Dette, dollar faible et décote : la politique monétaire de Donald Trump
La nomination de Donald Trump comme représentant du parti républicain ne sera certes pas un long fleuve tranquille : le co-chairman de la convention qui se tiendra en juillet prochain, Paul Ryan, a ainsi indiqué ce lundi qu’il était prêt à démissionner de son poste si le milliardaire le lui demandait, car il n’est pas prêt à le soutenir. De quoi se distancer un peu plus de ce candidat sulfureux, qui selon certains pourrait être battu à plates coutures par Hillary Clinton et entraîner plusieurs députés et sénateurs républicains dans sa chute.
En attendant, Donald Trump continue de mener sa campagne tambour battant, et précise sa politique économique et monétaire. Sur ce dernier point, il a été amené à donner son avis sur Janet Yellen, la présidente de la Fed. S’il a reconnu ne pas la connaître et la juger très compétente, il a indiqué qu’il ne la reconduirait probablement pas dans ses fonctions à l’issue de son mandat début 2018, pour le simple fait qu’elle n’est pas républicaine. Cela reviendrait à remettre en cause des décennies au cours desquelles les présidents ont choisi de renouveler les hommes forts de la Fed en place, même s’ils avaient été nommés par des prédécesseurs d’un autre bord : Paul Volcker pendant le règne Reagan, Alan Greenspan durant l’ère Clinton, et enfin Ben Bernanke adoubé par Obama.
Pourtant, Donald Trump est, tout comme la colombe Janet Yellen, un adepte des politiques monétaires accommodantes. « Je suis pour les faibles taux d’intérêt. Si nous relevons les taux et que le dollar devient trop fort, nous allons avoir de très sérieux problèmes », a-t-il ainsi déclaré. Les dernières statistiques devraient le contenter : avec seulement 0,5% de croissance annuelle au premier trimestre et 160 000 créations d’emplois en avril, l’économie américaine ne semble pas encore assez solide pour une nouvelle hausse des taux en juin. Et cela, malgré les déclarations des membres les plus optimistes de la Fed. Des nouvelles qui ont sapé la progression du dollar l’an passé, ce qui a pesé sur les exportations US et les pays émergents. Surtout, l’homme vise ainsi à braver les chinois dans leur guerre des monnaies, tant que l’inflation n’oblige pas la Fed à gérer la surchauffe de l’économie.
Avec ces propos, l’homme d’affaires s’est à nouveau largement démarqué de l’opinion des conservateurs républicains, en particulier Paul Ryan et Ted Cruz, qui se font les chantres d’une politique monétaire plus agressive et de la hausse du dollar. Mais ce sont surtout ses sorties sur la dette qui ont choqué la presse américaine, en particulier le New York Times dans un éditorial. Donald Trump a pris pour exemple ses négociations passées sur ses casinos en disant : « J’ai déjà emprunté en sachant que l’on peut rembourser avec une décote. Nous sommes dans une situation différente dans le cas d’un pays, mais j’emprunterais en sachant que si l’économie s’écroulait, on peut trouver un deal ».
Il veut ainsi dire qu’il envisage de racheter les Treasuries avec une décote, ce qui est possible dans le cas d’un corporate en situation de crise, proche de la faillite. Mais une telle éventualité sur les obligations souveraines US pourrait violer le 14ème amendement de la Constitution, et surtout serait catastrophique pour les Etats-Unis, qui ont bâti leur réputation d’Etat modèle et le dollar de monnaie refuge grâce à leur capacité à payer rubis sur l’ongle leurs débiteurs, quelles que soient les circonstances. Si Donald Trump dit être le « roi de la dette », il serait bien avisé de ne pas prendre exemple sur la gestion catastrophique de ses propriétés immobilières pour gérer les titres du plus gros émetteur au monde.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

