Nouveau patron chez Deutsche Bank : des conséquences pour la banque d'investissement ?
Dites-moi quel patron vous avez choisi, je vous dirai quelle direction vous souhaitez prendre. Avec pas moins de trois dirigeants en six ans, Deutsche Bank sait-elle où elle va ? En tout cas, le choix du nouvel opérationnel, annoncé hier soir par la première banque allemande, fait déjà réagir les analystes. Ces derniers estiment que la nomination d'un responsable du retail à la tête de Deutsche Bank va peut-être être synonyme de coup d'arrêt pour la partie banque d'investissement.
Pourquoi une telle supposition ? D'abord au regard du parcours de Christian Sewing, qui prend ses nouvelles fonctions immédiatement. Le choix de cet Allemand permet de mettre un terme à deux semaines compliquées pour la banque, la rumeur du départ de John Cryan courant ces derniers jours sur fond de tensions sur l'avenir de l'établissement. Le nouveau CEO, né en 1970, a déroulé toute sa carrière chez Deutsche Bank. Il était co-responsable de la partie privée et commerciale avec Frank Strauß. De 2013 à 2015, Christian Sewing a été à la tête de l'audit, poste qu'il avait pris après plusieurs années passées sur le volet risque. Depuis son arrivée chez Deutsche Bank en 1989, il a aussi connu plusieurs territoires, tels que Francfort, en passant par Hambourg, Londres, Singapour, Tokyo et Toronto.
Christian Sewing aurait pour lui d'être bien vu des régulateurs, ce qui n'est pas négligeable d'autant plus que Deutsche Bank a multiplié les litiges ces dernières années. Il se dit également que le CEO serait septique vis-à-vis de la banque d'investissement. Car si la partie corporate and investment banking compte pour la moitié des revenus de Deutsche Bank, celle-ci fait néanmoins l'objet de débats houleux en interne, selon Financial News.
En poste depuis l'été 2015, et bien qu'il n'ait pas ménagé sa peine, John Cryan n'a pas réussi à remettre la banque sur le chemin de la rentabilité, cette dernière ayant enregistré trois années de pertes consécutives. Deutsche Bank a estimé en mars que ses efforts de redressement ne portaient pas encore leurs fruits. Et qu’elle était en retard sur ses objectifs de réduction des coûts. Christian Sewing a déjà fait entendre que la cure d'amaigrissement n'était pas finie, notamment dans les secteurs "pas suffisamment profitables". Or, la BFI enregistre des revenus en nette baisse. "Dans notre banque de financement et d'investissement (...) nous allons devoir adapter un peu plus notre structure de revenus, de coûts et de capital", a-t-il indiqué dans un mémo adressé ce lundi aux 98.000 collaborateurs. Le groupe "va minutieusement analyser comment il veut positionner ce pilier (...) dans un environnement de marché difficile".
Autre indice qui semble en dire long sur la préférence donnée à d'autres activités que la BFI : le fait que le conseil de surveillance n'ait pas choisi Marcus Schenck. Ce dernier était chargé de la supervision de la banque d’investissement. Marcus Schenck, candidat malheureux à la succession de John Cryan donc, a souhaité quitter l'établissement à l'issue de la prochaine assemblée générale. La partie corporate & investment va être reprise par Garth Ritchie, qui en était co-responsable avec Markus Schenck. Tandis que l'entité private & commercial revient à Frank Strauß.
La décision d'hier a déjà fait couler de l'encre. Si l'avenir de la CIB interroge, les commentateurs parient pour certains sur une réduction de la présence de Deutsche Bank aux Etats-Unis, au profit de l'Europe et de l'Allemagne. "Nous pouvons nous attendre à ce que l'accent soit plus mis sur le marché domestique allemand, avec un focus sur la banque commerciale et de détail, et la gestion de fortune", estime Octavio Marenzi, CEO du consultant Opimas, qui s'est exprimé pour CNBC. Et d'ajouter que le changement pourrait "particulièrement toucher la présence de Deutsche Bank à Londres, où l'essentiel de sa banque d'investissement est basée". Des questions sont également soulevées quant à l'avenir du président du conseil de surveillance, Paul Achleitner, dont la gestion est remise en cause. A voir si des déclarations seront faites sur le sujet en amont ou lors de l'assemblée générale du 24 mai.
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