Aux Etats-Unis, le ratio de rémunération va-t-il servir d’exemple ?
Les patrons américains ne sont pas seulement obligés de montrer patte blanche face à leurs activistes, mais aussi face à leurs actionnaires, notamment sur le sujet très délicat de la rémunération. Une loi concoctée par le précédent gouvernement impose aux sociétés américaines cotées de publier le ratio « Gros bonnet vs Mr tout le monde », à savoir l’écart de rémunération entre le CEO et le salarié médian du groupe, et doit entrer en vigueur dès le printemps prochain. Cette réglementation est sans surprise combattue par la majorité républicaine au Congrès, qui cherche à la supprimer dans le cadre de la réforme du Dodd-Frank Act, appelée le Financial Choice Act. Leur argument est que ce ratio n’est pas une bonne référence, car il reflète parfois seulement le fait que les salariés sont moins qualifiés dans certains secteurs, comme l’agroalimentaire par exemple. Ce grand chantier législatif a déjà passé une première étape à la Chambre des Représentants en juin, mais devra être modifié substantiellement pour être voté au Sénat, où les républicains ont moins d’avance.
Ce projet de loi part d’un constat alarmant : les packages de rémunération des dirigeants ont grimpé sans précédent dans les dernières décennies, sans que cela soit corrélé avec la performance de leurs sociétés. Ainsi, selon l’Economic Policy Institute, les patrons des 350 plus grosses sociétés américaines gagnent en moyenne 276 fois plus que leurs salariés de base, contre seulement 30 fois en 1978 ! En outre, la SEC, le gendarme boursier américain, ne demande aux sociétés américaines d’actualiser le poids des rémunérations dans leurs comptes de résultat qu’une fois tous les trois ans, ce qui est bien insuffisant pour prévenir des dérives.
Néanmoins, si les sociétés dirigées par une femme sont statistiquement plus performantes que la moyenne, un ratio de rémunération moins élevé des dirigeants n’a pas d’impact positif sur les profits de l’entreprise. C’est même plutôt l’inverse : les CEO ont une part d’equity et de stock-options de plus en plus importante, si bien que le salaire et le rendement à trois ans évoluent conjointement. Or, c’est bien ce système de rémunération en actions sur la durée, via des stock options et actions de préférence, qui a montré ses limites ces dernières années. De plus en plus de voix s’élèvent contre cette méthode, qui favorise elle aussi la manipulation de cours et la gestion à court terme. Obnubilés par leurs futurs chèques, les patrons favorisent les économies de coûts et de R&D ou encore la seule croissance du chiffre d’affaires, critères privilégiés par cette méthode.
Sur ce sujet, la banque RBS a essayé d’innover cette année : elle a attribué à son CEO beaucoup plus d’actions, mais l’a obligé à les garder au minimum quatre ans. L’agence de conseil en vote ISS a recommandé de voter contre cette résolution, qui offrait plus de certitude au dirigeant même si les montants étaient moins élevés, mais elle était en revanche soutenue par le fonds souverain norvégien, qui favorise des stratégies à plus long terme et non seulement des stock options liés au niveau du cours. Le chemin est encore long, mais un travail de fond vers plus de transparence et de vision à long terme semble être urgent en Europe comme aux Etats-Unis. Si le changement vient du plus haut niveau de l’Etat.
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