Départ d’Eric Olsen : les entreprises à l’heure américaine
C’est un dossier qui relève à la fois du pénal, du boursier ou encore du droit des sociétés. La tourmente dans laquelle est prise LafargeHolcim depuis quelques semaines a poussé les hautes sphères à prendre une décision très forte ce lundi. Son directeur général, Eric Olsen, quittera le groupe le 15 juillet, dans le cadre d’une enquête interne sur d’éventuelles transactions avec des groupes armés en Syrie. Dans le communiqué, le patron se défend d’une quelconque implication dans cette affaire, mais dit préférer apaiser les tensions, lesquelles sont effectivement nombreuses. La manière dont est traitée pour le moment ce dossier n’est pas sans faire écho à ce qui se pratique du côté des très inflexibles Américains.
Pour mémoire, l’affaire touche à la cimenterie Jalabiya (nord de la Syrie). En 2013 et 2014, Lafarge -qui s’est depuis rapproché d’Holcim- aurait versé des commissions à des intermédiaires afin de pouvoir maintenir son activité alors que le conflit faisait rage. Or cet argent aurait pu financer des groupes ou des parties tombant sous le coup de sanctions internationales, tels que l’Etat islamique. A noter que le site en question a finalement été abandonné par Lafarge en 2014. Pour sa part, Eric Olsen a pris les rênes du groupe, né de la fusion entre le Français et le Suisse, en juillet 2015.
Le Monde a révélé le pot aux roses en juin 2016 et un rapport interne a été commandé par LafargeHolcim au cabinet d’avocats d’affaires Baker McKenzie. Le rapport des spécialistes du droit ne mettrait pas en cause Eric Olsen, qui avait été promu en 2013 directeur général adjoint Opérations et qui était entré au comité exécutif en 2007, en tant que directeur général adjoint, en charge de l'Organisation et des Ressources Humaines. Dans le communiqué du jour, il est précisé que le patron n'a été « en aucune manière impliqué, ni même informé d’actes répréhensibles ». Il précise toutefois que sa « décision est guidée par la conviction qu’elle contribuera à apaiser les fortes tensions qui sont récemment apparues autour de la question de la Syrie ». C’est-à-dire que même s’il n’a pas les mains sales, Eric Olsen prend ses responsabilités de dirigeant d’une grande entreprise. Le processus de succession va être immédiatement lancé et le président du conseil d’administration, Beat Hess, sera aux manettes pendant la période de transition.
Sur le fond du dossier, l’entreprise a confirmé dès mars, à l'occasion de ses résultats, qu'« avec du recul, les conditions exigées pour assurer la continuation du fonctionnement de l’usine étaient inacceptables ». La société a également précisé une information non-négligeable : « Les résultats de l’enquête confirment également que, bien que ces mesures aient été prises à l’initiative de la direction locales et régionale, certains membres de la direction du groupe ont eu connaissance de situations indiquant des violations du code conduite des affaires de Lafarge ». Des mesures correctives ont été annoncées.
La justice française travaille également de son côté sur ce dossier extrêmement complexe et sur lequel beaucoup de précisions sont encore attendues. Outre l’affaire en elle-même, c’est également le traitement de cette dernière qui mérite d’être analysé. Il convient de noter que c’est un cabinet d’avocats américain à qui l'enquête a été confiée. De surcroît, le principe même de ce genre d’investigation interne très poussée, n’est pas sans faire penser à ce qui se pratique aux Etats-Unis et à ce que demandent les gendarmes d’outre-Atlantique dans ce genre de situation. Enfin, le pays de l’Oncle Sam n’hésite pas à faire sauter des têtes lorsqu’un événement d’une telle ampleur arrive. Il s’agit de responsabiliser les dirigeants mais aussi pour les firmes, de montrer leur bonne volonté à la justice. Si les méthodes américaines peuvent être parfois discutables, il faut leur reconnaître leur efficacité, tant au niveau de la rapidité de traitement des points noirs que de la capacité à pousser les entreprises à une certaine transparence. Ici la pression de Bercy et des ONG a également dû faire son oeuvre.
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