Tim Cook, ou ces nouveaux patrons imprégnés de politique
Difficile d’imaginer Bernard Arnault ou Carlos Ghosn critiquer aussi ouvertement l’incapacité du gouvernement français. C’est pourtant ce que Tim Cook vient de faire de manière très officielle, dans le cadre d’une interview accordée au New York Times, où il a mis en avant les décisions d’Apple en faveur de l’emploi et de la croissance, de l’environnement et de l’éducation de son propre pays. Car le CEO d’Apple est parti d’un constat, celui du blocage institutionnel. « La réalité est que le gouvernement est, pour plusieurs raisons, devenu moins opérationnel depuis un long moment et ne fonctionne pas au même rythme qu’avant. Il revient donc aux entreprises, mais aussi aux autres couches de la société d’intervenir », a-t-il asséné d’emblée.
Il faut dire que le dirigeant était lancé dans une série de déplacements aux Etats-Unis digne d’un politique en campagne. Il a ainsi visité une usine de tests d’iPhones dans l’Ohio, a annoncé investir 1,3 milliard de dollars dans l’Etat pour construire un immense centre de données pour stocker les informations sur iCloud et Facetime et a lancé une formation de code en partenariat avec l’université d’Austin, au Texas. Ce dernier s’est extasié sur le musée du Président américain Lyndon Johnson, rappelant que l’homme avait fait passer des mesures essentielles comme Medicare et Medicaid, le Civil Rights Act, les aides au logement etc.
Tim Cook a été l'un des rares dirigeants à critiquer directement la réaction de Donald Trump après les violences de Charlottesville, estimant que renvoyer face à face les néo-nazis et leurs opposants « va à l’encontre de nos idéaux en tant qu'américains ». Mais au-delà du Président lui-même, le patron d’Apple critique surtout le blocage permanent au Congrès, en raison de luttes politiques stériles et contre-productives. Pour ces raisons, la firme à la Pomme doit, comme toutes les autres grandes sociétés américaines, mettre en place des mesures de politique interne afin de pallier aux failles du gouvernement. « Je pense que nous avons une responsabilité morale d’aider l’économie à croître, aider à créer des emplois, à contribuer pour ce pays et pour les autres pays avec lesquels nous faisons affaire », a-t-il estimé, regrettant que la plupart des gens ne voient que sa responsabilité envers Wall Street.
Ce type de discours est révélateur des nouvelles ambitions des dirigeants tech, qui mettent en avant leur apport à l’économie et à la société autant que leurs profits. Cela est certes un discours marketing efficace, qui ne doit pas faire oublier qu’Apple délocalise la production de ses produits en Asie pour les vendre partout dans le monde. Tim Cook n’est par ailleurs pas un bénévole : lors de la dernière publication trimestrielle, il a reçu pas moins de 90 milliards de dollars de titres Apple en guise de rémunération, même s’il a annoncé qu’il donnerait l’intégralité de sa fortune à des associations. Le groupe a par ailleurs bénéficié de plus de 200 millions de dollars de coupes fiscales pour installer sa base de données dans l’Iowa.
Mais Tim Cook veut miser sur les générations futures, par exemple avec le lancement de programmes pour apprendre à développer des applications – certes focalisées sur le système d’exploitation Apple - dans les universités publiques, et veut accélérer la diversité dans la tech. Et fait valoir que la société a contribué à la création de 150.000 emplois et a versé 5 milliards de dollars aux détenteurs d’applications l’an passé. De là à lui prêter des ambitions politiques, il n’y a qu’un pas qu’il serait aisé de franchir, mais à ce jeu-là, Mark Zuckerberg semble encore plus actif pour prétendre, un jour, à la Maison Blanche.
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