A Davos, les cheerleaders de Trump… et les autres
Alors que les plus grands patrons de la planète ont fait le voyage vers Davos en plein cœur de l’hiver suisse, il règne au Forum Economique Mondial une ambiance de renouveau printanier. En tout cas du côté des dirigeants des institutions financières américaines, qui ne cachent pas leur emballement pour la réforme fiscale passée en fin d’année par l’administration Trump. Sans surprise, Jamie Dimon, le patron de JP Morgan et conseiller proche du Président américain, est un de ses premiers soutiens. Sur CNBC, il s’est ainsi félicité de la baisse massive de fiscalité pour les sociétés, expliquant : « Les bénéfices viendront avec le temps. Des impôts compétitifs apporteront plus de capital, d’emplois, plus d’investissements de sociétés ici » et prévenant même les journalistes que dans un an, il reviendrait et ils discuteraient de l’inflation et des hausses de salaires. Interrogé sur le PIB, il a également jugé possible que l’économie américaine passe la barre des 4% de croissance à un moment cette année. Enfin, il a rejeté l’idée que cette réforme bénéficierait aux plus riches, et en veut pour preuve JP Morgan, qui a annoncé allouer 20 milliards de dollars sur cinq ans pour augmenter les salaires et ouvrir des agences aux Etats-Unis.
Plus critique vis-à-vis de Donald Trump, Lloyd Blankfein, le CEO de Goldman Sachs, a néanmoins reconnu à Davos qu’il avait eu de bonnes surprises lors de cette première année de mandat. « J’ai vraiment aimé ce qu’il a fait pour l’économie », a-t-il avoué, en précisant « ce que je n’aime pas, je ne l’aime vraiment pas » sans préciser de quelles décisions il parlait. Ce soutien d’Hillary Clinton lors de l’élection a même admis que l’économie et les marchés se portaient sans aucun doute mieux que si la candidate démocrate avait gagné, notamment en raison de la régulation. En revanche, alors que le Dow Jones a grimpé de 40% depuis l’élection de Donald Trump, ce dernier se montre plus prudent et appelle au resserrement monétaire sans tarder. « Je serais plus à l’aise sur le prix des actifs, et notamment les actions, si les taux d’intérêt étaient normalisés », a-t-il remarqué, un message à l’attention de Jerome Powell qui va prendre la suite de Janet Yellen dès le mois prochain. Enfin, il a relativisé les mauvais résultats trimestriels de Goldman Sachs publiés la semaine dernière, jugeant que si le trading était « faible » actuellement, les autres activités profitaient à plein de la croissance mondiale.
L’euphorie était également palpable de la bouche de Brian Moynihan, le patron de Bank of America, qui fait valoir le nombre d’entreprises qui cherchent à investir aux US depuis le passage de ce texte fondateur. « Les grandes sociétés peuvent aller n’importe où. Elles pensent que les Etats-Unis sont l’endroit où elles peuvent investir dans les 12 à 18 prochains mois », s’est-il exclamé. Même son de cloche de la part de Steve Schwarzman, à la tête de Blackstone et qui dirigeait certes le conseil de patrons auprès de Trump avant que celui-ci ne soit dissous. « Il y a des sociétés partout dans le monde qui regardent les US et disent, ‘c’est l’endroit où être dans le monde développé’ ». Tidjane Thiam, le CEO de Credit Suisse, juge même que les impacts positifs (de cette réforme fiscale, ndlr), sont sous-estimés ».
Peu de monde donc du côté des sceptiques, mais il convient de noter le signal d’alarme tiré par David Rubenstein, patron de Carlyle et vétéran de l’industrie. Ce dernier a mis en garde contre une satisfaction aveugle, qui ferait oublier toute rationalité. « La plus grosse inquiétude que j’ai est qu’il n’y a pas de problème lié à une probable récession cette année ou l’an prochain. Généralement, quand les gens sont très contents et confiants, une mauvaise chose se produit », a-t-il tempéré. Il s’inquiète en particulier du niveau presque intenable de la dette publique : « Les gouvernements ont un peu trop de dette, et peut-être ils ont trop d’engagements qu’ils ne pourront pas tenir à terme. A un moment, les gens vont se réveiller et dire que le gouvernement US a 20 000 milliards de dollars de dette et des engagements non financés qui sont difficilement concevables ». Ou encore des risques géopolitiques externes, ou d’un accident comme le 11 septembre. Et de conclure : « quand tout le monde est complaisant, c’est en général quand il faut être nerveux ».
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