Tom Enders tente de redorer son blason auprès de ses équipes
Malgré les affaires judiciaires en cours chez Airbus, qui ont entraîné le départ du numéro deux du groupe Fabrice Brégier (en février prochain), et le non renouvellement du mandat de son patron Tom Enders, qui quittera donc son poste en avril 2019, ce dernier a souhaité remotiver ses troupes lors de ses voeux annuels.
A l'occasion d'un courrier interne de bonne année, envoyé hier et que WanSquare s'est procuré, le CEO allemand a ainsi tenté de redorer son image et celle de son entreprise auprès de ses employés. S'il reconnaît que l'année 2017 les a mis "à rude épreuve", comme il l'avait d'ailleurs annoncé dès le début de l'an passé, il souligne qu'Airbus est parvenu à faire face à ces difficultés. "L'important est que nous ayons persévéré et réussi. Tout cela grâce à vos immenses efforts et votre professionnalisme, votre détermination et votre engagement", écrit le patron, bien décidé à brosser ses employés dans le sens du poil.
Et Tom Enders de citer les succès des commandes en 2017, qui ont atteint un nombre record, "bien au-delà de nos prévisions d'il y a seulement quelques mois", malgré les problèmes de moteurs du programme A320neo, qui ont retardé les livraisons. En outre, vu la régularité technique en exploitation de l'avionneur, son patron estime qu'il pourra bientôt atteindre une cadence de 10 appareils par mois.
Même succès pour la branche Defense and Space et Helicopters, dont les résultats financiers ne seront en revanche pas dévoilés avant la conférence annuelle du 15 février. Mais, selon le patron de l'avionneur, la capitalisation boursière du groupe est déjà une preuve tangible de sa solidité et de sa prospérité. "Si nous comparons janvier 2017 à janvier 2018, nous avons gagné près de 16 milliards." Ce qui d'après lui, souligne non seulement le respect des objectifs de livraison, mais également la confiance des actionnaires, qui "n'ont pas trop été affectés par les turbulences déclenchées par les médias et leurs mauvais présages". Un petit coup de griffe envoyé aux journaux donc, comme il l'avait déjà fait dans un autre courrier envoyé aux employés au moment des rumeurs sur le potentiel départ de Fabrice Brégier. Qui se sont finalement avérées véridiques !
Car et, le patron l'admet, le groupe a également dû faire face l'an dernier à "un défi de taille", celui concernant les enquêtes menées par les autorités britanniques et le Parquet financier français, avec lesquels Airbus "continue de coopérer". Rappelons que l'avionneur est visé par le SFO anglais et le PNF français pour des irrégularités de transactions, qu'il a lui-même décidé de dénoncer. Et que deux autres enquêtes sont en cours en Allemagne et en Autriche, concernant la vente d'avions de combat à Vienne. "Les craintes et la frustration nous accompagnent tout au long de cette démarche. Mais il n'est pas question de baisser les bras et nous devons continuer à avancer", affirme Tom Enders.
Le patron enchaîne ensuite sur les nombreux changements de postes et départs qui ont eu lieu en 2017, sans pour autant faire le lien avec les problèmes judiciaires auxquels le groupe est confronté. Et de citer le départ de Fabrice Brégier, dont il loue la grande expertise et le sens solide du business, tout en reconnaissant les compétences de son successeur Guillaume Faury, actuel patron de la division Helicopters et dont Tom Enders aurait largement soutenu la candidature. Le propre successeur de Tom Enders sera quant lui nommé par le conseil d'administration au cours des douze prochains mois.
Autre déception pour le patron du groupe en 2017, le départ de Paul Eremenko, qui a quitté son poste de directeur technique seulement 17 mois après sa nomination. Un revers d'autant plus cuisant pour Tom Enders qui l'avait recruté en juin 2016, que l'ex-cadre de Google de 36 ans est parti chez le géant américain UTC (Pratt & Whitney, ascenseurs Otis…), un des plus gros sous-traitants d'Airbus, également comme directeur technique. Un désaveu majeur pour Tom Enders, qui avait fait de Paul Eremenko le pivot de la révolution R&D du groupe. "Bien entendu, j'ai regretté la décision de Paul Eremenko de nous quitter après seulement deux ans et demi. Mais c'est avec beaucoup de satisfaction que j'ai accueilli la décision de Marc Fontaine de prendre la tête du département Corporate R&T, tout en conservant son poste de DTO jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée."
Le courrier du patron allemand, qui quittera donc son poste dans un an et demi, se termine quasiment comme une nécrologie et un testament : "alors que les mois qui me restent à vivre à la tête d'Airbus sont comptés, je réalise encore plus, combien j'ai été privilégié de pouvoir travailler tant d'années pour une société aussi extraordinaire". Rappelons que ce fils de berger, diplômé de l'université de Bonn et de UCLA, passé par la politique au sein du parti de la CSU, est arrivé chez DASA en 1991 (avant sa fusion avec Aérospatiale-Matra et CASA pour former EADS) au sein du département marketing, avant de devenir responsable de la division Defence & Security Systems et membre du comité exécutif d'EADS. Il est président exécutif depuis le mai 2012, après avoir été pendant cinq ans président du groupe Airbus, filiale d'EADS (EADS a été renommé Airbus en 2014).
" Tant de choses ont été réalisées au cours des cinq, dix, vingt, quarante dernières années, bien au-delà de ce que nous avions imaginé ! Nous souvenir de cela nous permet de mieux nous concentrer sur l'AVENIR", conclut le patron qui encourage toute l'équipe à "aller plus loin et plus haut" !
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