Wall Street confronté à son tour au harcèlement sexuel
Après la Silicon Valley avec Uber, Hollywood avec Harvey Weinstein et les médias avec Bill O’Reilly de Fox News, voici maintenant Wall Street qui est confronté aux premiers scandales de harcèlement sexuel. Le Wall Street Journal a révélé le cas de Fidelity Investments, qui a licencié deux gérants expérimentés ce mois-ci pour des cas de persécution et harcèlement sexuel envers des analystes. Il s’agit tout d’abord de Robert Chow, 56 ans, un gérant de portefeuille qui était de longue date dans l’entreprise et qui aurait fait des remarques sexuelles inappropriées à des collègues, rapporte le journal.
Le CEO de l’équipe stock-picking basée à Boston, qui aurait fait l’objet de plusieurs plaintes, a tenu une réunion d’urgence pour exprimer la « tolérance zéro » de la firme à l’égard de ce type de comportement. Un porte-parole de Fidelity Investments a par ailleurs déclaré : notre règlement « interdit le harcèlement sous toutes ses formes. Quand des allégations de cette sorte sont portées à notre attention, nous enquêtons immédiatement et prenons des actions rapides et appropriées. Nous ne tolérons et ne tolérerons pas ce type de comportement ».
Cet exemple suit celui de Gavin Baker, 41 ans, un ancien gérant star de l’équipe stock-picking, licencié pour avoir harcelé une jeune analyste de 26 ans le mois dernier. Ce dernier a rejeté « énergiquement » les accusations et certifié avoir quitté la firme car il pensait qu’il ne devait pas travailler avec sa fiancée, une autre salarié de l’équipe. Le financier, qui travaillait chez Fidelity depuis 1999, était devenu un gérant en vue dans son activité de stock-picking et son fonds, Fidelity TC Portfolio, avait avait apporté un rendement en moyenne de 21,3% à ses investisseurs sur cinq ans, contre 14,7% pour le S&P 500, selon Morningstar. Malgré cela, le fonds a souffert de la désaffection envers la gestion active et a subi un retrait net de 1,1 milliard de dollars l’an passé et 146 millions cette année, à fin septembre.
Le choc est rude pour le géant Fidelity, qui gère pas moins de 2 130 milliards de dollars et emploie 40 000 personnes dans le monde. Mais les problèmes ne sont pas nouveaux : en 2011, le groupe avait déjà licencié Andrew Sassine, 53 ans, pour son comportement de tyran en tant que gérant de portefeuille. Et en 2015, un rapport interne pointait du doigt les problèmes d’une culture sexiste, qui aurait été envoyé à la CEO, Abigail Johnson. Plusieurs employés s’étaient plaints de commentaires sur leurs tenues, d’insinuations sexuelles et même de persécutions des deux genres. Ils critiquaient le système de rémunération, qui lie une partie des salaires à une note attribuée par le gérant de portefeuille, sur leur communication et leur travail d’équipe. Ce qui donnait lieu à des traitements différenciés des employés, notamment à travers des invitations à des événements privés, comme des matchs de football ou des soirées poker, et la pression indirecte ressentie par les analystes pour y assister.
Fidelity semble déterminé à gérer ce problème de culture d’entreprise et a mandaté un cabinet de conseil pour l’accompagner. Mais le camouflet est sévère pour la CEO Abigail Johnson, qui a hérité du siège de son père en 2014, car le Wall Street Journal cite deux autres exemples de gérants qui, après ces accusations, ont soit décidé de prendre leur retraite en fin d’année, soit sont partis en reconversion. Comment justifier ce type de dérive dans une firme dirigée par une femme ? Plus que jamais, l’enjeu de la culture d’entreprise doit être considéré comme une priorité pour les dirigeants, car elle l’est sans aucun doute pour les investisseurs qui placent leurs capitaux chez un gérant d’actifs.
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