Départ de la CEO de HP : de moins en moins de femmes dans le S&P 500
A 61 ans, Meg Witman vient de clore le chapitre d’un parcours impressionnant. La CEO de HP Enterprise a annoncé sa démission après six ans à la tête du groupe, et sera remplacée par Antonio Neri, un vétéran qui a passé 22 ans dans le groupe et en était numéro deux. La dirigeante avait préparé les investisseurs à son départ puisqu’elle avait nommé son bras droit comme président en juin dernier. « C’est le bon moment pour passer la main à la nouvelle génération », a-t-elle justifié dans une interview ce matin, alors que le cours de Bourse de HP Enterprise dégringolait de plus de 8% après cette annonce surprise, mais aussi des résultats trimestriels décevants.
Meg Whitman est la seule femme à avoir occupé successivement le rôle de CEO de deux sociétés du S&P 500. Après des études brillantes à Princeton et Harvard, elle a travaillé pour Procter & Gamble et Walt Disney, et après avoir suivi son mari neurochirurgien sur la côte Est, a dirigé le plus gros producteur au monde de produits floraux. Elle prend brièvement la charge d’une entité des jouets Hasbro avant que le fondateur d’eBay, Pierre Omidyar, ne l’appelle à en prendre la tête en 1998. A l’époque, le groupe américain de 30 employés génère 8 millions de dollars de revenus, et en l’espace de dix ans, elle le transforme en multinationale de 15 000 salariés, forte de 8 milliards de dollars de chiffre d’affaires.
Après cette expérience, elle décide de se lancer en politique et se présente comme gouverneur de l’Etat de Floride, où elle obtient la nomination du Parti républicain. Mais après une campagne où elle dépense 144 millions de dollars, elle perd face au candidat démocrate, un échec qu’elle aura beaucoup de mal à digérer. Elle trouve son salut en étant nommé CEO de HP en 2011, un fleuron technologique américain fondé en 1939 et qui a vécu ses heures de gloire. Elle impose alors des changements culturels, comme l’installation d’open spaces où elle intègre son propre bureau, et s’attelle à appeler elle-même les plus gros clients du groupe. Elle résiste pendant un temps à un spin-off du groupe, et supprime pas moins de 75 000 emplois pour resserrer les coûts.
Mais pris dans la guerre des prix, elle n’a d’autre choix que d’annoncer la division du groupe en deux, en 2014 : HP rassemble les activités traditionnelles de PC et imprimantes, tandis que HP Enterprise se concentre sur l’innovation et les services aux entreprises, comme le cloud. Mais cette nouvelle entité a du mal à faire ses preuves et a perdu 23% depuis son entrée en Bourse en octobre 2015. L’heure est pourtant à un bilan positif pour Meg Whitman, qui souligne que le groupe a rapporté plus de 200% à ses actionnaires en cinq ans. Pressentie pour prendre la tête d’Uber à l’été dernier, cette dernière avait démenti son intérêt et a tenu à faire de même face à ceux qui lui prêtaient des ambitions pour la Maison Blanche en 2020. « Je ne me présenterai pas à la Présidence ni à aucun mandat électif », a-t-elle affirmé.
En attendant, son départ creuse encore un peu plus la sous-représentation des femmes à la tête du S&P 500. Selon Catalyst, elles ne sont plus que 25 au sein du prestigieux indice, soit à peine 2% de l’ensemble. Plus inquiétant, les dirigeantes sur le départ comme Meg Whitman sont de plus en plus remplacées par des hommes. « Nous avons fait beaucoup de progrès mais (…) dans la dernière décennie, nous avons calé, et je pense que c’est inquiétant », a reconnu Meg Whitman. Qui pourrait résoudre le problème si elle était nommée chez un autre membre du S&P 500 dans quelques mois.
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