’Amazon.
Le patron de JP Morgan a indiqué qu'il comptait rester encore cinq ans à la tête de la banque, mais que ses deux dauphins Daniel Pinto et Gordon Smith, nommés président et COO de la banque, étaient une succession solide dès à présent. « L’Amérique a été un pays incroyablement résilient. Et nous espérons qu’elle se remettra en ordre de marche. Mais il est difficile de regarder les 20 dernières années et ne pas penser que cela a été de pire en pire (et nous ne devons pas présumer que cela s’arrangera tout seul) », écrit Jamie Dimon, qui semble avoir sa propre idée sur la façon de réparer son propre pays.
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