Fed: les deux choix très conservateurs de Trump
Donald Trump souhaite façonner une Fed à son image, et compte imprimer sa marque avec les deux prochains membres du comité de politique monétaire. Selon les rumeurs de presse non démenties par la Maison Blanche, le Président s’apprêterait à nommer Randal Quarles, un ancien membre du Trésor sous l’administration de George W. Bush, et Marvin Goodfriend, un ancien économiste de la Réserve Fédérale de Richmond, qui est désormais professeur à l’université Carnegie Mellon. Ces deux arrivées viendraient remplir deux des trois sièges actuellement vacants à la Fed.
Le premier aurait des attributions étendues puisqu’il reprendrait le rôle de supervision du système bancaire et de la régulation assuré par Daniel Tarullo, avant sa démission en février dernier, peu après l’arrivée du Président au pouvoir. Or, il a déjà exprimé des critiques sur les règles financière telle qu’elles ont été adoptées ces dernières années, affirmant qu’elles « n’étaient pas bien arrangées et ont été incluses pour des raisons politiques plutôt que de réglementation financière ». Il considère également qu’une législation axée sur la taille des banques était un mauvais angle. Ce dernier aurait pour mission de reprendre toute l’architecture du Dodd-Frank Act, mais aussi de mettre en place les stress tests annuels des banques systémiques.
Les deux pressentis pour intégrer la Fed sont également favorables à l’idée de lier les décisions de la Fed à une formule mathématique, qui définirait le niveau optimal des taux d’intérêt en fonction de la situation économique. Les Républicains du Congrès essaient de pousser ce type de réforme, et M. Goodfriend a lui-même estimé en mars dernier qu’une telle règle pourrait « améliorer la discipline » de la politique monétaire et lutter contre l’inflation. Mais jusqu’à présent la Fed a, sous la responsabilité de Janet Yellen, toujours défendu l’intérêt d’une dimension humaine dans les prises de décision liées à la politique monétaire. M. Goodfriend est par ailleurs un pourfendeur des rachats d’actifs, en particulier hypothécaires, et serait très actif dans la volonté de réduire le bilan de la Fed.
Quoi qu’il en soit, une chose est sure : en choisissant ces deux profils très conservateurs, qui ont déjà plusieurs fois critiqué la politique monétaire mise en place par Janet Yellen pour relancer la croissance économique après la crise, Donald Trump souhaiterait apporter des contrepoids importants à l’intérieur de la Fed. Ce dernier n’a d’ailleurs pas tari de critiques sur la présidente de la Fed, réputée pour être une « colombe », pendant la campagne, l’accusant de jouer le jeu du Président Obama en laissant les taux d’intérêt volontairement bas, avant de faire l’apologie du crédit à bas prix en tant qu’investisseur, quelques semaines plus tard.
Le Président a certes toute latitude pour constituer une équipe favorable à son courant : il dispose encore d’une autre nomination d’ici la fin de l’année pour que le comité soit à son complet. Puis l’an prochain, ce sera au tour du mandat de la présidente Janet Yellen en février, puis de son vice-président, Stanley Fischer. S’il a renoncé à remercier Janet Yellen lors de son arrivée au pouvoir, malgré ses sorties pendant sa campagne, il y a fort à parier que celle-ci ne puisse – ou même ne veuille – être reconduite pour un nouveau mandat.
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