Mur de Donald Trump : Xavier Huillard donne la position de Vinci
Si l’on pouvait se poser la question, la réponse est « non » : Vinci ne participera pas au projet de mur entre le Mexique et les Etats-Unis, a indiqué ce mardi Xavier Huillard à BFM Business. « Ce n'est pas du tout un jugement de valeur, ni des Etats-Unis, ni du mur, nous, nous préférons plutôt ne pas toucher à ce mur », a argué l’homme fort du groupe de concession et de construction. Bien que très modérée dans sa formulation, cette déclaration est très claire. En décidant de ne pas participer aux appels d’offres lancés cette semaine en vue d’édifier ce mur, symbole du repli sur soi américain et de la politique de Donald Trump, Vinci fait une croix sur de potentiels bénéfices. Néanmoins, en terme d’image, cette décision peut se révéler judicieuse.
« Si nous décidons de faire quelque chose qui est susceptible de choquer une majorité de nos salariés, je crois qu'il vaut mieux l'éviter », a ajouté Xavier Huillard. Une réflexion tout à fait légitime quand on sait que les collaborateurs d’un groupe sont l’un des principaux actifs d’une société, voire son essence. « Il y a des projets qui sont trop exposés, qui représentent plus qu'un simple mur, qu'une infrastructure ou un bâtiment de génie civil », a également expliqué le PDG de Vinci, faisant ainsi référence à ce projet censé limiter l’immigration clandestine, symbole du programme du nouveau Président américain.
S’il est difficile de reprocher à une entreprise de faire légalement des affaires, LafargeHolcim a néanmoins été critiqué pour avoir fait savoir qu’il allait répondre à l’appel d’offre. Le PDG du premier cimentier mondial, Eric Olsen, a indiqué il y a quelques jours, à l’AFP, être prêt à fournir ses « matériaux de construction pour tous types de projets d'infrastructures aux Etats-Unis », le groupe n’ayant pas « d'opinion politique ». Il faut dire qu’outre le mur, Donald Trump a évoqué des programmes d’investissements, à grande échelle dans les infrastructures, qui ne sont pas sans intéresser les entreprises.
En tout état de cause, la prise de position de LafargeHolcim tranche de celle de l’un de ses concurrents, l’Irlandais CRH. Ce dernier a précisé qu’il ne fournirait pas de matériaux pour la construction du mur. Pour sa part, Martin Bouygues n’a pas voulu entrer dans la polémique. Lors de la publication des résultats en février, il a estimé que son groupe industriel n’avait pas les compétences nécessaires pour ladite structure. A noter que le coût du mur varie fortement (entre 12 et 21 milliards de dollars) en fonction des personnes qui l’estiment.
LafargeHolcim -entreprise franco-suisse- a, par ailleurs, été mis en garde par le gouvernement hexagonal. « Lafarge dit je ne fais pas de politique. Très bien, mais je rappelle que les entreprises –et nous avons travaillé au gouvernement pour développer cette dimension– ont aussi une dimension sociale et environnementale. J’en appelle à ses responsabilités. Elle devrait bien réfléchir à ses propres intérêts : il y a d’autres clients qui vont regarder ça avec une certaine stupéfaction », a ainsi réagi Jean-Marc Ayrault, chef de la diplomatie. Pour sa part, François Hollande, a appelé LafargeHolcim à « se montrer prudent avant de se porter candidat ». Quelque soit les décisions des groupes sur ce sujet, aux conséquences à la fois économiques, politiques et sociétales, il est effectivement nécessaire que leurs hommes forts se prononcent.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

