La reconversion du Général de Villiers dans le privé n’est pas un cas isolé
Il n’y a pas que les politiques qui rejoignent le privé après un changement de majorité ou une défaite électorale. Si les anciens ministres Nathalie Kosciusko-Morizet, Bernard Cazeneuve ou encore Axelle Lemaire n’ont pas poursuivi leur carrière dans le public, d’ex-hauts gradés en ont fait tout autant. La semaine dernière, c’est la reconversion du Général de Villiers qui a été annoncée. Pierre de Villiers intègre le cabinet de conseil américain, Boston Consulting Group (BCG). A compter du 3 avril, l’ancien chef d’Etat-major des armées prendra le titre de senior advisor. Une jolie arrivée pour le BCG qui pourra ainsi compter dans ses rangs celui qui a été le plus jeune général cinq étoiles de France. Plus encore, Pierre de Villiers est l'un des plus gradés à avoir intégré le privé, puisqu'il a occupé la plus haute fonction de l'armée de 2014 à 2017.
Il est aussi le premier chef d’Etat-major des armées à avoir démissionné sous la Vème République. Le départ l’été dernier de Pierre de Villiers a fait grand bruit. Le militaire avait été rappelé à l’ordre par Emmanuel Macron à la suite d’une audition à huis clos à l’Assemblée nationale dans un contexte de coupes budgétaires. Il y avait déclaré que la situation n’était pas tenable. Le Président de la République avait alors répliqué : « Je suis votre chef » et « ce n'est pas le rôle du chef d'état-major » de défendre le budget des armées. Le profond désaccord avait entraîné le départ de Pierre de Villiers.
Depuis, l’ex-militaire a écrit un livre, Servir, dans lequel il est revenu sur sa démission. « La vraie loyauté consiste à dire la vérité à son chef », écrit ainsi ce Saint-cyrien, aujourd’hui âgé de 61 ans, et qui a notamment servi au Kosovo et en Afghanistan. Dorénavant, il apportera au BCG « sa riche expérience en matière d'analyse des situations et des risques, de transformation des organisations et d'efficacité opérationnelle », selon les termes du communiqué. Lui-même a expliqué être « très heureux de la perspective d'aider les grandes entreprises dans leurs transformations ».
Pierre de Villiers n’est pas le seul gradé à avoir rejoint le privé. En février 2017, EDF a annoncé la nomination d’Emile Pérez au poste de directeur de la Sécurité et de l'Intelligence Economique pour le groupe. Cet ancien haut fonctionnaire est passé par les RG et le ministère de l’Intérieur. Il chapeautait jusque-là la direction de la coopération internationale de la place Beauvau. Chez EDF, il a remplacé Patrick Espagnol, parti à la retraite et qui avait lui-même fait une belle carrière dans la police.
Autre exemple : celui de Denis Favier, qui a quitté son poste de directeur général de la Gendarmerie nationale pour rejoindre Total en 2016. L’ancien conseiller de Manuel Valls y a pris la responsabilité de la direction de la Sûreté du groupe. L’homme est connu pour avoir mené l’assaut à l’aéroport de Marignane pour libérer les otages de l’Airbus. Celui qui a aussi travaillé à la réorganisation du GIGN a coordonné l’action visant à neutraliser les frères Kouachi, auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo, en 2015.
Du côté des reconversions, d’anciens membres du public ont aussi choisi le privé, mais en proposant directement leurs services. C’est le cas d’Antony Couzian-Marchand, co-dirigeant de Gallice Security et ancien commandant en second du GIGN. Celui qui fut magistrat à la cour des Comptes et conseiller politique présidentiel travaille pour la société spécialisée dans la protection des personnes en France et à l’international créée en 2007. Parmi les fondateurs : Gilles Sacaze, ancien cadre du Service Action de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure.
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